20 juillet 2026
Plateau de jeu
Cerema
Lorsqu’une collectivité se lance dans l’aménagement opérationnel, de nombreux défis s’imposent tout au long du projet : comment passer de l’idée à l’action concrète ? Comment fédérer des acteurs aux horizons divers autour d’un projet commun ? Comment statuer sur des choix d’aménagement complexes et souvent lourds de conséquences et difficiles à arbitrer ?
Parmi les outils déployés dans ses accompagnements, le Cerema s'appuie sur les jeux sérieux, qui permettent aux participants de s'approprier les sujets, d'échanger et partager un langage commun, de faire un pas de côté par rapport à la pratique quotidienne...

Le Cerema accompagne les collectivités à différents stades de leurs projets d’aménagement, jusqu’à leur mise en œuvre opérationnelle. Parmi les méthodes mobilisées, les formats ludiques d’ateliers sont un outil précieux. En réunissant une diversité de parties prenantes, ils permettent deux approches complémentaires : plonger dans le projet pour lui imaginer des solutions concrètes novatrices, ou prendre un temps de recul pour débloquer les points de vue et faire surgir des perspectives nouvelles. 

Le jeu sérieux est une méthode de travail, sa valeur est double : 
  • Pendant l’atelier, la mise en situation permet des prises de conscience via des manipulations, de débattre sur des choix délicats, de construire un argumentaire et une stratégie avec des acteurs différents.
  • Après l’atelier ces pistes de travail sont synthétisées dans des livrables (tableau de suivi, grille d’évaluation, vision partagée formalisée) afin d’ancrer le travail et de lui donner une suite opérationnelle. 

Le Jeu'Mapi, pour aménager le territoire en intégrant le risque inondation

Pour s'approprier les leviers de la compétence GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) et intégrer ce risque dans l'aménagement du territoire, le Cerema a conçu le Jeu'Mapi à destination des élus, techniciens, syndicats de bassin et bureaux d’études. Les joueurs doivent intervenir sur un territoire fictif exposé à des risques hydrauliques et à différents enjeux écologiques. Au fil de la partie, les joueurs peuvent adapter les usages du sol, anticiper les inondations et préserver la qualité écologique des milieux en mettant en place des aménagement, et des cartes “météo” introduisent des événements imprévus (crue, conflit d’usage, directive réglementaire, etc.).

Le jeu permet de mieux comprendre les compétences et leviers d'actions de la GEMAPI, de tester des scénarios d'aménagement ou de réduction de la vulnérabilité aux inondations, de discuter des enjeux environnementaux, d'urbanisation, de gestion des risques... Il constitue un outil pédagogique, utilisé par exemple lors d’ateliers de sensibilisation, de formations ou de concertation.

 

Le Jeu'Mapi contribue à développer une culture commune autour de la compétence GEMAPI, à s'approprier les leviers d'action, et à faciliter les échanges entre les différents acteurs.

Travailler les ambitions 

En début de projet, il est important de définir des ambitions claires : pour partir sur des bases solides, celles-ci doivent être partagées et faire l’objet d’un consensus notamment au sein de la maîtrise d’ouvrage. Le format jeu met les acteurs en situation de choix et autorise un pas de côté précieux, permettant d'imaginer des solutions, de sortir d'une posture opérationnelle. 

 

Exemple / Brandivy : concerter les habitants sur les ambitions du projet

Plateau et consignes du jeu adaptées au projet de Brandivy

La commune de Brandivy, dans le Morbihan (56), est accompagnée depuis 2024 par le Cerema dans le cadre d’un EcoProjet. Cette commune de 1400 habitants, souhaitait aménager des logements et des espaces publics sur une parcelle en cœur de bourg.

Les habitants ont été invités à contribuer à la définition des objectifs du projet d’aménagement, en utilisant le jeu ÉcoQuartier comme support de sensibilisation et d’animation. Une première séquence a permis d’acculturer participants, élus et habitants, aux enjeux de l’aménagement durable, à partir de la version "de base" du jeu, développée par le Ministère.

La seconde partie consistait à rejouer le déroulé, cette fois en appliquant la démarche à l’opération de Brandivy : la règle et le fond de plan ont été adaptés pour représenter le périmètre réel du projet et tenir compte des invariants et des contraintes.

 

A l’issue de l’atelier, les ambitions exprimées par les habitants ont été formalisées dans un tableau de suivi remis à la mairie, puis validé en conseil municipal. Simple à utiliser, ce tableau aide à tenir le fil rouge des ambitions tout au long du projet d’aménagement, dans une logique d’évaluation et d’amélioration continue. Le jeu a ainsi servi de support pour la concertation avec les habitants, qui a débouché sur un document de référence partagé.

 

Mobiliser les parties prenantes

La réussite d’un projet d’aménagement dépend largement de la mobilisation d’acteurs très variés autour du projet : partager les constats, aligner les visions, avancer dans la même direction. 

Or un projet d'aménagement s'inscrit dans le temps long : assurer la continuité des ambitions malgré les transitions politiques ou le renouvellement des équipes est un défi majeur. À chaque changement, le risque est de perdre le fil des ambitions et de voir s'étioler l'engagement initial. La mise en situation offre alors un levier qu'un simple exposé n'égale pas : placer chacun au même niveau de compréhension, anciens et nouveaux venus réunis.

 

Exemple / Plouër-sur-Rance : raccrocher les nouveaux élus aux ambitions de l’EcoProjet

La commune de Plouër-sur-Rance, dans les Côtes-d’Armor (22), est accompagnée depuis 2023 par le Cerema dans le cadre d’un ÉcoProjet. Cette commune de 3 500 habitants porte aujourd’hui un d’ÉcoProjet arrivé à un stade avancé, avec le dépôt récent du permis d’aménager. L’arrivée de nouveaux élus au sein du comité de pilotage (COPIL) ÉcoQuartier à conduit  la commune à organiser un temps de sensibilisation et d’appropriation collective autour des ambitions et des étapes du projet.

