UNE
 

Le Cerema à Sao Paulo pour étudier les déplacements quotidiens, dans le cadre de Mobilise Your City

publié le 11 octobre 2017 (modifié le 12 octobre 2017)

Dans le cadre de Mobilise Your City, un programme qui vise à accompagner des villes de pays en développement à planifier une mobilité urbaine durable, une équipe du Cerema s’est rendue à Sao Paulo au Brésil pour une mission d’une semaine. L’objectif était de tester des méthodes qualitatives permettant de mieux comprendre les déplacements quotidiens réalisés par des habitants et les pratiques d’orientation de touristes.

Analyser qualitativement la mobilité quotidienne

L’objectif de cette mission, à laquelle ont participé début octobre 2017 des équipes du Cerema Territoires et ville, du Cerema Nord-Picardie et du Cerema Centre-Est, était d’analyser qualitativement des comportements de mobilité quotidienne afin de mieux les comprendre, grâce à un recours aux sciences humaines et sociales (sociologie, anthropologie, ethnologie, géographie).

Pourquoi une analyse qualitative?

L’analyse qualitative, contrairement à ce que l’usage courant de l’adjectif laisse trop souvent croire, n’est pas de meilleure qualité que l’analyse quantitative. Les deux niveaux d’analyse sont complémentaires. La principale différence entre un protocole d’enquête qualitatif et un protocole d’enquête quantitatif tient à l’échelle d’observation de la réalité sociale qui ne relève pas de la même focale.

Pour le comprendre, l’analogie avec le microscope est assez parlante. Selon la focale qu’il choisit (x100 ; x1000 ou x10 000), l’image qu’un laborantin voit se former dans le microscope est à chaque fois différente. Il observe pourtant toujours la même réalité, mais à des échelles différentes ou, plus exactement, d’un point de vue différent. Ni l’une ni l’autre des images obtenues n’est plus « vraie » qu’une autre. Se plaçant à l’échelle micro-sociale, l’analyse qualitative de la mobilité permet de « voir » l’interaction sociale, les processus d’arbitrage, les tactiques plus ou moins stratégiques, les logiques d’action, les valeurs ou les émotions ; autant de choses qui sont parfaitement insaisissables à l’échelle macro-sociale.

Concrètement, la mission visait à tester à Sao Paulo (Brésil) deux protocoles d’enquête qualitative déjà éprouvés en France (voir ici ou ) à partir de parcours. Un « parcours » consiste à suivre un individu volontaire dans le déroulement de son déplacement à l’aide d’une caméra tout en l’interrogeant sur ses pratiques.

Credit : Thierry Gouin
(Credit : Th GOUIN)

L’individu verbalise ses actions tout au long de l’itinéraire et pointe telle ou telle difficulté qu’il rencontre. La méthode permet d’identifier des dysfonctionnements et des pistes d’amélioration des systèmes de transport. La vidéo offre aux techniciens et aux élus locaux un regard original et « vécu » du fonctionnement des systèmes de transport urbains. Deux types de parcours peuvent être envisagés :

  • Les parcours commentés visent à tirer parti de l’expertise née de l’expérience quotidienne et routinière d’un itinéraire. La personne interrogée joue le « rôle du guide » et s’exprime au fil du parcours sur ses émotions et ressentis, ses opinions sur le trajet, ses souvenirs par rapport au parcours, ce qu’elle fait pendant son déplacement, ses tactiques et stratégies pour arriver à destination, et ses idées pour améliorer l’itinéraire.
  • Les parcours du combattant visent à tirer parti de l’ignorance d’une personne étrangère (à la ville, à la culture locale, à l’itinéraire suivi, touriste…) dont les questionnements permettent de produire un témoignage riche en idées d’amélioration du système de transport. On cherche à savoir comment la personne organise son trajet, avec quelles ressources, comment elle s’oriente, qu’est-ce qui a pu la surprendre, comment elle a trouvé de l’aide et réagi aux imprévus, et comment elle s’adapte en fonction de ses expériences passées.

Credit : Thierry Gouin
(Credit : Th. GOUIN)

Quelle pertinence de l’enquête qualitative via des parcours filmés?

La mission test 2017 a pour objectif de contrôler la faisabilité et la pertinence de l’enquête qualitative à l’aide de parcours filmés in situ dans le contexte sud-américain, en particulier à Sao Paulo.

Trois points de vigilance semblaient importants à contrôler car ils constituent de possibles limites à la préconisation des méthodes :

  • l’obstacle culturel (quel rapport les Brésiliens ont-ils à la caméra : indifférence ? mise en scène ? refus ?)
  • l’obstacle sécuritaire (quelles difficultés liées à la présence de matériel de valeur apparaissent : risque de vol à la tire ?)
  • l’obstacle infrastructurel (dans quelle mesure est-il possible de continuer à tourner dans un métro ou un bus bondé ?)

La première partie de la mission (l’enquête de « terrain ») vient de s’achever. Au cours de cette étape, l’équipe du Cerema a pu réaliser 7 parcours commentés et 3 parcours du combattant.

Credit : Thierry Gouin
(Credit : Th. GOUIN)

La suite de la mission se déroulera ainsi :

  • Novembre-décembre 2017 : Analyse des matériaux recueillis (25h de rush) et montage d’une vidéo (avec sous-titrage en portugais) de présentation synthétique des résultats les plus parlants.
  • Janvier-février 2018 : Rédaction d’un rapport de synthèse écrit (en français).
  • Mars – avril 2018 : échange avec des techniciens et/ou des élus locaux brésiliens sur les atouts et inconvénients des méthodes testées.

Si les financements nécessaires sont accordés par les partenaires (l’AFD et GIZ), il est question, en 2018-2019, d’entreprendre des sessions de formation aux méthodes testées en espagnol / portugais. Une duplication des méthodes dans différentes villes sud-américaines pourrait alors être envisagée par des équipes de tournage locales.

En savoir plus :
> Présentation de l’initiative Mobilise Your City (format pdf - 1.9 Mo - 11/10/2017) .