7 juin 2018
Ville durable et intelligente
Apparu dans les années 2000, le concept de ville intelligente est encore nouveau pour le grand public. Jusqu’alors, les chiffres ont manqué pour décrire et quantifier ce phénomène. Ces derniers mois ont marqué un tournant avec la publication de nombreuses études permettant de quantifier les grandes tendances. Synthèse en chiffres.

Optimiser la gestion de la ville : une valeur économiquement sûre

C’est sur ce volet que la smart city a principalement émergé. Il s’agissait alors d’expérimenter l’apport du numérique dans la gestion urbaine. Aujourd’hui, même si les technologies ne sont pas encore stabilisées, la tendance est là auprès des collectivités et les premières expériences tendent à montrer que les retours sur investissements sont au rendez-vous : les investissements de départ sont compensés par des économies de fluides (eau, électricité, chauffage, etc.) et une baisse des coûts de maintenance.[1]

 

Par exemple, pour l’installation d’un éclairage par LED associé à des détecteurs de présence à Rilleux-la-Pape, dans le Rhône, avec une intervention immédiate en cas de dysfonctionnement détecté à distance, le retour sur investissement est estimé à 11 ans.[2] Aujourd’hui, ce sont 75 % des collectivités qui disent investir dans l’éclairage public intelligent ou avoir l’intention de le faire.[3]

De même, 54 % des collectivités investissent dans les réseaux énergétiques intelligents ou comptent le faire.[3] Une expérience de gestion intelligente des fluides (eau, électricité, gaz) concernant les collèges du Département du Nord devrait par exemple être amortie en 6 ans.[2] Toujours sur les réseaux intelligents, Saint-Amand-Montrond, commune de 10 000 habitants dans le Cher, estime réaliser 50 000 € d’économies par an grâce à une gestion intelligente de ses divers réseaux.[1]

Bien entendu, ces chiffres dépendent de l’état initial des réseaux, qui peuvent s’avérer très vétustes. Une réhabilitation apparaît alors comme un préalable avant d’envisager de s’équiper de technologies « smart ».[1]

Le sujet de l’optimisation de la gestion de la ville est aujourd’hui peu politisé, car souvent considéré comme un enjeu interne à la collectivité. De ce fait, les citoyens sont encore peu associés aux décisions. Pourtant, en face des économies d’argent public escomptées peuvent apparaître des enjeux de protection de la vie privée, comme à Saint-Sulpice-la-Forêt, commune de 1 400 habitants en Ille-et-Vilaine, où la pose de capteurs dans les écoles a eu pour effet de révéler l’heure d’arrivée du personnel.[1]

La population est encore méfiante vis-à-vis de la ville purement technologique, ou « ville connectée », lui préférant les modèles de « ville nature », « ville collaborative » ou encore « ville des courtes distances ».[5]

Nouveaux services numériques : un enjeu fort sur la protection des données personnelles…

73 % des français sont aujourd’hui équipés d’un smartphone. Ils étaient 65 % en 2016 et seulement 28 % en 2012.[4] Cette explosion de l’équipement des ménages a été accompagnée d’un certain nombre de mesures destinées à simplifier la vie des Français : toutes les démarches administratives devront par exemple se faire en ligne d’ici 2022. Aujourd’hui déjà, 86 % des collectivités vont dans ce sens et investissent dans la dématérialisation des services publics ou comptent le faire.[3] Parallèlement, deux français sur trois se disent désormais familiers des démarches en ligne. Un chiffre en augmentation de 5 % en un an.[4]

Pour autant, la partie est loin d’être gagnée sur le terrain de la confiance. En effet, le  manque  de  protection  des  données  personnelles  est  le  premier  frein  à l’usage d’internet cité par les Français.[4] 69% d’entre eux ont en outre renoncé à installer une application afin de protéger leurs données  personnelles.[4] Enfin, moins d’un Français sur trois accepterait de partager ses données pour contribuer au fonctionnement de sa ville[5], confirmant une certaine défiance à l’égard de la ville technologique. A ce titre, il faut espérer que l’entrée en vigueur du Règlement général pour la protection des données (RGPD) permettra d’inverser la tendance.

… et la médiation numérique

Le déploiement de nouveaux services numériques et la dématérialisation croissante des procédures administratives pose immédiatement la question de l’exclusion des 12 % de la population, âgée de 12 ans et plus, soit près de 7 millions de nos concitoyens, qui ne se connectent jamais à internet.[4] La même proportion de Français considère qu’internet est trop compliqué à utiliser, tandis qu’un tiers des Français s’estime peu ou pas compétent pour utiliser un ordinateur.[4]

Au-delà de cette fracture de compétences, on observe que 90 % des diplômés du supérieur utilisent l’administration en ligne, contre 59 % des bas revenus et 30 % des non-diplômés. L’âge est également un facteur de fracture : les 25-39 ans utilisent très majoritairement l’administration en ligne, avec 89 %, loin devant les 40-59 ans (80 %), les 60-69 ans (58 %) et les 70 ans et plus (30 %).[4]

Il y a donc un enjeu fort à accompagner les populations les moins à l’aise avec le numérique par des dispositifs de médiation, et à ne pas négliger les alternatives humaines aux services numériques. De cette appropriation de l’outil numérique par l’ensemble de la population dépend aussi la représentativité des échantillons de participants dans les démarches d’implication citoyenne.

Participation citoyenne : une demande forte, encore insuffisamment satisfaite

La participation des citoyens aux décisions publiques qui les concernent représente une aspiration réelle et une demande forte de la part de la population. En effet, ¾ des Français aimeraient avoir la possibilité de s’impliquer davantage dans les grandes décisions concernant leur quartier ou leur commune.[5] Parmi les dispositifs en vogue, on peut citer le budget participatif à l’échelle communale, demandé par 64 % des français.[5]

La participation citoyenne consiste à reconnaître une expertise d’usage aux habitants et à engager une relation de confiance et de partage durable avec eux. Mais elle implique un repositionnement des élus, qui se heurte à des freins culturels. Pour autant, il faut noter que 65 % des collectivités investissement dans la consultation des citoyens ou comptent le faire.[3]

 


[1] Etude « La ville et l'internet des objets - Mettre l'IoT au service de la ville intelligente et durable » commandée par le Cerema, réalisée par un groupe d’élèves-ingénieurs de l’Ecole des Ponts ParisTech, février 2018

[2] Etude « Smart Cities : Gadget ou création de valeur collective ? » menée par les cabinets Citizing et Opencitiz, financée par la Caisse des dépôts, le Syntec numérique et les pôles de compétitivité Systematic et Advancity, novembre 2017

[3] Etude sur les territoires intelligents réalisée par La Gazette et la Caisse des dépôts, novembre 2017

[4] Baromètre du numérique 2017 réalisée par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc) pour l'Arcep, le Conseil général de l'économie (CGE) et l'Agence du Numérique, novembre 2017

[5] « L’Observatoire des usages émergents de la ville », réalisé par L’Observatoire société et consommation (L’Obsoco) et le cabinet Chronos, novembre 2017