Une conférence internationale sur l'utilisation des données pour améliorer la sécurité routière

7 octobre 2022
Sécurité routière en Occitanie
Préfecture Occitanie
Membre actif de l'International Traffic Safety Data and Analysis Group de l'OCDE, le Cerema a co-corganisé la 7e conférence de ce groupe permanent du Forum International des Transports, sur le thème "De meilleures données sur la sécurité routière pour de meilleurs résultats en matière de sécurité". Ses spécialistes y ont présenté plusieurs projets et études sur différents enjeux de sécurité routière.

Chaque jour, 3500 morts et 27 000 blessés graves : tel est le dramatique bilan de la sécurité routière dans le monde ! 

logo IRTADL'OCDE s'est saisie du problème : créé en 1988, l'IRTAD [1], International Traffic Safety Data and Analysis Group est un groupe permanent au sein du Forum International des Transports (OCDE/ITF). Il constitue une force centrale dans la promotion de la coopération internationale sur sa mission concernant les données relatives aux accidents de la route et leur analyse. 

Le Cerema siège très activement à l'IRTAD et a donc co-organisé, aux côtés de l'Université Gustave Eiffel et de l'ONISR, sa 7ème Conférence sur le thème "Better Road Safety Data for Better Safety Outcomes" (De meilleures données sur la sécurité routière pour de meilleurs résultats en matière de sécurité) qui s'est tenue à Lyon, les 27 et 28 septembre derniers, dans les locaux de l'ENTPE.

Le programme de l'événement, qui fut un grand succès avec ses 120 inscrits de 35 pays, a abordé tout autant la connaissance et la collecte des données utiles, leur analyse destinée à dégager les  enjeux majeurs, et les enseignements à tirer de ces analyses. 

Ce fut pour le Cerema l'occasion de présenter des contributions dont l'originalité et la pertinence n'ont pas manqué d'éveiller la curiosité de l'auditoire : 

 

Politiques urbaines de sécurité routière et indicateurs de risques

Florian Vanco a présenté les résultats de la recherche sur les politiques urbaines de sécurité routière, ainsi qu’avec Malot Quancart de l’ONISR les travaux menés sur les indicateurs  de risque. 

Le projet Politiques urbaines de sécurité routière (projet PUSER), issu d'une collaboration entre l'Université Gustave Eiffel (UGE) et le Cerema, avec l'appui de la Délégation à la Sécurité Routière (DSR), a pour but de proposer une méthode d'évaluation des politiques publiques locales de sécurité routière. Les travaux présentés à l'IRTAD visaient à montrer quelle est l'efficacité des mesures de sécurité routière prises dans les plans de mobilité de 70 villes françaises sur une période allant de 1987 à 2017. Parmi les nombreux résultats exposés, on note l'intérêt pour les collectivités urbaines de disposer d'un observatoire des accidents, et d'avoir une bonne connaissance des enjeux de sécurité routière sur leur territoire.

Indicateurs de risque en sécurité routière : Cette présentation du Cerema et de l'ONISR, a porté sur la méthode de calcul et les résultats des indicateurs de risque en sécurité routière. Ces indicateurs ont pour objectif d'évaluer le risque d'être tué ou blessé selon le mode utilisé ou l'âge de l'individu, rapporté à l'usage de la mobilité (distance ou temps passé à se déplacer). Les résultats ont notamment mis en évidence un risque important pour les motocyclistes et les cyclistes, ainsi que pour les seniors (vulnérabilité accrue lors d'un choc). Ces résultats permettent de mieux cibler l'orientation des politiques publiques en sécurité routière.

 

La base de données FLAM sur les facteurs des accidents mortels

Benoît Hiron du Cerema a présenté la base FLAM permettant d’identifier les facteurs contributifs des accidents mortels. Il a présenté les résultats d'une analyse des facteurs déclenchants qui ont joué un rôle dans la genèse des accidents mortels de la circulation routière survenus en 2015 en France métropolitaine et Outre- Mer hors zone pacifique.

Cette étude confirme la multi-factorialité des causes des accidents mortels. La part des facteurs Infrastructure, Véhicule et Conditions de Circulation est respectivement de 30%, 20% et 18%, alors que au moins un facteur Humain est présent dans 92% des accidents en prenant en compte les facteurs quasi-certains ou probables. Pour autant, les pistes d’actions pour adresser un facteur causal humain, ne relèvent pas seulement d’actions sur le comportement, ce travail d’analyse approfondie des accidents mortels renforce le besoin d’une approche de type système sûr en sécurité routière.

