2 mars 2018
Infographie de smart city
Freepik
Ville intelligente, ville durable, ville connectée, smart city... Il n'est pas toujours aisé de savoir ce que désignent précisément ces termes. Le Cerema vous aide à comprendre de quoi il retourne.

Ville intelligente : un concept dans le prolongement de celui de ville durable

La ville intelligente, traduction française de « smart city », est un concept apparu il y une dizaine d'années, qui s’inscrit dans le prolongement de celui de la ville durable. Il apporte à cette dernière une nouvelle dimension en intégrant l'impact de la transition numérique sur la fabrique de la ville et des territoires.

Ville intelligente et ville durable restent néanmoins étroitement liées du fait que le numérique ne porte pas de finalité en soi et qu’il ne constitue qu’une nouvelle opportunité technique au service de la ville durable. Pour autant, la transition numérique génère un tel impact technologique, organisationnel et même culturel sur la société, qu’elle soulève aussi en propre de nouveaux enjeux politiques, au-delà des aspects technologiques.

Intelligence artificielle et intelligence collective des territoires

Dans un premier temps, le concept de ville intelligente a été porté par des entreprises leaders du numérique, souhaitant apporter des solutions technologiques aux problèmes de densification urbaine. Les villes qui ont adopté ces solutions ont ainsi été pionnières en matière de ville intelligente, mais ont essuyé quelques revers, tels que l’inadéquation de certains services proposés par rapport aux besoins réels des territoires, ou encore une perte de souveraineté liée à une dépendance technologique trop forte vis-à-vis des prestataires. Ce premier mouvement a consisté à irriguer la ville d’intelligence artificielle, au sens d’une automatisation croissante des processus de gestion, souvent abordée de manière sectorielle (eau, électricité, transports, etc.). On peut en ce sens parler de « ville numérique » ou de « ville connectée ».

Comme en réaction, un second mouvement émerge ces dernières années, qui vise à remettre au centre des préoccupations les finalités de l’action publique locale et l’innovation sociale, plutôt que de considérer que le progrès technologique pourra seul répondre aux enjeux. Les collectivités sont alors de plus en plus à l’écoute des citoyens et des acteurs socio-économiques, via un renforcement de la participation citoyenne et l'ouverture des gouvernances territoriales. Le but étant d’améliorer l’adéquation des projets aux besoins. Il s’agit là de mobiliser l’intelligence collective des territoires, dans une approche globale et non plus sectorielle. On parle alors de « ville collaborative », « agile » ou encore « ouverte », considérant que la nouveauté technologique du numérique est, ou sera bientôt, intégrée dans les pratiques, et que l’heure est aujourd'hui à une approche collaborative de la fabrique de la ville et de son fonctionnement.

Un problème de sémantique persistant

Cette approche collaborative peine cependant à trouver une appellation fédératrice forte qui lui permette de se distinguer de l’approche techno-centrée, et il est donc souvent nécessaire de définir ce qu’on entend par « ville intelligente » ou « smart city » avant de s’exprimer sur le sujet. Par ailleurs, si le mot de « smart », en anglais, porte aussi l'idée d'une ville « astucieuse » et « futée », cette idée ne se retrouve pas intuitivement dans la traduction française « ville intelligente », qui reste donc imparfaite.

Mais finalement, l’intelligence des villes et des territoires traduit leur manière de concilier une intelligence collective avec une intelligence artificielle et de les mettre au service l’une de l’autre. En ce sens, le terme de « ville intelligente » est englobant pour ces deux approches. La co-existance de deux types d'« intelligences » constitue une clé de lecture que l'on retrouve par ailleurs dans les expressions « datapolis » et « participolis » proposées par Francis Pisani[1], ainsi que chez Antoine Picon[2], qui distingue une approche top-down, qualifiée de « néo-cybernétique », et une approche bottom-up, plus collaborative, tout en soulignant la nécessaire complémentarité entre les deux pour qu’un système collaboratif fonctionne et perdure[3].

De manière très simplificatrice, on peut donc proposer une déclinaison du concept de « ville intelligente » comme suit :

  • Objectif : ville durable
  • Méthode : ville collaborative (intelligence collective)
  • Outils : ville numérique ou connectée (intelligence artificielle)

 

Contact : Florent Boithias, Directeur de projets Villes et territoires intelligents

 


[1] Francis Pisani, Voyage dans les villes intelligentes : entre datapolis et participolis, Netexplo, 2015

[2] Antoine Picon, Smart Cities – Théorie et critique d’un idéal auto-réalisateur, Editions B2, 2013

[3] A. Picon cite l’exemple de Wikipédia, dont le succès repose sur une combinaison de procédures descendantes et de contributions montantes.