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Retour sur les Journées Sciences et Territoires : des échanges axés sur les enjeux du littoral

publié le 22 février 2017 (modifié le 3 avril 2017)

Espace de rencontre entre le monde scientifique et les acteurs des territoires, les Journées Sciences et Territoires ont permis d’apporter aux collectivités les dernières connaissances dans les domaines des risques, de l’énergie et de l’observation des territoires. Voici les retours des séances plénières et ateliers.


Les Journées Sciences et Territoires ont attiré plusieurs centaines de spécialistes venus des territoires, du monde de la recherche et du secteur privé.

Cette première édition a été consacrée aux enjeux des territoires littoraux et maritimes, sous l’angle de la planification et autour de quatre grandes thématiques :

  • les risques,
  • l’énergie,
  • l’observation des territoires,
  • les acteurs.

L’ouverture des JST : quelles réponses des territoires face au changement climatique?

Les Journées sciences et territoires organisées par le Cerema les 1er et 2 février 2017, se sont ouvertes par une séance plénière dédiée aux territoires face au changement climatique, et aux réponses nécessaires que doivent apporter les politiques publiques.

La première matinée d’échanges a été consacrée aux enjeux et besoins des territoires littoraux afin de faire face au phénomène d’érosion, du recul du trait de côte et de submersion. De quels outils disposent les acteurs des territoires pour anticiper et gérer ? Comment davantage transmettre et partager les connaissances scientifiques et techniques comme aide à la décision dans les territoires ?

Quels besoins des territoires ?

Jean-Louis Léonard, président délégué de l’association nationale des élus du littoral (ANEL) a souligné l’attente des collectivités territoriales de disposer d’outils, comme ceux apportés par le Cerema, pour agir notamment en termes de gestion des risques, mais aussi pour être davantage éclairés sur les scénarios, les solutions possibles et leur conséquences.

Chantal Berthelot, députée de la Guyane, Présidente du Groupe « Espace » à l’Assemblée nationale, et membre de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, a insisté elle aussi sur l’apport du Cerema dans la transmission des connaissances scientifiques.

La députée a également évoqué la proposition de loi sur l’adaptation des territoires littoraux au changement climatique, qu’elle porte avec Bruno Le Roux et Pascale Got, adoptée mardi 31 janvier en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Cette loi apporte également de nouveaux outils aux acteurs locaux afin d’adapter les territoires au changement climatique et d’accroitre leur résilience.

Cette adaptation des territoires au changement climatique passe aussi par l’information et la sensibilisation des habitants, selon certaines modalités. Pour Jean-Louis Léonard, par exemple, la concertation doit être organisée sur la base d’un projet pour qu’elles puissent porter leurs fruits.
Les débats sur la gestion du littoral ont aussi porté sur la complémentarité d’une approche environnementale et d’une approche en termes d’aménagement et de planification.

Pour Gilles Bœuf, conseiller scientifique auprès de la ministre en charge de l’environnement, le littoral est historiquement impacté par les activités humaines, et par le changement climatique qui s’opère à une vitesse jamais connue jusqu’à présent.

Gilles Bœuf considère que le le développement économique du littoral en intégrant les enjeux environnementaux est tout à fait possible et urgent. Cependant les approches et les comportements doivent être modifiés et évoluer afin d’une part de réduire les impacts de l’Homme sur le littoral et d’autre part de concevoir de façon durable en amont les projets et les aménagements Il est essentiel aussi de prendre en compte les territoires continentaux dont l’impact est fort sur le littoral : émissions de déchets et de pollution en particulier. Le lien terre-mer doit être assuré.

Fréderic Moncagny de Saint-Aignan, président du cluster maritime, a insisté sur l’importance pour la France de la croissance bleue : l’économie maritime va fortement se développer en France dans les années à venir, et nécessite le soutien des collectivités et de l’Etat. Pour cela, une vison stratégique et opérationnelle est nécessaire, et la planification est un outil indispensable qui doit prendre en compte les espaces littoraux dans la globalités des fonctions et services rendus à la société.


