Une phase expérimentale et de retours d’enquête a permis de de faire évoluer les fonctionnalités et d'améliorer l’outil. Plusieurs maîtrises d’ouvrage engagées dans une démarche d’économie circulaire grâce à Diag’TP témoignent sur leurs usages de l'outil.
Comment gérer et tracer les matériaux issus des chantiers ?
Depuis le 22 août 2026, l’article 35 de la loi Climat et résilience impose aux acheteurs publics au moins un critère d’attribution environnemental et une clause environnementale dans les conditions d’exécution des marchés, appuyés sur des données vérifiables. Diag’TP peut les outiller : le diagnostic amont des matériaux et déchets et les ambitions de la maîtrise d’ouvrage en termes d'économie circulaire sont directement inclus dans les marchés, la traçabilité des flux assure le suivi des engagements pendant le chantier, et le bilan final peut chiffrer les économies de ressources, de coûts et d’émissions de CO₂. Elle offre aussi aux entreprises un moyen de valoriser leurs pratiques dans les marchés comportant des clauses de performance environnementale ; actuellement en phase pilote, elle sera déployée à un grand nombre d’utilisateur en 2027.
Diag’TP : un outil numérique au service d’une économie circulaire des chantiers de travaux publics
Depuis le début de l’année 2026, l’outil numérique Diag’TP fait l’objet d’une phase expérimentale auprès de bêta-utilisateurs. Fruit d’un travail collaboratif impliquant de nombreux entretiens et ateliers de professionnels de la construction, l’outil a été conçu pour faciliter la prévention et la gestion des déchets au travers de quatre étapes (Figure 1) :
- Anticiper, par la réalisation d’un diagnostic prévisionnel des matériaux et déchets générés sur le chantier ;
- Contractualiser, par la proposition de clauses techniques à insérer dans les marchés de travaux ;
- Assurer la traçabilité des matériaux et des déchets évacués du chantier ;
- Capitaliser, par un bilan à l’échelle du chantier.
Pilotée par le Cerema, cette phase expérimentale doit permettre d’enrichir l’outil en phase de déploiement contrôlé (version Bêta) en répondant précisément aux attentes des maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre et entreprises de travaux. Elle est cadrée par un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) national, porté par le dispositif d’incubation du Cerema, le CeremaLab.
Une diversité d’opérations de travaux testées
Les candidats ont été retenus dans le cadre de l’AMI sur la base de plusieurs critères, et devaient notamment garantir de :
- Présenter une opération de travaux publics générant des matériaux et déchets ;
- Pouvoir tester, a minima, un des quatre modules de Diag’TP, c’est-à-dire avoir une opération en cours : soit en phase d’études amont, soit en DCE et/ou en cours de chantier sur l’année 2026.
Afin d’évaluer la pertinence d’utilisation de l’outil, d’autres critères ont permis d’affiner la sélection des candidatures (Figure 2), avec notamment l’enjeu de varier :
- Les profils de maîtrises d’ouvrage (collectivités et groupements, syndicats, maîtrises d’ouvrage privées, services de l’Etat) ;
- Les types d’opérations (routes, aménagements urbains, ouvrages d’art, travaux de réseaux enterrés, travaux électriques, voies ferrées…) et de nature de travaux (entretien, déconstruction, travaux neufs) ;
- Les besoins des usagers ;
- La taille des opérations, allant de petits chantiers (durée maximale d’une semaine) à des chantiers programmés par tranches sur plusieurs années ;
- Les localisations sur le territoire national.

La parole à des maîtrises d’ouvrage
Le Cerema a souhaité donner la parole à quatre maîtrises d’ouvrage engagées dans la phase expérimentale de Diag’TP pour des projets très différents. Voici leurs retours d’expériences :
Témoignage de Mme Nathalie GIL, chargée d’opérations à la Direction de l’Aménagement et Systèmes Urbains et de l’Ingénierie de la Métropole Aix-Marseille-Provence
Quelle a été votre motivation première pour tester l’outil numérique Diag’TP ?
Les enjeux de l’économie circulaire et le réemploi sont désormais un objectif affirmé de notre Direction. Aussi, les opportunités offertes par le logiciel de suivi de la traçabilité des matériaux et de bilan permettront de faciliter le partage d’un retour d’expériences et une information/sensibilisation des collègues et partenaires autour de cette thématique.
