Pourquoi cette étude ?
Les territoires ultramarins disposent de nombreuses ressources naturelles pour la construction. Pourtant, une dépendance persistante aux matériaux importés et au « tout béton » freine encore le développement des filières locales et de la transition écologique.
Pour la construction neuve, contrairement à l’Hexagone régi par la RE 2020, les territoires ultramarins, à l’exception de Mayotte, sont soumis à la RTAA DOM (Réglementation Thermique, Acoustique et Aération des Départements d'Outre-Mer) une réglementation dont le volet thermique ne dispose pas d'indicateur carbone. Cette absence prive les matériaux biosourcés de la valorisation de leur principal atout : leur faible impact carbone sur leur cycle de vie. Ce sujet n’est par ailleurs pas abordé non plus dans les réglementations sur la performance du bâti existant qui portent les dynamiques de réhabilitation. Dans un contexte de forte pression démographique, particulièrement à Mayotte et en Guyane, où les besoins sont estimés entre 4 400 et 5 200 logements par an d'ici 2040, continuer à importer massivement des matériaux coûteux et carbonés a ses limites. L'étude répond donc au besoin de disposer d'un état des lieux factuel, à la fois opérationnel et économique, pour éclairer les futures décisions publiques et favoriser une approche « bas carbone » véritablement adaptée aux spécificités tropicales.
Une méthodologie qui intègre la parole des acteurs
L'étude repose sur une double approche : d'une part, un travail bibliographique passant en revue les rapports existants, les éléments des appels à projets, les projets de recherche et les publications scientifiques disponibles pour chaque territoire ; d'autre part, une série d'entretiens menés entre septembre et décembre 2025 auprès d'un panel élargi d’acteurs : agences publiques (ADEME, DEAL, CSTB), bailleurs sociaux, rectorats, centres de recherche, pôles de compétitivité, architectes, associations telles l’Agence Qualité Construction, bureaux d'études, artisans, mais aussi entreprises de production et de transformation de matériaux.
Ce choix méthodologique — faire parler les acteurs plutôt que se limiter aux publications — permet de faire ressortir des témoignages sur des problématiques et des analyses de situations de blocage que n'aurait jamais révélées une revue de littérature seule.
Le rapport explore les spécificités de chaque territoire, il aborde les freins et les leviers pour le développement des filières biosourcées et géosourcées. Sont ensuite présentés plusieurs projets ou réalisations de référence.
Pour structurer l'analyse, une grille d'évaluation des filières a été développée. Chaque filière est cotée selon cinq critères de gisement (volume potentiel, facilité d'accès, de transformation, de stockage, absence d'usages concurrentiels) et selon cinq critères de maturité (appropriation par les professionnels, cadre normatif, acteurs de la transformation, projets de recherche, retours d'expérience). Ces « radars de maturité », reproduits pour chaque territoire, permettent une appréciation rapide et qualitative de l’état de la filière à la date de l’analyse, sur la base de la bibliographie.
Enfin, une analyse globale des coûts et des informations relatives au poids carbone complète le document.
Les enseignements
Le premier enseignement du rapport est la richesse des ressources disponibles : bagasse de canne à sucre en Guadeloupe et Martinique, bambou et terre crue à Mayotte, cryptoméria et diverses fibres végétales à La Réunion ou encore les essences forestières foisonnantes de Guyane. Toutefois, le passage de la ressource brute à la filière industrielle reste l'obstacle majeur.
Le rapport identifie un système de blocages qui s'auto-entretiennent :
Les pistes d'action proposées
Pour briser ce cercle vicieux, le rapport propose plusieurs leviers stratégiques, tout en soulignant leurs conditions de réussite.
Ces pistes sont le fruit des échanges avec les acteurs des différents territoires et ne relèvent pas toutes de politiques ou de décision de l’État :