Les ateliers : des clés pour les politiques publiques

Au total, 15 ateliers et tables rondes se sont tenus afin d’aborder les problématiques des territoires littoraux et d’apporter les connaissances scientifiques qui permettent de mieux concevoir les politiques publiques.

Ci-dessous, les principaux points qui ont été évoqués, avant la diffusion de comptes-rendus plus détaillés.

Atelier « Littoral et gestion de l’énergie »

Les territoires d’Outre-mer sont une vitrine des énergies marines renouvelables pour le savoir-faire français.
L’enjeu pour le raccordement est de mutualiser les plates-formes en mer des parcs éoliens et de développer les postes sous-marins, en particulier pour l’hydrolien.

La thalassothermie peut représenter une source d’attractivité et de compétitivité du port industriel.

Les motivations des maîtres d’ouvrages qui développent des systèmes « houlomoteurs » à bord de quai sont multiples : récupérer de l’énergie, protéger les ports et les côtes, apporter une vitrine environnementale et technologique, et développer une filière industrielle innovante. Cependant le houlomoteur reste peu développé sur le territoire.

La France se montre ambitieuse dans le développement de l’éolien flottant avec déjà quatre projets de fermes pilotes au large de nos côtes.

Les solutions de froid et de chaleur renouvelables doivent être présentes sur le territoire en amont des projets d’aménagement urbain.

Atelier « Aspects économiques et risques littoraux »

Les limites des outils existants pour traiter l’érosion appellent des outils nouveaux. Malgré le lien fort entre les phénomènes d’érosion et de submersion, ils sont gérés de manière indépendante. S’il existe un dispositif complet pour la submersion (cadre de prévention, financements, etc.), il y a peu de choses pour l’érosion (une stratégie nationale, mais pas d’outils adaptés).

La relocalisation est rentable à long terme. L’analyse économique apporte des éléments objectifs démontrant à long terme la rentabilité de la relocalisation des biens et activités.

« On ne relocalise pas simplement, il faut repenser le territoire ». L’anticipation du repli du trait de côte offre l’occasion de définir un projet de territoire englobant bien plus largement que la prévention des risques.

Dans l’attente des nouveaux outils, il faut mener des actions « sans regret » qui n’obèrent pas les choix futurs. Même si un processus de long terme doit être enclenché sans qu’on en connaisse la totalité (outils manquants, financements non bouclés), il convient dès à présent d’anticiper par l’acquisition de réserves foncières).

La rentabilité des opérations de repli ne s’apprécie pas qu’en termes économiques. D’un point de vue purement financier, le repli est toujours moins rentable que l’endiguement (du fait des taux d’actualisation et de l’importance des investissements immédiats). La prise en compte d’autres bénéfices (biodiversité, dynamisme économique local, etc.) à l’échelle du territoire semble pertinente.

La nouvelle loi donnera l’initiative aux collectivités. L’identification des futures ZARD relèvera de l’initiative des collectivités volontaires qui pourront les suggérer aux préfets.

Atelier « Observation des territoires et politiques publiques »

Un slogan emprunté à la Fedescot : « Plus il y a de données, moins c’est clair ! ». Un besoin d’un guichet unique pour savoir quelles données existent et pour faire remonter des besoins.

Des élus parfois démunis qui ont besoin d’un meilleur éclairage sur les données disponibles et leur usage (interface élus – gestionnaires de SGI à améliorer).

Atelier « Télédétection pour l’observation du littoral »

Les drones complètent l’offre aérienne et satellitaire mais, pour le moment, leur emploi reste parfois limité par la capacité de la charge utile embarquée (les capteurs hyper-spectraux sont trop lourds).

Le spatial oui, mais pas seul, plutôt conjointement avec les autres moyens d’observation (modèles numériques, mesures sur le terrain).

