20 janvier 2014
Marché Grandclément à Villeurbanne
© RUCH MP / Agence d'Urbanisme de Lyon
Pourquoi et comment améliorer la sécurité en traversée de rue.

Lors du colloque des entretiens Jacques Cartier « Les aînés et la sécurité routière » du novembre 2013, différentes thématiques ont été abordées dont le maintien de la mobilité. Cet article présente des éléments d’une recherche présentée lors de cette journée : « La traversée de rue des piétons âgés : comprendre leurs difficultés et améliorer leur sécurité », par Aurélie Dommes, chargée de recherche IFSTTAR.

Un constat :

 

Les personnes âgées sont sur-représentées dans l’accidentologie piétonne en France.
La classe d’âge des plus de 75 ans représente seulement 9% de la population pour une part importante des piétons tués : 37% en 2011 et 41% en 2012.
De plus, 53% des piétons tués ont plus de 65 ans en 2012.

La grande part des accidents impliquant des piétons (toutes classe d’âge confondues) se produisent lors d’une traversée : 88% des piétons tués le sont alors qu’ils traversent la rue.

 

Des études pour comprendre :

 

Un paramètre : la prise de décision de traverser :

Une des difficultés pour la traversée est de sélectionner un créneau de temps suffisamment long pour franchir le trafic. En vieillissant, la diminution des capacités motrices (vitesse de déplacement), perceptives et cognitives (prise en compte des informations relatives à la vitesse) rend cette décision de traverser plus difficile et incertaine.

Deux points ressortent des recherches menées par l’IFSTTAR
 [1] sur cette thématique :
- la difficulté pour les personnes âgées à considérer le créneau de temps libre de trafic dans la voie la plus éloignée pour les rues bidirectionnelles
- la difficulté pour les personnes âgées à considérer la vitesse d’approche des véhicules et en conséquence la distance nécessaire pour que le véhicule puisse s’arrêter et les laisser passer.

Difficultés à considérer la voie éloignée :
La prise de décision se base principalement sur la première voie qui va être traversée avec un déplacement concentré sur la marche pour éviter la chute. Les collisions se produisent surtout sur la voie éloignée du point de départ de la traversée, en fin de traversée. Le piéton âgé apprécie mal la vitesse d’approche des véhicules.

Difficultés à considérer la vitesse :


Légende : Difficultés des personnes âgées à prendre des décisions sécuritaires pour traversée la rue (avec en ordonnées le pourcentage de décisions insécuritaires prises).

Ce graphique fait ressortir la différence entre piétons âgés (orange et rouge) et piétons plus jeunes (bleu) [2] : les « jeunes » restant toujours en-dessous de 3% de décisions risquées lors d’une traversée.

Ce rapport entre vitesse de circulation et capacité à prendre des décisions sécuritaires montre que plus la vitesse est élevée plus le contexte est inadapté à la traversée libre du piéton :
- qu’une vitesse de circulation de 30km/h permet de prendre des décisions sécuritaires pour tous lors de la traversée (< 3% de décisions risquées).
- qu’une vitesse de circulation de 50km/h apporte une insécurité sur 19% des décisions de traverser.
- qu’à une vitesse de circulation de 70km/h, 50% des décisions de traverser sont risquées.

Ces résultats confortent les dire d’expert et les évaluations avant après qui encouragent la baisse des vitesses en milieu urbain en terme de sécurité routière.

 

Des solutions pour améliorer les traversées :

 

Une lecture peut être faite de ces résultats en terme d’aménagement de la voirie par les considérations suivantes en terme de vitesse de circulation.
Pour une vitesse de circulation supérieure à 30 km/h,
- la gestion des traversées par feux ou bien en l’absence de feux, l’organisation de la traversée pour que le piéton ne traverse qu’une seule voie à la fois (refuge, bande tampon, traversées libres)
Pour les autres rues
- la création de zones 30, zones de rencontre et aires piétonnes

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[1] Dommes, A., Cavallo, V., Dubuisson, J.B., Tournier, I. & Vienne, F. (submitted) .Crossing a two-way street : comparison of young and old pedestrians.

Dommes, A., & Cavallo, V. (2011). The role of perceptual, cognitive and motor abilities in street-crossing decisions of young and older pedestrians. Ophtamic and Physiological Optics, 31, 292-301.

Dommes, A., Cavallo, V., Vienne, F., & Aillerie, I. (2012). Age-related differences in street-crossing safety before and after training of older pedestrians. Accident Analysis and Prevention, 44, 42-47.

Dommes, A., & Cavallo, V. (2012). Can simulator-based training improve older pedestrians’ safety? Transportation Research Part F : Traffic Psychology and Behaviour, 15, 206-218.

[2] bleu : < 65 ans, orange : de 65 à 74 ans, rouge : + de 75 ans