Les participants ont (re)découvert les fondamentaux d’un ÉcoQuartier à travers une mise en situation s’appuyant sur le jeu ÉcoQuartier. Le scénario reposait sur un quartier fictif confronté à des problématiques de canicule, d’adaptation au changement climatique et de réhabilitation de friche- l’occasion d’aborder différentes composantes d’un aménagement durable : formes urbaines, biodiversité, mobilités, place de l’économie locale, qualité des espaces publics.

Une première séquence visait à partager une culture commune entre anciens et nouveaux élus autour des enjeux de transition et des leviers mobilisables dans un projet d’aménagement. Dans un second temps, les échanges ont fait le  lien avec l’opération de Plouër-sur-Rance : rappel des ambitions de la commune dans la perspective d’un quartier résilient, mise en perspective des étapes déjà franchies et identification des échéances à venir.

 

Ce travail collectif a contribué à raccrocher les nouveaux membres du COPIL à la dynamique engagée et a consolidé une vision partagée pour la suite – un capital précieux dans la continuité du projet sur le temps long. 

 

Retour d'expérience de l'usage des jeux pour la participation dans les EcoProjets

Dans le cadre de ses accompagnements des EcoProjets, le Cerema intègre la participation des habitants. A partir d’une analyse de ces accompagnements il est possible d’en tirer des premiers enseignements (ce travail est mené par les équipes Aménagement et Pole Participation au Cerema). Différentes typologies d’accompagnements se dégagent, parmi lesquelles l’animation d’ateliers pour des élus et services techniques sur la démarche EcoProjets (intégrant la participation citoyenne). Celle-ci s’appuie sur différents outils et méthodologie dont le jeu EcoQuartier. 

 

Démarche d'animation dans le cadre des EcoProjets / Cerema

 

 

Intégrer la résilience face à une problématique spécifique

Au-delà de la sensibilisation générale, le jeu sérieux est un levier efficace pour traiter une problématique technique précise - comme la résilience face aux risques naturels – en la rendant concrète, territorialisée et discutable par tous, élus comme technicien.

 

Exemple / Lannion : intégrer la résilience dans la conception d’un projet d’aménagement

Atelier jeun à Lannion / Cerema

En 2025, la commune de Lannion dans les Côtes-d’Armor (22) a sollicité le Cerema dans le cadre du programme Action Cœur de Ville. La collectivité souhaitait s’outiller pour renforcer la résilience de ses projets d’aménagement et a proposé un cas concret : l’aménagement du site de Nod Huel, notamment soumis à un risque inondation. 

La démarche étant encore au stade de la préfiguration, le jeu écoquartier a été mobilisé en complément d’un premier travail sur les vulnérabilités perçues du territoire, pour aider les élus, les services et la commission extra-municipale à intégrer ces vulnérabilités dans leurs orientations d’aménagement.

Le jeu a été adapté au périmètre du projet Nod Huel, en insistant sur les vulnérabilités du territoire identifiées lors d’un précédent atelier. Concrètement, le Cerema a créé un fond de plan représentant le site, remplacé les cartes risques par des cartes vulnérabilités et contraintes, et adapté les cartes "engagement" et leur actions associées pour  activer des leviers de résilience. En outre, au-delà des aspects financiers et de l’impact écologique de leurs choix d’aménagement, les participants étaient invités à évaluer l’impact de leurs actions sur la résilience du territoire.

Un dernier temps a porté sur les modalités de réalisation du projet imaginé : acteurs à associer, études à mettre en place …
 

A la suite de l’atelier, les propositions des participants sur le site ont fait l’objet d’une restitution écrite à la collectivité et la grille d’évaluation a été transmise comme outil simplifié de prise en compte de la résilience dans les futurs projets d’aménagement.

Conclusion

À travers ces retours d’expérience, les formats d’ateliers et de jeux sérieux sont des outils pertinents pour accompagner les collectivités dans la mise en œuvre leurs projets d’aménagement. Leur force tient à ce double rôle : ce qui joue pendant l’atelier (prise de conscience, décloisonnement entre acteurs, mise en débat des choix) et ce qu'il en reste par la suite, sous forme de livrable simples qui ancrent ce travail dans le temps. La mobilisation de jeux sérieux, produits ou non par le Cerema, contribue à adapter les accompagnements aux besoins et à chaque territoire.

Parmi eux, le jeu sérieux ÉcoQuartier apparaît comme un outil souple, pédagogique et facilement adaptable aux contextes locaux. Il sert  aussi bien à sensibiliser des publics variés et concerter des habitants, qu’à approfondir des enjeux spécifiques comme la résilience ou l’adaptation d’un projet à ses contraintes territoriales. En facilitant le dialogue entre acteurs et la mise en discussion des scenarios d’aménagement, il contribue à faire émerger une vision partagée du projet et à inscrire plus concrètement les ambitions de l’aménagement durable dans l’action des collectivités.

Les équipes du Cerema réfléchissent par ailleurs à une extension du jeu intégrant la résilience qui pourrait être plus largement diffusée et utilisée. Au-delà du jeu EcoQuartier, le Cerema conçoit et anime des jeux sérieux sur d’autres thématiques, notamment en partenariat avec La Compagnie des Rêves Urbains, comme Play’mobile ou Santé-cité. Ces jeux sont référencés sur le site de la Ville en Jeux. Cette approche ludique et participative est un des leviers utilisés par les équipes pour mobiliser les parties prenantes et faire avancer les projets.