En juin 2024, les services déconcentrés de l’État en région Provence-Alpes-Côte d'Azur (DRAC, UDAP, DREAL, DDT/M), en partenariat avec le Cerema et l’ADEME, ont lancé l'Appel à Manifestation d'Intérêt (AMI) "Le + fraîcheur : lutter contre la surchauffe urbaine en secteur patrimonial".
Concilier confort d'été et préservation du patrimoine : 6 collectivités lauréates et une ingénierie d'État mobilisée
Dans un contexte méditerranéen où les îlots de chaleur urbains et la multiplication des nuits tropicales affectent directement la santé publique et le bien-être des habitants, cet AMI visait un triple défi : encourager l'émergence d'aménagements innovants et résilients, offrir un accompagnement technique sur-mesure aux territoires et stimuler une montée en compétences collective au croisement des enjeux climatiques et patrimoniaux.
Six communes aux profils variés (de 2 000 à 877 000 habitants, réparties sur 4 départements, incluant communes littorales, centres d'EPCI et commune rurale) ont participé à cette aventure : Arles, Avignon, Cotignac, La Seyne-sur-Mer, Marseille et Mouans-Sartoux.
Pour les accompagner, une équipe pluridisciplinaire d'experts de l'État (DRAC, DREAL, architectes et paysagistes-conseils, Cerema, ADEME, DDT/M) a déployé un dispositif d'accompagnement complet :
Deux ateliers collectifs en intelligence collective animés par le Cerema pour sensibiliser aux dynamiques microclimatiques, ouvrir le champ des traductions opérationnelles possibles, permettre le partage d’expériences, ajuster les cahiers des charges et identifier les leviers financiers (Banque des Territoires, FEDER, Agence de l'eau, ANCT, Préfecture).
Des "expertises flash"» sur site : des visites de terrain suivies d'échanges techniques croisés avec les élus et services techniques, aboutissant à des synthèses écrites remises aux maîtres d'ouvrage pour enrichir leurs projets.
Un séminaire du réseau régional des Architectes des Bâtiments de France (ABF) organisé par la DRAC et animé par le Cerema, posant les bases d'une « revue des savoirs anciens » et dressant un panorama des leviers d'adaptation aux échelles du bâtiment, de l'espace public et de la planification.
Retour sur les projets expertisés
Les projets portés par les collectivités lauréates s'inscrivaient dans différents contextes :
Arles : réaménagement de la place Henry Bornier et réaménagement de l'esplanade Charles de Gaulle
Avignon : réalisation d'un schéma directeur pour la végétalisation du tour des remparts et de sa "Passegiata" et réaménagement de la rue de la République, une percée datant du XIXe siècle.
Cotignac : création d'un parc ou jardin public au cœur du village, situé sur l'emplacement de l'ancienne école maternelle.
Marseille : réflexions sur le rafraîchissement de deux rues du centre-ville : la rue Sainte et la rue Caisserie.
La Seyne-sur-Mer : Réaménagement des espaces publics du centre-ville dans le cadre d’une opération de renouvellement urbain
Mouans-Sartoux : réaménagement de la place Suzanne de Villeneuve et réaménagement des espaces publics connexes au projet "cœur de ville".
La démarche a permis de favoriser l’émergence d’un diagnostic partagé élus-techniciens-partenaires sur les zones de projet, ainsi qu’une prise de conscience de la complexité intrinsèque de ces sujets et de la nécessité de mobilisée une approche intégrée et multi-acteurs.
Des nœuds problématiques persistent, notamment sur les impacts de la végétalisation sur la stabilité du bâti ancien, ou des débats esthétiques entre adaptation des espaces préservation de l’aspect des façades, des perspectives, des minéralités, des logiques de mise en valeur préexistantes. Ils demandent à être approfondis, notamment à travers des expérimentations, des travaux de recherche, des projets démonstrateurs…
Des enseignements clés : 3 principes et 12 recommandations
Le retour d'expérience de l'AMI permet de mettre en lumière trois grands principes directeurs et des leviers opérationnels majeurs :.
1/ Principe d'Habitabilité
"Préserver des conditions d'habitabilité minimales et le confort de vie face aux canicules est l'impératif premier de l'aménagement urbain. Pour transmettre ce patrimoine, il faut qu'il soit habité et qu'on y vive bien".
Ce principe place la santé publique, le bien-être thermique des habitants (notamment des populations vulnérables) et le maintien de la vie locale au centre de la démarche. De manière opérationnelle, cela implique de :
Aller le plus loin possible dans la restauration du triptyque sol / eau / végétal : diagnostiquer et désimperméabiliser les sols pour restaurer la pleine terre, infiltrer les eaux pluviales au plus près de leur chute et déployer une végétalisation multistrate adaptée aux conditions locales.
Identifier les marges de manœuvre même dans les contextes difficiles : dans les espaces contraints ou très minéraux, mobiliser des solutions d'ombrage temporaires ou légères (voiles, plantes grimpantes) et aménager des parcours de déviation ou des espaces connexes refuges.
3/ Principe de Complexité
"Concilier adaptation climatique, préservation patrimoniale et qualité urbaine exige un pilotage à la hauteur de cette complexité, fondé sur une ingénierie transversale, des méthodes de travail collectives et des temps de terrain"
Ce principe souligne qu'aucune "solution sur catalogue" n'est adaptée et qu'un projet résilient nécessite du temps, du dialogue pluridisciplinaire et une gouvernance partagée.
