Compléter les méthodes traditionnelles d'évaluation de la signalisation
Depuis de nombreuses années, le Cerema accompagne l'État dans l'évaluation des nouveaux dispositifs de signalisation routière. Avant toute expérimentation sur route ouverte à la circulation publique ou intégration dans la réglementation, il est indispensable de vérifier que les usagers perçoivent correctement les messages qui leur sont adressés, les comprennent et adoptent les comportements attendus.
Pour répondre à cet objectif, le Cerema utilise notamment la méthode tachistoscopique, développée à l'origine par l'INRETS. Cette méthode consiste à présenter très brièvement des signaux routiers à des participants afin d'analyser les mécanismes de perception, de compréhension et d'interprétation des messages.
Cette approche a démontré son efficacité et constitue aujourd'hui une référence pour l'évaluation de nombreux panneaux de signalisation. Elle présente néanmoins certaines limites. La contextualisation du signal dans son environnement reste partielle, les interactions entre usagers sont difficilement représentées et l'évaluation de certains dispositifs, notamment les marquages au sol ou les aménagements destinés aux mobilités actives, apparaît plus complexe.
Ces constats ont conduit le Cerema à explorer de nouvelles approches d'évaluation.
Une immersion dans des situations réalistes de circulation
À partir de 2024, les équipes du Cerema ont engagé un travail de développement d'une méthode complémentaire fondée sur la réalité virtuelle immersive. L'objectif n'était pas de remplacer les évaluations tachistoscopiques mais de disposer d'un outil permettant de replacer les usagers dans des situations de circulation proches de la réalité.
Équipé d'un casque de réalité virtuelle, le participant est immergé dans un environnement routier reconstitué numériquement. Il peut alors observer son environnement comme dans une situation réelle de déplacement et verbaliser ce qu'il voit, comprend et interprète. Cette immersion permet de replacer le dispositif évalué dans son contexte d'utilisation : présence d'autres usagers, environnement urbain ou autoroutier, vitesse de déplacement, densité visuelle de la scène ou encore contraintes liées à la conduite.
La méthode permet également d'adopter différents points de vue. Les évaluations peuvent ainsi être réalisées depuis la position d'un automobiliste, mais également d'un cycliste ou, à terme, d'autres catégories d'usagers.
Une première phase exploratoire pour construire la méthode
Le développement de la méthode a débuté par une première campagne exploratoire réalisée en 2024. Cette phase avait plusieurs objectifs :
- vérifier la faisabilité technique de l'approche ;
- concevoir les premiers environnements immersifs ;
- définir les modalités de passation des tests ;
- identifier les indicateurs d'évaluation les plus pertinents ;
- recueillir les premiers retours des participants.
Les premiers essais ont permis de confirmer le potentiel de la réalité virtuelle pour l'évaluation de la signalisation routière. Ils ont également mis en évidence plusieurs points nécessitant des ajustements : durée des séquences, nombre de visionnages, modalités de restitution des résultats ou encore conception de certains scénarios. Cette étape a constitué une phase essentielle d'apprentissage et de maturation de la méthode.
Vers un protocole harmonisé et reproductible
À l'issue de cette première campagne, un important travail d'analyse a été engagé par les équipes du Cerema.
Les différents retours d'expérience ont permis de faire évoluer progressivement le protocole afin de disposer d'une méthode plus robuste, plus homogène et plus facilement reproductible.
Le protocole retenu pour la campagne 2026 repose désormais sur :
- un environnement immersif visualisé au moyen d'un casque de réalité virtuelle ;
- trois visionnages successifs d'une même séquence ;
- une verbalisation systématique des perceptions et interprétations du participant ;
- un entretien complémentaire à l'issue des visionnages ;
- une méthode de cotation directement inspirée des évaluations tachistoscopiques.
Un nouvel outil au service de l'innovation routière
La campagne 2026 confirme que la réalité virtuelle constitue désormais un outil méthodologique mature et complémentaire des essais en laboratoire classiques. Cette approche ouvre de nombreuses perspectives pour les années à venir.
Au-delà de l'évaluation de panneaux ou de marquages, elle pourrait être mobilisée pour étudier :
- des aménagements routiers complets ;
- des dispositifs innovants de signalisation ;
- des scénarios d'exploitation autoroutière ;
- des interactions entre différentes catégories d'usagers ;
- des projets d'expérimentation avant leur déploiement sur route ouverte.

En janvier 2026, une nouvelle campagne d'évaluation a été menée auprès de 28 participants volontaires. Trois dispositifs ont été étudiés :