30 novembre 2021
Rue piétonne ombragée en été, avec des guirlandes accrochées au-dessus de la rue
Cerema
La nature en ville joue de nombreux rôles : support de biodiversité, réduction des risques inondations, aménités paysagères, ou encore régulation thermique des zones impactées par les îlots de chaleur. Libourne, sous-préfecture de Gironde de 25 000 habitants, a fait appel au Cerema pour l’accompagner sur la démarche d’adaptation de la ville au changement climatique, en s’appuyant notamment sur les solutions d’adaptation fondées sur la nature comme levier d’action.

"Les villes sont en première ligne face aux enjeux climatiques qui ne concernent pas seulement les générations futures mais aussi les enfants d’aujourd’hui. Ce partenariat est essentiel pour nous permettre de s’adapter, trouver des solutions et saisir les opportunités qui améliorent la qualité de vie des habitants"

Philippe BUISSON, Maire de Libourne, Président de la Communauté d’Agglomération du Libournais

 

Consciente des enjeux environnementaux présents sur le Libournais, et soucieuse de préserver le cadre de vie de ses habitants, la ville s’est interrogée sur la nécessaire évolution de son territoire face au bouleversement climatique et à l’érosion de la biodiversité.

 

Un partenariat transversal sur quatre axes

Ce partenariat aborde les questions:
  • d’îlots de chaleur urbains,
  • de continuités écologiques,
  • de gestion alternative des eaux pluviales,
  • de services écosystémiques rendus par les arbres.

 

Vue aérienne de Libourne
Libourne - Ville de libourne

Comment renaturer la ville dans un contexte d’adaptation au changement climatique ? Telle est la problématique qui sert de fil conducteur dans le cadre de ce partenariat qui relie le Cerema à la ville de Libourne. Le souhait est d’y répondre à l’aide d’une approche transversale, en croisant les regards des acteurs de l’urbanisme, de la biodiversité, de la qualité des espaces publics, du projet politique de territoire, ou encore de la sensibilisation citoyenne.

Le partenariat se décline en sept grands volets ; cinq avec une approche technique, deux autres avec une approche d’accompagnement méthodologique :

  • La cartographie des îlots de chaleur urbains : Quels sont les quartiers les plus impactés par ce phénomène ? Quelles sont les raisons de ces îlots de chaleur ? Comment y remédier ?
  • La déclinaison des trames vertes et bleues sur la ville : Sur la base des données existantes à l’échelle du SCoT et du PLUi, quelles sont les continuités-discontinuités écologiques du territoire ? Quels sont les corridors écologiques et les réservoirs de biodiversité ? Quelles actions mener pour protéger, restaurer, et créer de la biodiversité sur la commune de Libourne ?
  • La définition d’une stratégie de désimperméabilisation des sols et de gestion alternative des eaux pluviales : Quelles sont les zones les plus intéressantes pour favoriser la gestion de l’eau à la parcelle, désimperméabiliser et renaturer les sols ? Quels leviers d’actions mettre en œuvre pour favoriser l’infiltration des eaux pluviales, redonner vie aux sols, recréer des îlots de fraicheur par le biais de la végétalisation en cœur urbain ?
  • La définition d’une stratégie de végétalisation de la ville, basée sur les enjeux d’îlots de chaleur urbains, de continuités écologiques, et de désimperméabilisation des sols, tout en répondant également au projet politique des élus, aux dynamiques citoyennes, et à l’impératif d’équité entre les quartiers dans l’optique d’offrir un accès à tous à un espace vert de proximité,
  • La déclinaison Libournaise de l’outil SÉSAME (Services ÉcoSystémiques rendus par les Arbres, Modulés selon l’Essence), afin de pouvoir valoriser les services rendus par les arbres dans le cadre de la stratégie de végétalisation ; Quelles essences planter en fonction des services écosystémiques recherchés (ombrage, support de biodiversité, amélioration de la qualité de l’air, etc.),
  • L’accompagnement sur un site démonstrateur ; L’objectif étant d’appliquer les conclusions des volets techniques du partenariat sur un espace public à réaménager. Le Cerema accompagne la collectivité dans le cadre de la concertation publique, et évalue les bénéfices engendrés par le réaménagement de la place publique concernée, en termes d’îlot de fraîcheur, de support de biodiversité, ou encore de gestion alternative des eaux pluviales,
  • Un volet d’accompagnement dans la sensibilisation des habitants et la communication autour du partenariat (articles de vulgarisation, posters pédagogiques, présentation en réunions publiques).

 

 

"Il nous reste une poignée d’années pour mettre en œuvre des solutions nous permettant de faire face aux conséquences conjuguées du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. Grâce au Cerema, nous agissons pour offrir aux Libournais et aux Libournaises une ville résiliente où il fera toujours bon vivre"

Agnès SEJOURNET, 3ème Adjointe déléguée au défi climatique, à la transition écologique, aux mobilités et à la nature en ville.

