Dans cet article, le Cerema présente les leviers d'action aux collectivités, à l'issue du programme national Bases nautiques d'avenir.
Cet article co-rédigé par le Cerema, l'école nationale de voile et des sports nautiques et Merci pour la Transition ! a été publié par notre partenaire TechniCité.
Près d'un Français sur six pratique dans une base nautique des activités régulières ou occasionnelles liées à l'eau. Avec environ 20 000 km de côtes et un réseau hydrographique dense de fleuves, lacs ou rivières, ces pratiques sportives sont populaires en France métropolitaine et outre-mer. Il existe une grande diversité de bases nautiques, liée à leur implantation (littorale ou intérieure), à la nature des pratiques (mono-activité ou pluri-activités) et à la période d'ouverture (saisonnière ou à l'année). En revanche, la plupart souffrent d'un point commun : construites majoritairement dans les années 1970 à 1990, selon les standards de l'époque, de nombreuses bases ont aujourd'hui des structures vétustes ou inadaptées, qui questionnent leur pérennité.
L’État a identifié ces besoins de rénovation, d'abord au regard de l'enjeu touristique qu'elles représentent : dans le cadre du plan Destination France, la Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture (DG AMPA) du ministère chargé de la mer a confié au Cerema et à l'École nationale de voile et des sports nautiques – prochainement Institut national du nautisme – la mise en œuvre d'un programme d'appui au verdissement et à la modernisation des bases nautiques.
Intitulé "Base nautique d'avenir" et doté de 5,8 millions d'euros, cette mesure a accompagné l'investissement des collectivités notamment via un appel à projets qui a permis de retenir douze projets exemplaires de rénovation et de reconstruction. Le 15 mai 2025, ils ont partagé leur retour d'expérience lors d’une journée technique sur le thème "Adaptation, transition écologique, attractivité : comment moderniser ma base nautique pour répondre aux enjeux de demain". Le Cerema a également produit des fiches techniques issues de ces retours d'expérience.
Penser les bases nautiques dans le cadre d'un projet territorial
Les bases nautiques sont des équipements structurants historiques de l'offre touristique d'un territoire : battant leur plein en saison estivale, elles affichent des objectifs d'attractivité et de développement économique. En ce sens, leur modernisation doit améliorer la qualité d'accueil et de service touristique, pour tous.
Le label France station nautique fédère justement des territoires qui font du nautisme un axe fort de leur identité territoriale. À la classique activité voile se sont progressivement ajoutées depuis trente ans de multiples autres possibilités (canoé-kayak, rafting, aviron, char à voile, plongée, surf, kite surf, stand-up paddle, et aujourd'hui leurs versions à foil). "On passe alors, dans les années 1990, de la voile au nautisme", explique Alain Auton, directeur de France station nautique, "tout comme on est passé de la notion de ville à celle de territoire au même moment, en expérimentant les premières collaborations communales".
Depuis, la multi-activité devient de mise et n'a cessé de croître. Elle "conforte le relais d'une saison à l'autre", rappelle Alain Auton, et les collectivités territoriales voient l'intérêt de se tourner vers leurs habitants et d'intégrer à leur vision saisonnière les enjeux permanents du territoire : éducation, santé; enjeux sociaux… Qui, il y a dix ans encore, aurait pu prédire l'émergence du longe-côte, cette activité de marche aquatique rassemblant des habitants du territoire traditionnellement éloignés des bases nautiques et moins tournés vers la mer ?
La base nautique devient le cœur d'une véritable politique intégrée.
Conséquence, les bases deviennent des pôles : pour Yoan Picard, directeur de la société publique locale 8 Milles Nautic qui exploite quatre bases nautiques dans le Cotentin, "avant, on assignait un équipement à une fonction alors qu'aujourd'hui, les bases nautiques deviennent de véritables pôles d'attractivité offrant de nouvelles activités comme le yoga, le longe-côte voire le télétravail". Et même si la communauté de communes Granville Terre et Mer (Manche) continue d'afficher de grandes ambitions touristiques en haute saison, elle vise une politique équilibrée qui profite aux habitants toute l'année. La base nautique de Jullouville (Manche), lauréate de l'appel à projets, arbore ces deux visages. De même, le pôle sportif et de loisirs de Décines-Charpieu (Rhône), en banlieue lyonnaise naise à proximité de la voie cyclable ViaRhôna, a prévu d'accueillir à la fois le club d’aviron, la maison du Vélo et la maison des associations. Cette mixité de pratiques était chère à l'élu de la commune, Samir Guesmia. Les activités changent et les bases doivent en tenir compte dans leurs projets de rénovation : conserver une agilité d'usage dans le futur devient désormais indispensable.
S'adapter à + 4 °C
Pour rénover les bases, clubs et collectivités ont donc besoin de:
- se coordonner avec les nombreux partenaires locaux,
- prendre en compte ces nouveaux usages dès la conception
- prendre la mesure de l'ampleur du changement climatique à venir.
Avec l'élévation du niveau de la mer, 900 km de côtes en France métropolitaine sont confrontées au recul de la bande côtière selon les travaux du Cerema menaçant ainsi de très nombreuses bases nautiques. Le sujet de leur relocalisation va devenir de plus en plus prégnant et certains maires s'en sont déjà saisis. De plus, les variations attendues dans les températures et la pluviométrie, soumettent le bâti à rude épreuve.
Laure Allibert, référente adaptation climatique au Cerema, rappelle que le gouvernement a adopté une trajectoire de réchauffement de référence qui prévoit une augmentation de + 2 °C en 2030 et de + 4 °C à horizon 2100 pour la France. "Un gestionnaire d'infrastructures doit donc s'intéresser aux actions d'adaptation mises en œuvre dans son territoire, comprendre les aléas auxquels le territoire est soumis et comment ils impactent son activité".
Les bases nautiques littorales ne sont pas les seules concernées, il faudra, partout, s'adapter à la transformation du cycle de l'eau, à l'augmentation de la fréquence des canicules, des sécheresses et des épisodes pluvieux violents. Amandine Richaud-Crambes, référente sport à l'Ademe attire l'attention sur la diminution probable de la ressource en eau l'été pour les bases nautiques en eaux vives. "Elles auront peut-être à pana-
cher leur offre avec des activités de terre, comme la randonnée pédestre au départ de la base nautique".
En Occitanie, des responsables de club s'interrogent sur la pertinence de maintenir un stage de perfectionnement en après-midi, car en période de canicule, il n'y a pas de vent et l'air est étouffant. Le nautisme de côte comme d'intérieur va devoir repenser son offre, pour que la pratique des activités physiques et sportives perdure dans un monde en surchauffe, mais il sera nécessaire d'y réfléchir avec l'écosystème local complet.
3 questions à :
Jo Daniel, maire de Guidel (2020-2026)
