6 juillet 2026
Nantua et le lac de Nantua (Ain)
Adobestock
Haut-Bugey Agglomération a souhaité s’engager, dans le cadre du programme "Territoires adaptés au climat de demain" du Cerema, dans la réalisation d’un diagnostic de vulnérabilité au changement climatique, avant de poursuivre avec l’élaboration de trajectoires adaptatives.
Ses objectifs sont de connaître la vulnérabilité du territoire au plus proche de la réalité du terrain, d’alimenter le plan climat air énergie territorial (PCAET) sur le volet adaptation, et de répondre à une piste de progrès identifiée dans le cadre de la démarche Territoire Engagé pour la Transition Ecologique (TETE) du territoire.

Le programme "Territoires adaptés au climat de demain" lancé par le Cerema en 2024, a pour objectifs de :

  • saisir l’importance d’anticiper la trajectoire de réchauffement à +4°C à la fin du siècle pour ne pas subir, 

  • provoquer une montée en compétences des acteurs du territoire et un dialogue inter-acteurs et inter-territoires, 

  • consolider et renforcer concrètement l’ambition des plans d’action locaux, maîtrisés et adaptatifs.

 

Anticiper les impacts du changement climatique sur le territoire

Haut-Bugey Agglomération, territoire de moyenne montagne du département de l’Ain, composé de 42 communes et 63 000 habitants, s’est portée volontaire pour rejoindre les 20 territoires engagés dans le cadre de ce programme, et a bénéficié de l'accompagnement du Cerema pour élaborer son diagnostic de vulnérabilité au changement climatique, avant de poursuivre sur l’élaboration de trajectoires adaptatives.

Le diagnostic de vulnérabilité a été couplé à la réalisation d’un diagnostic dit "sensible", pour évaluer la perception locale du changement climatique, réalisé par la Fabrique des transitions, partenaire du programme.

A l’image de la méthode TACCT (Trajectoires d’Adaptation au Changement Climatique des Territoires) de l’ADEME, le diagnostic de vulnérabilité s’est déroulé, sur l’année 2025, en trois grandes étapes :

  1. L’analyse des facteurs climatiques (exposition aux aléas climatiques)

  2. L’analyse des facteurs non climatiques (sensibilité du territoire)

  3. Puis le croisement de ces 2 analyses permet d’en déduire les impacts du changement climatique, et les enjeux qui en découlent pour le territoire.

Réalisation d'un diagnostic de vulnérabilité / Source : Cerema

 

Ce travail a été enrichi lors d’un atelier réalisé en octobre 2025, avec des élus, agents de la collectivité et des acteurs du territoire.

Zoom sur le diagnostic sensible 

En parallèle des analyses techniques, le territoire a souhaité réaliser un diagnostic sensible, en partenariat avec la Fabrique des Transitions ; Il s’agit de comprendre comment les acteurs locaux se représentent l’adaptation au changement climatique sur le territoire, comment ils coopèrent sur le territoire, quels sont les niveaux d’ambition, les divergences, l’existence ou non d’une vision partagée, afin de déterminer les conditions de portage de l’adaptation au changement climatique (gouvernance, coopération, mise en œuvre…).

Pour cela, 22 entretiens individuels ont été réalisés avec un panel représentatif d’élus et d’agents de la collectivité, ainsi que des services de l’Etat et des acteurs socio-économiques.

Le diagnostic :

Les facteurs climatiques : l’exposition du territoire

Evolution du climat à Ambérieux-en-Bugey de 1981 à 2010 / Source : ORCAE

Climat passé : Les observations de Météo France entre 1953 et 2022 montrent une augmentation de température moyenne annuelle de 2,4°C sur la station d’Ambérieu en Bugey, avec une augmentation plus marquée au printemps et en été, ainsi qu’une baisse notable du nombre de jours de gel et diminution de l’enneigement.

Climat futur : Selon la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), l’augmentation de la température moyenne annuelle serait, en 2100, par rapport aux années 1850-1900 (période préindustrielle), de l’ordre de :

  • +3°C à l’échelle du Monde, 
  • +4°C à l’échelle de la France, 
  • +4,4°C sur le territoire de Haut-Bugey Agglomération, avec une augmentation plus marquée en été.

Le nombre de nuits tropicales (nuits où la température est supérieure à 20°C), ainsi que le nombre de jours de sols secs sont en forte hausse. 

Les précipitations annuelles évoluent peu en moyenne quantitativement, en revanche la répartition annuelle sera modifiée avec une augmentation des précipitations en hiver, et une diminution en été, et également une intensification des pluies extrêmes.

 

Les facteurs non climatiques : la sensibilité du territoire

L’évolution de ces aléas climatiques aura des conséquences directes sur les ressources naturelles et sur les activités humaines du territoire :

Synthèse des impacts du changement climatique sur le territoire / Cerema

 

Forêt

Tout d’abord la forêt (70 % du territoire) qui constitue une vulnérabilité majeure de ce territoire, avec notamment la propagation du scolyte (fort risque sanitaire pour l’épicéa : 50 % du volume concerné). 

Eau

Concernant la ressource en eau, ce territoire est caractérisé par des zones karstiques, des débits d’étiage faibles, et des prélèvements importants pour l’hydro-électricité ; elle est ainsi vulnérable à une fréquence et sévérité accrues des étiages et une dégradation de sa qualité, avec pour conséquences une pression sur l’eau potable et des risques de conflits d’usage.

