17 septembre 2026
Thiers
Dans le cadre du programme Action Cœur de Ville 2 (ACV2), au titre du volet « mobilités décarbonées », la Ville de Thiers a sollicité le Cerema pour accompagner ses réflexions sur la place Antonin Chastel et ses abords. L’objectif : favoriser un développement plus sécurisé et plus lisible des modes actifs dans un secteur central en transformation, tout en tenant compte des contraintes fortes liées à la RD2089, route à grande circulation et itinéraire de transports exceptionnel traversant le centre historique.

Place Antonin Chastel : conforter une centralité traversée par la RD2089

Ville de Thiers / Cerema

À Thiers, la place Antonin Chastel et ses abords constituent une centralité stratégique du centre-ville. Situé en plein centre historique, on y trouve des commerces, des restaurants, des services, une médiathèque et une école primaire, des arrêts de transport collectif, des accès à des parkings. Le secteur est également favorable à la flânerie et à la déambulation du fait de la qualité du site, des vues qu’il offre et du patrimoine de la ville.

Cette centralité est en cours de transformation. Une opération de renouvellement urbain de requalification de bâtiments et d’espaces publics voisins, notamment l’ancien bâtiment Défi Mode, doit contribuer à renforcer les usages piétons et la qualité du cadre de vie. Ces évolutions sont susceptibles de générer de nouveaux flux, en particulier piétons, dans un secteur où les conditions de traversée et la lisibilité des cheminements constituent déjà un enjeu.

La place Antonin Chastel est en effet traversée par la RD2089. Cette voirie départementale assure des fonctions routières importantes : desserte locale, circulation de transit, passage de véhicules de grands gabarits et de transports exceptionnels autorisés. Il s’agit d’une route à grande circulation pour laquelle les emprises sont contraintes et les marges de manœuvre géométriques limitées.

L’enjeu posé est donc double : comment accompagner la transformation d’un secteur central et favoriser les mobilités actives et le cadre de vie, tout en préservant les fonctions d’un axe routier structurant dans des rues étroites de centre-ville ?

 

Apaiser la RD2089 pour développer les modes actifs 

plan
Projet d'apaisement de la circulation / Cerema

La Ville de Thiers a souhaité engager une réflexion sur l’apaisement, le partage de l’espace public et la sécurisation des déplacements à pied et à vélo autour de la place Antonin Chastel.

La ville, ainsi que l’intercommunalité Thiers Dore et Montagne et le Syndicat mixte des transports urbains du bassin thiernois (SMTUT), étroitement associés à la démarche, ont été accompagnés par le Cerema pour objectiver le fonctionnement du secteur, mettre en discussion les contraintes exprimées par les partenaires, puis faire émerger des principes d’aménagement réalistes.

L’apaisement constituait ici un préalable à un meilleur partage de l’espace public : il devait permettre de garantir la sécurité des piétons et des cyclistes, d’accompagner l’évolution du quartier, de renforcer la qualité urbaine et d’améliorer le cadre de vie du centre-ville.

 

Objectiver le fonctionnement du site et co-construire les solutions

L’accompagnement du Cerema a été réalisé en deux étapes.

La première étape a consisté à produire un état des lieux partagé du fonctionnement du secteur. Le Cerema a analysé les usages, les contraintes d’exploitation, les points d’attention pour les modes actifs et les enjeux de partage de l’espace public par des observations in situ. Des entretiens avec la Police Municipale, la Direction départementale de protection des personnes (DDPP 63), instruisant les demandes d’aménagements sur cette route structurante, la Direction Départementale des Territoires (DDT 63), assurant le suivi du programme de renouvellement urbain, le Département du Puy de Dôme (CD 63), gestionnaire de la RD 2089, ont également été conduits afin de recueillir les attentes, les contraintes et les marges de manœuvre identifiées par chacun.

