15 octobre 2026
Aix en provence
Office de Tourisme d'Aix en Provence
Face à l’intensification des vagues de chaleur, le Cerema s'est associé à la Direction régionale des Affaires Culturelles de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur pour concevoir le dispositif d’accompagnement "Le + fraîcheur" à destination des architectes des bâtiments de France et des collectivités locales. Retour sur une démarche innovante alliant préservation du patrimoine et rafraîchissement urbain, valorisée dans un guide d'enseignements et de retours d'expérience sur l'adaptation des centres historiques au changement climatique.

En juin 2024, les services déconcentrés de l’État en région Provence-Alpes-Côte d'Azur (DRAC, UDAP, DREAL, DDT/M), en partenariat avec le Cerema et l’ADEME, ont lancé l'Appel à Manifestation d'Intérêt (AMI) "Le + fraîcheur : lutter contre la surchauffe urbaine en secteur patrimonial".

 

Concilier confort d'été et préservation du patrimoine : 6 collectivités lauréates et une ingénierie d'État mobilisée

Place végétalisée à Marseille / Cerema

Dans un contexte méditerranéen où les îlots de chaleur urbains et la multiplication des nuits tropicales affectent directement la santé publique et le bien-être des habitants, cet AMI visait un triple défi : encourager l'émergence d'aménagements innovants et résilients, offrir un accompagnement technique sur-mesure aux territoires et stimuler une montée en compétences collective au croisement des enjeux climatiques et patrimoniaux.

Six communes aux profils variés (de 2 000 à 877 000 habitants, réparties sur 4 départements, incluant communes littorales, centres d'EPCI et commune rurale) ont participé à cette aventure : Arles, Avignon, Cotignac, La Seyne-sur-Mer, Marseille et Mouans-Sartoux.

Pour les accompagner, une équipe pluridisciplinaire d'experts de l'État (DRAC, DREAL, architectes et paysagistes-conseils, Cerema, ADEME, DDT/M) a déployé un dispositif d'accompagnement complet :

  • Deux ateliers collectifs en intelligence collective animés par le Cerema pour sensibiliser aux dynamiques microclimatiques, ouvrir le champ des traductions opérationnelles possibles, permettre le partage d’expériences, ajuster les cahiers des charges et identifier les leviers financiers (Banque des Territoires, FEDER, Agence de l'eau, ANCT, Préfecture).

  • Des "expertises flash"» sur site : des visites de terrain suivies d'échanges techniques croisés avec les élus et services techniques, aboutissant à des synthèses écrites remises aux maîtres d'ouvrage pour enrichir leurs projets.

  • Un séminaire du réseau régional des Architectes des Bâtiments de France (ABF) organisé par la DRAC et animé par le Cerema, posant les bases d'une « revue des savoirs anciens » et dressant un panorama des leviers d'adaptation aux échelles du bâtiment, de l'espace public et de la planification.


 

Retour sur les projets expertisés 

Les projets portés par les collectivités lauréates s'inscrivaient dans différents contextes :

  • Arles : réaménagement de la place Henry Bornier et réaménagement de l'esplanade Charles de Gaulle 

  • Avignon : réalisation d'un schéma directeur pour la végétalisation du tour des remparts et de sa "Passegiata" et réaménagement de la rue de la République, une percée datant du XIXe siècle.

  • Cotignac : création d'un parc ou jardin public au cœur du village, situé sur l'emplacement de l'ancienne école maternelle.

  • Marseille : réflexions sur le rafraîchissement de deux rues du centre-ville : la rue Sainte et la rue Caisserie.

  • La Seyne-sur-Mer : Réaménagement des espaces publics du centre-ville dans le cadre d’une opération de renouvellement urbain

  • Mouans-Sartoux : réaménagement de la place Suzanne de Villeneuve et réaménagement des espaces publics connexes au projet "cœur de ville".

Visite de terrain à Cotignac, dans une ancienne cour d’école que la commune ambitionne de renaturer. Crédit : Cerema

La démarche a permis de favoriser l’émergence d’un diagnostic partagé élus-techniciens-partenaires sur les zones de projet, ainsi qu’une prise de conscience de la complexité intrinsèque de ces sujets et de la nécessité de mobilisée une approche intégrée et multi-acteurs. 