En dehors de l’offre satellite qui demande à être exploitée, il y a besoin, pour les autres types de plateformes (via les aéronefs), de fédérer des partenaires (régions, scientifiques) pour diminuer les coûts d’expérimentation.

Le traitement de données acquises par télédétection permet de fournir des produits en réponse aux besoins des décideurs (exemples : qualité des milieux pour directive cadre européenne, occupation des sols, suivi de dérive des pollutions…), mais ce foisonnement des données nécessite un accompagnement des élus.

Atelier « Cycle de vie d’un parc EMR »

Les hydroliennes ont des coûts supérieurs à l’éolien posé en mer, mais elles sont compétitives pour les zones isolées.

Il existe une réversibilité des ouvrages offshore : le démantèlement est à considérer dès la phase de conception, et les impacts doivent être envisagés à l’échelle régionale avec un programme de suivi complet.

Les impacts écologiques potentiels des EMR sont globalement faibles au stade actuel des connaissances, mais nous avons un recul insuffisant sur certains impacts (bruit, collisions, électromagnétisme).

Le défi est de mieux comprendre le cumul des pressions et les impacts à long terme sur les écosystèmes.

En matière de Big Data maritime, il y a un enjeu majeur sur la mutualisation de la collecte, de la diffusion et de l’exploitation des données marines.

Atelier « Vulnérabilité résilience des territoires littoraux »

La co-construction État-collectivités pour la connaissance de l’aléa permet d’associer également les populations pour une meilleure acceptabilité des risques. Accompagné d’un diagnostic de vulnérabilité (partagé et adapté au territoire) permet une bonne articulation entre la connaissance intégrant le changement climatique et les réglementations (PLU, PPR…).

Repenser la ville sur le court terme et le long terme : la prise en compte du risque devient un levier, le risque est une composante comme une autre du territoire et les acteurs de l’aménagement et du risque avec leurs outils respectifs doivent collaborer à cette future ville.

Globalement, on est au point sur les documents d’urbanisme, ce qu’il faut développer d’avantage, c’est l’innovation, une technicité poussée sur les investissements, amortissements pour partager les coûts. Il faut maintenir une attractivité suffisante du littoral Français, ne pas donner une impression de « transitoire », « de mise en chantier ».

La gestion de crise et la préparation des populations à ces phénomènes rapides de submersion devient un enjeu de court terme nécessitant des moyens organisés pour des coûts largement supportables en complément de réflexions et engagements de long termes.

Complexité de se projeter à différentes temporalités concomitamment : enjeu d’articuler des actions de prévention et de réduction de la vulnérabilité à court terme (pour réduire le nombre de victimes, les dommages matériels), qui vont être ciblées sur le sujet des risques, avec des réflexions prospectives et des projets sur le temps long, construits collectivement et qui abordent le territoire exposé de façon systémique (risques, mais aussi économie, social, environnement, etc.) pour bâtir une stratégie de recomposition soutenable à réévaluer régulièrement.

Atelier « Planification EMR »

Il faut penser à la fois la planification maritime et la planification terrestre pour le développement des énergies marines. Le principe de conception en mer : faire simple, fiable et robuste !

Les études de « dérisquages » des zones en amont doivent permettre une réduction des coûts des projets.

Les exercices de concertations sont réalisés en plusieurs étapes pour passer d’une macro-zone à une micro-zone.

Atelier « La nature comme solution »

Co-bénéfices des solutions par la nature et des services éco-systémiques (plus-value environnementale et socio-culturelle et complémentarité des techniques douces et dures).

Importance de la prise en compte en transversalité des dimensions écologique, économique et sociale.

Ateliers « Observation du territoire »

Atelier « Observation des territoires et politiques publiques »

Devant la profusion de données et d’observatoires, l’explosion du big data, de l’open data, le décideur « élu » reste perplexe. Sont-elles adaptées à nos besoins ? Que cherche-t-on à objectiver ? N’assiste-t-on pas à un marché abusif de la donnée face à des objectifs et à une stratégie à long terme qui se cherchent encore ? Ne faudrait-il pas un portail unique pour remonter les besoins et présenter les données par thématiques ?