Extrait du diagnostic sensible : "Le dépérissement forestier est vécu comme une catastrophe locale en cours, avec des effets déjà tangibles sur l’économie du bois, le paysage et plus largement les représentations collectives. L’adaptation mise en œuvre aujourd’hui repose sur la diversification des essences et la recherche d’une forêt plus résiliente, mais les incertitudes sont fortes sur l’efficacité de ces mesures, et la gouvernance encore fragmentée, malgré la mise en place d’un fonds bois, point d’appui important et innovant."

Extrait du diagnostic sensible : "L’eau est perçue de façon ambivalente sur le territoire. Comme une ressource sous pression pour certains, avec déjà des signes concrets de fragilité, comme abondante pour d’autres, les pénuries d’eau n’ayant pas été encore manifestes sur le territoire. Les adaptations en cours portent sur la modernisation des réseaux, la diversification des ressources et une meilleure gouvernance. Les tensions financières, les risques de conflits d’usage et la difficulté à articuler développement et disponibilité de l’eau suscitent des questions."

Milieux naturels 

Les milieux naturels sont caractérisés par une forte richesse avec de nombreux espaces protégés (Natura 2000, Espaces Naturels Sensibles, réserves régionales…). Ils sont cependant vulnérables au changement climatique : migration d’espèces, développement d’espèces envahissantes, dégradation de zones humides. 

Risques naturels 

Certains risques naturels existent déjà sur le territoire, et seront accentués avec le changement climatique : les inondations avec l’augmentation probable des crues extrêmes ; les sécheresses, l’accentuation du retrait/gonflement des argiles (RGA) et les risques d’éboulements.

Extrait du diagnostic sensible : "Les atteintes à la biodiversité ne sont pas considérées spontanément comme un enjeu majeur. Le sujet est subordonné à l’eau, à la forêt ou au tourisme. Les acteurs oscillent entre une volonté de protection, des contradictions pratiques (développement vs préservation), et un besoin de gouvernance plus claire et participative"

Agriculture 

L’agriculture, composée majoritairement d’élevage (88 % de la surface agricole utilisée (SAU) est en herbe), est très vulnérable à la sécheresse : pertes fourragères, besoins accrus en eau, risques sanitaires pour les animaux. Le changement climatique offre cependant une opportunité avec la diversification possible de cultures (maraîchage…).

Tourisme 

Le tourisme sur ce territoire de moyenne montagne subit le déclin de l’enneigement (plateau d’Hauteville notamment) avec une nécessité de reconversion vers un tourisme 4 saisons. L’opportunité de développement d’un tourisme estival "zone de fraîcheur" ou "zone refuge" devra être maîtrisé pour éviter les pics de fréquentations de certains sites naturels et notamment des lacs.

Activités économiques

Les autres activités économiques, et notamment l’industrie de la plasturgie qui représente environ 20% des emplois sur ce territoire, ne semblent pas impactées aujourd’hui, mais sont vulnérables à une baisse de productivité et des enjeux de santé au travail liés à la chaleur estivale, et des perturbations éventuelles d’approvisionnement.

Extrait du diagnostic sensible : "Les personnes interrogées perçoivent le manque de neige comme un risque assez évident pour l’économie touristique locale et pour l’identité même du territoire, bien que l’économie de la neige ne ressorte pas comme un pilier central de l’économie territoriale. Les canons à neige sont vus comme une solution transitoire mais potentiellement coûteuse, représentant donc un sujet à controverse. L’adaptation est envisagée surtout par la diversification estivale et une communication axée sur la montagne comme lieu de bien-être et de fraîcheur, mais sans illusion pour le moment : "rien ne remplacera la neige"".

Crédit : Office de tourisme du Haut-Bugey
Réseaux 

Les infrastructures et réseaux sont sensibles à différents phénomènes tels que les chaleurs extrêmes et/ou l’alternance gel/dégel, les vents forts, le retrait gonflement des argiles (RGA), avec des impacts qui peuvent être conséquents en cas de dégradations ou coupures (routes, voies ferrées dont TGV, approvisionnement en électricité, eau, téléphone…). 

Santé 

Enfin, c’est la santé des populations et le système de soins qui sont impactés par le changement climatique. Avec un taux de pauvreté relativement élevé et une part importante de retraités, le territoire est vulnérable aux vagues de chaleur, avec des conséquences sur le système de soin et sur la cohésion sociale, les personnes les plus fragiles étant les plus touchées.

Crédit : Office de tourisme du Haut-Bugey

Extrait du diagnostic sensible : "La canicule est perçue comme un risque sanitaire d’une part (personnes âgées, patients, habitants fragiles) mais aussi comme une source potentielle de sur-fréquentation touristique dans les zones de fraîcheur. Les réponses locales se concentrent sur la santé publique (des établissements de santé qui, de par leur situation géographique, offrent un confort thermique à leurs résidents), l’urbanisme (îlots de fraîcheur, végétalisation) et la rénovation des bâtiments. Mais la préparation reste jugée partielle et réactive, et l’équilibre entre attractivité touristique et préservation écologique n’est pas encore trouvé."

Dans le dossier Le programme Territoires adaptés au climat de demain (+4°C) : Co-construire un diagnostic et une stratégie d’adaptation

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