 

La présentation :

Une étude sur l'accidentalité des trottinettes à Lyon

trottinettes garées à Lyon sous des arbresAnne Sarah Bernagaud a présenté les premiers éléments sur l’accidentalité des trottinettes sur Lyon issus de la recherche ELMOS, qui a pour objectif d'améliorer la connaissance sur l'accidentalité et la mobilité en Engin de Déplacement Personnel (EDP). 

Le choix a porté sur l'agglomération lyonnaise. Les premiers résultats ont permis de voir que l'enjeu majeur, parmi tous les EDP, est celui des trottinettes électriques

L'analyse détaillée de 115 accidents corporels sur 2019-2021 à partir des procès verbaux d'accidents est à la base d'une constitution de familles types d'accidents. On constate la prépondérance des accidents en intersection, avec un tiers d'accidents où l'EDP et le véhicule (souvent une voiture) ont des trajectoires perpendiculaires (et à la grande majorité, le véhicule arrive par la droite de l'EDP), des cas fréquents où l'EDP et le véhicule tiers arrivent en face à face et la voiture tourne à gauche. Il y a 10% des cas d'accidents où l'EDP chute seul et 10% des cas où l'EDP percute un piéton.

Les cas de choc arrière, remontée de files, angles morts, ... ont été peu rencontrés. Cette étude doit être approfondie pour affiner les types d'accidents identifiés et les facteurs.

 

La présentation :

Un dispositif pour éviter les prises de contresens sur autoroute

Alexis Bacelar a présenté les travaux menés pour prévenir les prises de contresens sur les routes à chaussées séparées.
Les contre-sens sont un enjeu majeur pour les exploitants autoroutiers sachant qu’ils peuvent entraîner des accidents graves voire mortels. Face à ce constat, la société APRR a décidé de mettre en œuvre deux systèmes complémentaires de gestion de ces événements : une détection automatisée des contresens par des dispositifs de détection, et une information de blocage au niveau des péages en cas de contresens signalé. L’objectif de cette dernière est d’informer les conducteurs afin de réduire les manœuvres dangereuses sur les plates-formes de péage. 

APRR a mandaté le Cerema afin d’évaluer ce système en suivant un protocole validé par les deux parties. L’évaluation comprend la participation à deux tests en grandeur réelle (seule une simulation est proposée, la situation réelle pouvant s’avérer accidentogène), au cours desquels une trentaine d’usagers répondront à un questionnaire. Avant de répondre aux questions, ces conducteurs feront un parcours pendant lequel ils verront un message sur panneaux à messages variables, et entendront des messages sonores (en liaison avec l’événement contresens) lors de leur blocage à une barrière de péage.

Après exploitation et analyse des questionnaires, le Cerema pourra donner des pistes afin d’améliorer le dispositif, et permettre son déploiement.

La présentation :

Un guide à paraître sur la revue des données de sécurité routière

couverture du document Gilles Duchamp a présenté le Guide pour la Conduite de Revues de Données de Sécurité Routière, qu'il a co-rédigé avec 
l'institut belge VIAS en collaboration avec les instances de l'IRTAD et la Banque Mondiale. 

Dans de nombreux pays du monde, la qualité des données entrave l'élaboration de politiques de sécurité routière fondées sur des preuves. Si de nombreux pays collectent des données sur la sécurité routière, celle-ci n'est pas toujours exhaustive, et certains pays ne sont pas conscients des lacunes de leur système de données, ce qui les empêche d'analyser correctement leurs problèmes de sécurité routière.

Par conséquent, les définitions des données de sécurité routière et les méthodes de collecte doivent converger vers des critères internationaux standard, permettant ainsi des comparaisons dans l'espace - entre pays - et dans le temps.

C'est la raison d'être des observatoires régionaux de sécurité routière, qui ont été développés, par exemple, en Amérique latine (OISEVI), en Afrique (ARSO) et en Asie-Pacifique (APRSO), qui encouragent l'adoption d'un ensemble commun d'indicateurs de sécurité routière basés sur des définitions communes et servent à aider les pays à améliorer la gestion de leurs systèmes de données sur les accidents.

La présentation :

En savoir plus :

La conférence a montré à quel point les données de sécurité routière constituent le fondement essentiel de la construction et 
du pilotage des politiques de sécurité routière. Elle s'est conclue par une déclaration de 14 propositions d'orientations qui s'inscrivent dans le cadre de l'action menée par les Nations Unies pour la décennie 2021-2030 afin de réduire de 
50% le nombre de tués et de victimes graves.