Pouvez-vous décrire en quelques mots l’opération testée et les enjeux d’économie circulaire associés ?
Le projet d’aménagement des espaces publics autour du Groupe Scolaire Vayssière s’inscrit dans l’opération plus vaste du NPNRU Grand St Barthélémy Grand Malpassé. Il vise à transformer l’espace public autour du groupe scolaire (GS) en redonnant vie à un espace aujourd’hui encombré par le stationnement. La rétractation du GS et le passage des voiries à une file en sens unique représentent un gain d’espace au profit du public. Les aménagements consistent en :
- la rénovation de l’ensemble des trottoirs et chaussée avec désimperméabilisation,
- l’aménagement d’espaces verts + trame brune,
- la création d’un square,
- la création d’un barreau de liaison avec l’avenue Raimu (désenclavement),
- une démarche expérimentale d’économie circulaire.
Le projet présente des enjeux d’économie circulaire déclinés lors des études jusqu’à la phase en cours du dossier PRO. Un AMO a travaillé sur le diagnostic ressources et matériaux réemployables y compris les opportunités de valorisation de matériaux stockés sur une plateforme métropolitaine à proximité. Les matériaux visés sont les bétons de la passerelle piétonne démolie, les candélabres, bordures et pavés, mobilier urbain, clôtures et garde-corps. Le gisement en terres excavées est mineur.
Plusieurs interventions sont identifiées comme stratégiques : déconstruction/requalification de la voirie, désimperméabilisation des sols, création de revêtements perméables et de nouveaux espaces publics, extension/rénovation des réseaux, aménagements paysagers et mise à niveau du mobilier urbain.
L’élaboration à venir du DCE devra mettre l’accent sur la mise en œuvre d'un tri minutieux, d'une traçabilité des ressources/déchets et d'un reporting rigoureux des flux et filières, en intégrant ces exigences dans les marchés de travaux.
En quoi l’outil semble-t-il répondre à vos besoins et attentes en matière d’économie circulaire sur vos opérations ?
La proposition d’un outil clés en main permet, à mon sens :
- un gain de temps (nomenclature, objectifs chiffrés et export Excel),
- une uniformisation du rendu par l’ensemble des agents du service pouvant alimenter nos bilans et comparer les résultats,
- un partage facilité des "REX",
- une montée en puissance pour s’adapter plus facilement à des contraintes réglementaires évolutives,
- un suivi des projets motivant la fixation d’objectifs plus ambitieux.
Témoignage de M. Karl BILLY, adjoint à la direction des réseaux, Responsable pôle programmation, qualité, sécurité du Syndicat Départemental d’Energie 35
Quelle a été votre motivation première pour tester l'application numérique Diag'TP ?
La motivation première du SDE35 était de disposer d'un outil opérationnel permettant d'intégrer plus concrètement les principes de l'économie circulaire dans la préparation et la réalisation de ses chantiers.
Dans un contexte de renouvellement de nos marchés de travaux, nous recherchions une solution facilitant l'identification des leviers de réduction de l'empreinte carbone, l'optimisation de la gestion des déblais et déchets, ainsi que le développement du réemploi des matériaux.
Pouvez-vous décrire en quelques mots l'opération testée et les enjeux d'économie circulaire associés ?
L'opération testée concerne la réalisation d'un réseau de chaleur urbain sur la commune de Bain-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), comprenant environ 4,9 kilomètres de canalisations et générant près de 9 300 tonnes de déblais de terrassement. Cette opération représente un cas d'usage particulièrement pertinent pour évaluer les apports d'une démarche d'économie circulaire appliquée aux travaux publics.
Les principaux enjeux identifiés portent sur la caractérisation des déblais, la recherche de solutions de réemploi ou de valorisation à proximité du chantier, la limitation des transports de matériaux, la réduction du recours aux ressources naturelles ainsi que l'amélioration de la traçabilité des flux de déchets. Compte tenu des volumes concernés, les gains potentiels en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de préservation des ressources sont significatifs. Cette démarche s'inscrit pleinement dans les objectifs du SDE35 visant à intégrer davantage d'exigences environnementales dans ses futurs marchés de travaux et à disposer d'indicateurs fiables de performance environnementale des chantiers.