Les données, les métadonnées et a fortiori les indicateurs que beaucoup manipulent et construisent à partir d’elles, les portails numériques sont désormais d’accès plus abordable. Mais au fond, sait-on en assurer la traçabilité, l’origine, l’intégrité, leur non-obsolescence ? Sait-on si elles ont été qualifiées et validées alors qu’on les utilise pour des études stratégiques ?

Comment peut-on assurer le lien entre les nouvelles données produites, hyper denses, hyper précises, et les données historiques moins performantes, quoique précieuses, dont on dispose et qui sont indispensables pour permettre une comparaison des tendances d’évolutions. Comment agréger et harmoniser ces référentiels ?

Atelier « Télédétection par drones et satellites pour l’observation du littoral »

La télédétection (et le spatial en particulier) apporte beaucoup, à condition de n’être pas un outil isolé, mais d’être employé conjointement avec les autres moyens d’observation et d’analyse (modèles numériques, mesures sur le terrain). Tout résultat repose donc sur une chaîne complexe : maîtrise-t-on l’ensemble de ces maillons ? En dehors de l’offre satellite qui demande à être exploitée, il y a besoin pour les autres types de plateformes (aéronefs) de fédérer des partenaires (régions, scientifiques), pour diminuer les coûts d’expérimentation.

Le traitement de données acquises par télédétection permet de fournir des produits d’analyse à grande échelle en réponse aux besoins des décideurs (exemples : qualité des milieux pour directive cadre européenne, occupation des sols, suivi de dérive des pollutions), mais ce foisonnement des données et de services nécessite réellement un accompagnement des élus.

Atelier « Sciences participatives appliquées à la mer et au littoral »

Il y a un grand foisonnement des initiatives qui constituent un archipel thématique très étendu et diversifié ; l’inventaire basé sur 2016 ici présenté est déjà très largement dépassé : ce domaine est réellement en essor. Comment réussir à valider dans cette « jungle », ce qui répond suffisamment à nos exigences ?

Des complémentarités restent à trouver avec les communautés de développement et de promotion des outils numériques (les « Geek »). Le vecteur numérique est en effet le réacteur et catalyseur des sciences participatives.

Des verrous sont à lever pour un essor durable : l’interopérabilité des données, la mise à disposition exploitable des données par les non scientifiques, la visibilité des programmes de sciences participatives pour qu’un « non-initié » puisse s’y rallier et contribuer (il n’existe aucun portail d’information), des algorithmes et des moyens de calcul plus efficients.

Un besoin de mutualiser les applications : un participant de terrain pourrait en fait participer à plusieurs programmes simultanés. Pourtant, il va rechigner à utiliser plusieurs applications simultanément. Comment peut-on mieux exploiter cette « ressource participative » pour servir plusieurs objectifs ? Comment les sciences participatives ont-elles fait évoluer le travail des scientifiques (au-delà de la « délégation » et démultiplication de la collecte des données) ?

De forts enjeux sur les méthodes à développer doivent impulser la feuille de route des sciences participatives : analyse des risques et des bénéfices au cas par cas, méthodes de formation et de mobilisation (à l’instar des Britanniques), animation au quotidien, relais locaux actifs, cadrage et protocoles robustes. Qui peut piloter tout cela ?

Ce qui intéresse le participant aux programmes de sciences participatives, c’est de s’insérer dans un réseau « social » et d’avoir un lien proche et « responsabilisé » voire « valorisé » avec les chercheurs. Si on ne l’implique que comme un simple pourvoyeur de données anonyme au service d’un « super Google Big Brother », on perd une partie de cet enthousiasme.

Atelier « Partage de l’information géographique sur la mer et le littoral »

Quelle transparence, ou à défaut, quelles exigences peut-on espérer sur les algorithmes et méthodes d’élaboration des indicateurs complexes à partir des données géoréférencées ? Les décrets d’application (à venir prochainement) de la loi Lemaire permettront-ils de répondre totalement à cette question ?