 

Les premiers retours du partenariat : la cartographie des îlots de chaleur urbains (ICU)

Le square du XVème Dragon, en centre-ville de Libourne, avec des arbres et de la végétation basse
Le square du XVème Dragon, en centre-ville de Libourne

En ville, le phénomène d’îlots de chaleur urbains engendre une augmentation des températures par rapport à la périphérie. Davantage marqué la nuit, ce phénomène impacte la qualité de vie des habitants, particulièrement en période de forte chaleur. A titre d’exemple, un partenariat mené en 2018 avec la Métropole de Clermont Ferrand avait permis d’objectiver ce phénomène en cœur d’agglomération, et il avait été estimé une intensité maximum d’îlot de chaleur urbain de 3,5 °C, pouvant atteindre 5°C en période de canicule.

Dans le cadre du partenariat avec la ville de Libourne, le premier objectif a été de mettre en évidence les quartiers les plus sujets aux effets d’îlots de chaleur. Pour cartographier ces ICU, le Cerema a procédé en partant de photographies aériennes SPOT-6, pour ensuite appliquer une méthode semi-automatisée de cartographie en zones climatiques locales (LCZ - méthode développée dans le cadre de DIACLIMAP).

La ville est alors classifiée en de multiples typologies urbaines homogènes, répondant à un comportement climatique propre. Chaque îlot urbain est ensuite analysé à la lumière d’une dizaine d’indicateurs, permettant alors de lui attribuer une classe géoclimatique : morphologie urbaine (hauteur de bâti, rugosité, etc.), occupation du sol (surface imperméabilisée, surface bâtie, etc.), et propriétés thermophysiques (albédo, flux de chaleur anthropique, etc.).

En parallèle de la cartographie des ICU, le Cerema a croisé l’aléa d’îlot de chaleur urbain avec la vulnérabilité socio-économique du territoire. Pour cela, un travail de localisation des quartiers dits vulnérables au sens de l’INSEE (d’un point de vue sanitaire : population âgée notamment, et d’un point de vue social : ménages dits pauvres), ainsi qu’un recensement des lieux recevant des populations fragiles (crèches, écoles primaires, résidences pour personnes âgées, hôpitaux, etc.), ont été réalisés.

Cette analyse complémentaire de la vulnérabilité socio-économique a permis de faire ressortir les secteurs les plus fragiles face aux canicules, avec un prisme climatique mais aussi sociétal.

 

La carte des îlots de chaleur urbains sur Libourne (méthode LCZ), et la carte représentant la vulnérabilité socio-économique des différents quartiers
La carte des îlots de chaleur urbains sur Libourne (méthode LCZ), et la carte représentant la vulnérabilité socio-économique des différents quartiers. 

 

Une fois les quartiers les plus sensibles mis en lumière et les raisons de ces phénomènes expliquées, des leviers d’actions ont été proposés. Ces solutions relèvent tant de l’aménagement que de la prise en compte réglementaire dans les documents de planification (choix de matériaux plus clairs et facilitant l’infiltration de l’eau, augmentation du coefficient de surface non imperméabilisée au sein du PLUi, protection du patrimoine arboré, désimperméabilisation des sols, etc.).

Si certains quartiers ressortent naturellement en termes d’enjeux thermiques (le cœur de bastide minéral), il était intéressant de voir également que d’autres zones étaient mises en lumière pour des raisons très différentes, contrairement à ce que l’on pouvait attendre à prime abord (quartiers jouxtant les berges de Dordogne notamment, du fait d’une forme urbaine peu favorable au maintien de la fraîcheur). Les conclusions pourront être reprises dans le cadre des modifications-révisions du PLUi, ou encore afin d’aider les élus à arbitrer sur les projets futurs de réaménagements d’espaces publics. Elles seront également l’une des clefs de voute de la construction de la stratégie de végétalisation de la ville élaborée par le Cerema.

 

Décliner l’étude sur un site démonstrateur : un moyen d’évaluer et de sensibiliser

Personnes âgées sur un banc ombragé face à la rivière
Berges de Dordogne à Libourne - Cerema

Le partenariat se poursuit en 2023 avec la mise en application de toutes les préconisations sur un espace public de la ville destiné à être réaménagé. Cet espace constituera un démonstrateur de ce qu’il est possible de faire en termes de nature en ville au service de l’adaptation face au changement climatique.

Le site fera l’objet d’une évaluation ante et post réalisation par le Cerema, de manière à objectiver les bienfaits des solutions d’adaptation fondées sur la nature.

L’ensemble de la démarche est mené à travers des ateliers d'échanges regroupant les différents acteurs du territoire, permettant ainsi de co-construire la stratégie globale d’adaptation de la ville au changement climatique, grâce notamment à la nature en ville.

Ce partenariat de recherche et développement se déroule sur une durée de trois années, et fait l’objet d’un accompagnement financier de la part du Ministère de la Transition Ecologique et solidaire, de l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), de l’Agence de l’Eau Adour Garonne, et de la Région Nouvelle-Aquitaine.