Des nœuds problématiques persistent, notamment sur les impacts de la végétalisation sur la stabilité du bâti ancien, ou des débats esthétiques entre adaptation des espaces préservation de l’aspect des façades, des perspectives, des minéralités, des logiques de mise en valeur préexistantes. Ils demandent à être approfondis, notamment à travers des expérimentations, des travaux de recherche, des projets démonstrateurs…


Des enseignements clés : 3 principes et 12 recommandations 

Le retour d'expérience de l'AMI permet de mettre en lumière trois grands principes directeurs et des leviers opérationnels majeurs :.

1/ Principe d'Habitabilité  

"Préserver des conditions d'habitabilité minimales et le confort de vie face aux canicules est l'impératif premier de l'aménagement urbain. Pour transmettre ce patrimoine, il faut qu'il soit habité et qu'on y vive bien". 

Ce principe place la santé publique, le bien-être thermique des habitants (notamment des populations vulnérables) et le maintien de la vie locale au centre de la démarche. De manière opérationnelle, cela implique de : 

 

Faire des choix, faire de la place, en priorisant les usages piétons et les modes actifs : aménager des cheminements continus et inclusifs, apaiser et modérer la circulation automobile, adopter une approche diversifiée du stationnement et mettre en cohérence le langage d’aménagement et la signalétique avec les arbitrages réalisés.

Aller le plus loin possible dans la restauration du triptyque sol / eau / végétal : diagnostiquer et désimperméabiliser les sols pour restaurer la pleine terre, infiltrer les eaux pluviales au plus près de leur chute et déployer une végétalisation multistrate adaptée aux conditions locales.

Identifier les marges de manœuvre même dans les contextes difficiles : dans les espaces contraints ou très minéraux, mobiliser des solutions d'ombrage temporaires ou légères (voiles, plantes grimpantes) et aménager des parcours de déviation ou des espaces connexes refuges.

Anticiper le fonctionnement des centres anciens par temps de canicule : Adapter la gestion de crise estivale en ouvrant des espaces refuges jour et nuit, en modulant les usages ou la circulation, et en intégrant le risque canicule au Plan Communal de Sauvegarde.

 3/ Principe de Complexité 

"Concilier adaptation climatique, préservation patrimoniale et qualité urbaine exige un pilotage à la hauteur de cette complexité, fondé sur une ingénierie transversale, des méthodes de travail collectives et des temps de terrain"

Ce principe souligne qu'aucune "solution sur catalogue" n'est adaptée et qu'un projet résilient nécessite du temps, du dialogue pluridisciplinaire et une gouvernance partagée.

Illustration de la revue des Savoirs anciens / Crédit : Zeldesign

Anticiper et penser l'intervention dans le temps long : Inscrire les projets dans une vision prospective en croisant dès l'amont toutes les expertises techniques, sensibles et d'usages, tout en recourant si besoin à des expérimentations transitoires sur-mesure 

Accompagner les transformations et mobiliser les acteurs : Fédérer riverains et partenaires à travers des démarches participatives transparentes et anticiper dès l'origine les besoins d'entretien et les budgets de fonctionnement 

Promouvoir une vision intégratrice : Fédérer l'action à l'échelle globale du centre ancien à travers un document-cadre unique (charte, schéma directeur ou OAP) et confier la maîtrise d'œuvre à des équipes pluridisciplinaires pilotées par des paysagistes-concepteurs. 

Organiser une montée en compétences et une mobilisation générale : Développer des formations transversales (santé, eau, bâti ancien, patrimoine végétal) et animer des communautés apprenantes pour diffuser une doctrine partagée et réhabiliter les budgets de fonctionnement.

S'appuyer sur l'expérimentation, le terrain et la force du collectif : Tester des solutions innovantes, expérimenter avec des projets pilotes, et évaluer les usages réels à l'aide de diagnostics sensibles et d'enquêtes de satisfaction auprès des usagers.

 

Retrouvez le rapport final sur CeremaDoc :