Comment repérer les utilisateurs qui téléchargent des données coûteuses à produire et avoir un retour d’expérience sur leur utilité, leur pertinence ?

Des exemples où la fourniture de données se traduit par une convention formelle permettent d’y répondre, mais quid des téléchargements anonymes ? L’anonymat imposé par la directive Inspire constitue-t-elle un handicap ?

Pourquoi autant de portails d’information géographique ? Comment s’y retrouver ? Comment aider les décideurs à s’approprier ces données ? L’ergonomie de certains outils de présentation des données SIG du ministère ou portails semble parfois obsolète par rapport à des outils plus modernes (type Google Earth) pour lesquels les retours des utilisateurs de données sont très positifs. Quelle politique ou quelle stratégie cohérente est mise en place au Ministère pour que les systèmes d’information, tout en restant interopérables, répondent au mieux au besoin et l’anticipent ?

Beaucoup d’exploitations ne peuvent pas toujours être automatisées dans les traitements d’images, car plusieurs paramètres fluctuent rapidement et nécessitent des calages par photo-interprétation.

Un décideur peut-il s’approprier des données réellement utilisables, sans disposer d’un géomaticien, voire d’un informaticien dont c’est le métier ou sans suivre une formation lourde et complexe ?

Plénière finale : quel avenir pour les territoires littoraux?

L’urgence de trouver des solutions viables en matière d’énergies renouvelables a été soulignée par l’ensemble des intervenants de cette plénière conclusive. Etaient présents :

  • Catherine Chabaud, déléguée à la mer et au littoral
  • Virginie Duvat, Université de la Rochelle, auteur principal du chapitre Small Islands du WG II du GIEC, spécialiste des risques liés à la mer et de l’adaptation au changement climatique des territoires insulaires tropicaux et des outre-mer français.
  • Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant, enseignant à Mines-ParisTech, spécialiste du changement climatique et des questions énergétiques, associé et cofondateur avec Alain Grandjean du cabinet Carbone4.
  • Jean Jouzel, expert en climatologie, vice-président du groupe scientifique GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat)
  • Denez L’Hostis, président de France Nature Environnement, ancien chercheur à l’Inra et à l’Ifremer
  • Patrick Poupon, directeur du Pôle mer Bretagne Atlantique.

Faire de la mer et du littoral un véritable enjeu national et interrégional est une ambition commune à la France métropolitaine et à l’Outremer. On devrait davantage utiliser l’expertise des ONG et leur permettre de faire leur travail lorsqu’il est menacé, ce qui est manifeste sur certains territoires (C. Chabaud).

Le contrepoint de l’attractivité territoriale de la façade atlantique et méditerranéenne est la déprise économique et démographique qui affecte d’autres régions du Nord ou de l’Est de la France – la fameuse « diagonale aride » (D. Lhostis).

Le lien terre-mer nous concerne tous et pas seulement les élus et les habitants du littoral. Il ne faut pas négliger les solidarités territoriales et au contraire favoriser les échanges avec les hinterlands, au-delà des seuls territoires littoraux (C. Chabaud, H. Rey-Valette).

L’expérience de la Fondation Tara Expéditions

Romain Troublet (marin et biologiste, directeur général de la Fondation) a présenté les travaux de la structure.

En s’appuyant sur un travail scientifique sérieux, la Fondation Tara s’efforce de « raconter des histoires qui soient utiles », sur la base des voyages et de l’expérience de bateaux de petite taille, avec un équipage mixte composé de marins et de chercheurs.
Son action s’articule autour de quatre axes : science, sensibilisation (outreach), éducation et participation.