Cette phase a permis de mettre en évidence plusieurs enjeux : un ressenti d’insécurité pour certains piétons, un manque de lisibilité de certaines traversées, une place importante accordée à la circulation motorisée dans certains secteurs, des besoins d’arrêt-minute ou de livraisons ponctuelles, des contraintes liées aux transports collectifs, à la viabilité hivernale, aux transports exceptionnels et aux procédures applicables sur une route à grande circulation.

Cette phase a également montré que les réponses ne pouvaient pas être uniquement techniques. Dans un centre historique aux emprises limitées, les pistes de réduction de chaussée ou de réorganisation des circulations devaient d’abord être confrontées aux contraintes d’exploitation de la RD2089 et mises en discussion avec les acteurs concernés.

 

Un atelier multi-acteurs pour dépasser l’opposition entre apaisement et contraintes routières

Place Antonin Chastel / Jean-Michel Périn

La seconde étape a pris la forme d’un atelier multi-acteurs organisé le 10 mars 2026. Il a réuni les différentes parties prenantes. L’objectif de cet atelier n’était pas de produire un projet d’aménagement définitif, mais de mettre sur la table l’ensemble des contraintes et des objectifs, puis de construire collectivement des pistes de solutions réalistes.

Les participants ont d’abord retravaillé les objectifs du devenir du périmètre en insistant sur la nécessité de mieux rendre lisibles les usages de la place : exigences de circulation, accès aux commerces et services, transports collectifs, stationnement de courte durée, événements, flânerie, accès aux équipements et futurs projets.

Les contraintes ont ensuite été partagées et précisées collectivement. Certaines relèvent de procédures ou de règles opposables, comme les mesures de police de circulation sur une route à grande circulation ou l’encadrement des transports exceptionnels. D’autres relèvent davantage de contraintes pratiques : viabilité hivernale, girations de véhicules de grands gabarits, maintien des fonctions routières, fonctionnement des arrêts de bus, stationnements et livraisons.

Ce temps de clarification a permis de dépasser une opposition trop simple entre "apaiser" et "maintenir la circulation". Il s’agissait plutôt d’identifier les conditions permettant de mieux sécuriser les modes actifs, tout en préservant les fonctions indispensables de l’axe.

 

Un scénario socle pour sécuriser les prochaines étapes

À l’issue de l’atelier, un scénario de principe a émergé. Il rassemble plusieurs mesures proposées et discutées collectivement pendant la séance : mise en zone 30 du périmètre étudié, amélioration de la lisibilité des traversées piétonnes, création ou adaptation de traversées surélevées, déplacement et mise aux normes d’un arrêt de bus, évaluation de la situation actuelle d’alternat à feux, reprise d’un carrefour, clarification des espaces d’arrêt-minute, de livraisons ponctuelles et de stationnement, ou encore renforcement de la signalétique et du marquage au sol.

Le Cerema a enfin formalisé ces propositions sous forme de schéma de principes et de recommandations pour la poursuite du projet. Celles-ci traduisent les contraintes clarifiées pendant l’atelier en conditions de mise en œuvre : compatibilité avec les grands gabarits et les transports exceptionnels, prise en compte de l’exploitation de la voie, procédures liées à la route à grande circulation, lisibilité des traversées piétonnes et organisation des usages de courte durée.

L’enjeu était de faire de ces points de vigilance un cadre partagé pour approfondir le projet avant d’engager une phase plus opérationnelle.

L’accompagnement ne visait pas à figer un projet opérationnel, mais à aider la ville de Thiers à franchir une étape dans la définition de ses orientations d’aménagement. Le scénario produit constitue ainsi un socle de discussion pour approfondir techniquement les mesures proposées, vérifier leur compatibilité avec les contraintes routières et d’exploitation, et préciser les conditions de mise en œuvre avec les partenaires concernés.

Cette démarche illustre l’intérêt d’une approche progressive et collaborative des projets de mobilités actives en centre-ville. Dans des contextes contraints, où les enjeux de cadre de vie, de marche, de vélo, de circulation et d’exploitation routière s’entremêlent, la mise en dialogue des acteurs constitue une étape essentielle pour faire émerger des solutions réalistes et partagées.