Trois grandes missions de deux ans au minimum ont été menées à bien entre 2006 et aujourd’hui :

  • Tara Arctic (2006-2008), la toute première expédition, a dérivé dans la zone arctique au cœur d’une région essentielle pour le devenir du climat.
  • Tara Océans (2009-2013) a cherché à explorer les écosystèmes océaniques avec l’appui de près de deux cents scientifiques. Elle a cherché à mesurer les résultats du réchauffement climatique sur le plancton et les système coralliens. Elle a pu constater que 70 % environ de la banquise a disparu en l’espace de trente ans (50 % en surface).
  • Tara Méditerranée (2014) a exploré le domaine des déchets plastiques et permis de mieux identifier les risques qu’ils font courir non seulement aux organismes marins mais à la santé de l’Homme.
  • Enfin, Tara Pacific (4e session en cours depuis 2016) vise à mieux comprendre la disparition des récifs coraliens et à mesurer l’état de la biodiversité dans cette partie du monde.

Il ressort de ces quelque onze voyages scientifiques en dix ans d’activité que l’écosystème des océans est très sensible aux phénomènes climatiques.

L’environnement marin détermine le nombre et la nature des bactéries qui s’y trouvent et la température des océans vient impacter directement cet écosystème composé à 98 % de plancton sous différentes formes. La présence de matières plastiques qui, à l’image du plancton, prend diverses formes, du microorganisme au déchet visible, est d’autant plus préoccupante qu’elle s’intègre désormais dans une chaîne écosystémique dont on mesure sans doute encore mal les conséquences environnementales et sanitaires.

D’une façon plus générale, la Fondation Tara met son expertise au bénéfice des territoires et de la diffusion de la connaissance sur les océans et le milieu marin en s’appuyant sur les techniques des biosciences et sur la mise en réseau de ses initiatives. Une plateforme Océans Climat a été mise en place en prolongement de la COP 21, avec la création d’une Alliance mondiale pour « coconstruire le futur ».

L’expérience de la fondation montre qu’au-delà des expéditions elles-mêmes, qui durent de deux à quatre ans, les prélèvements et les analyses menées par les scientifiques permettent d’engager entre 5 et 10 ans de recherches approfondies. Ainsi la recherche sur la dissémination des plastiques a-t-elle commencé il y a déjà huit ans. Une partie du travail consiste à rendre les données recueillies interopérables avec d’autres et à favoriser la modélisation pour mieux prédire et s’adapter aux changements.

Conclusion générale des JST par Laurence Monnoyer-Smith, commissaire générale au développement durable

« La France mérite mieux que sa réputation de pays maritime fâché avec la mer. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un changement complet de paradigme. Le rôle des océans est enfin reconnu vis-à-vis des démarches environnementales et de la lutte contre le réchauffement climatique. Avec les négociations difficiles menées à Paris sur le climat, avec sa dimension océane, dans le cadre de la COP 21, c’est désormais un changement de type planétaire qui est nécessaire et qui commence à s’opérer (une conférence des Nations Unies aura lieu en juin 2017 à New York sur ce thème).

En France, de nombreuses mesures ont été prises depuis lors, d’autres sont en cours : définition et mise en œuvre de la stratégie nationale pour la mer et le littoral, logique de gestion globale et régulée des ressources naturelles, travaux du comité de suivi de la gestion du trait de côte, etc.

Il serait illusoire de penser sauver la mer et le littoral en faisant fi des hommes et des femmes qui y vivent et qui en vivent. Les écosystèmes sont complexes et la société aussi, à l’image du vivant. Pour être efficace, notre travail doit donc être double : ne pas les étudier comme nous en étions en quelque sorte « extérieurs » et savoir transformer les données dont nous disposons au bénéfice d’une politique d’ensemble cohérente.

L’expertise du Cerema prend ici tout son sens, pour aider à trouver des solutions et à mener des expérimentations concrètes (de la recherche à l’application sur le terrain), mais aussi pour faciliter la concertation et la participation des acteurs (production collaborative des connaissances et des stratégies). La mission du Cerema, c’est aussi l’ouverture et le partage avec les collectivités territoriales. Il faut s’appuyer sur ses compétences, car l’urgence climatique nous rappelle à l’ordre ! »