En quoi l'application semble-t-elle répondre à vos besoins et attentes en matière d'économie circulaire sur vos opérations ?
L'application répond bien à nos besoins grâce à son approche structurée autour de quatre étapes clés : diagnostic, clauses, traçabilité et bilan. Ces différentes phases couvrent l'ensemble du cycle de vie d'une opération et permettent d'intégrer les principes de l'économie circulaire depuis la conception du projet jusqu'à l'évaluation finale des résultats.
La phase diagnostic apparaît particulièrement intéressante pour la maîtrise d'ouvrage et sa maîtrise d'œuvre. Le listing exhaustif des matériaux et produits susceptibles d'être rencontrés sur le chantier constitue une aide précieuse dès les phases d'études. Il facilite l'identification des gisements potentiels, l'évaluation des possibilités de réemploi ou de valorisation et l'anticipation des flux de matériaux avant le lancement des travaux.
La phase clauses est également un atout important, en proposant des exemples d'articles directement intégrables dans les CCTP. Elle permet de traduire concrètement les ambitions environnementales du maître d'ouvrage dans les pièces contractuelles et d'harmoniser les exigences adressées aux entreprises.
Les phases traçabilité et bilan permettent d’améliorer le suivi des déchets et des matériaux, disposer d'indicateurs fiables sur les performances environnementales des opérations et mesurer les résultats obtenus en matière de réemploi, de valorisation et de réduction de l'empreinte carbone.
Dans son ensemble, l'outil constitue un support méthodologique qui nous semble pertinent pour accompagner la montée en puissance des démarches d'économie circulaire dans nos futurs marchés de travaux.
Témoignages de M. Matthieu GROLLIER, technicien réseaux du service réseaux eau potable et M. Vincent DUVERGT, adjoint responsable du service réseaux eau potable de Vendée Eau
Quelle a été votre motivation première pour tester l'application numérique Diag'TP ?
Notre motivation première est d’identifier des solutions concrètes pour limiter l'impact environnemental de nos opérations de travaux sur les réseaux d’eau potable.
La gestion des déblais représente un enjeu important, tant sur le plan environnemental qu’économique. Nous souhaitons notamment mieux évaluer les possibilités de réemploi des matériaux issus de nos chantiers, afin de limiter le recours aux matériaux neufs et de réduire les évacuations en filière extérieure.
Pouvez-vous décrire en quelques mots l'opération testée et les enjeux d'économie circulaire associés ?
L’opération retenue concerne le renouvellement d’une canalisation d’eau potable, intégrant une étude de caractérisation des déblais en vue de leur réutilisation, notamment en remblai de tranchée ou dans d’autres usages compatibles avec leurs caractéristiques.
L’enjeu est de déterminer dans quelle mesure les matériaux excavés peuvent être réemployés sur place ou valorisés dans des conditions techniques et environnementales satisfaisantes. Cette démarche vise à réduire les volumes de déblais à évacuer, les apports de matériaux extérieurs et les transports associés, tout en maîtrisant les coûts du chantier.
En quoi l'application semble-t-elle répondre à vos besoins et attentes en matière d'économie circulaire sur vos opérations ?
Diag’TP constitue une démarche intéressante pour structurer notre réflexion dès la préparation des opérations et identifier les leviers d’amélioration possibles en matière de gestion et traçabilité des matériaux. L’outil peut nous aider à mieux intégrer les principes de l’économie circulaire dans la conception de nos projets et ceci dès la phase de conception des opérations.
Quelle serait, selon vous, la fonctionnalité prioritaire à intégrer dans l'application pour l'enrichir ?
Nous n'avons pas encore identifié de point d'amélioration ou d'évolution.
Témoignage de Thomas PELE, Responsable de la division maîtrise d'ouvrage à la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement Pays de la Loire
Quelle a été votre motivation première pour tester l'application numérique Diag'TP ?
La DREAL PDL est particulièrement engagée dans la transition écologique, et la Division Maîtrise d'Ouvrage dans la décarbonation des travaux routiers. A ce titre, elle a signé en 2026 un pacte d'engagement IDRRIM avec des objectifs ambitieux, dont l'économie circulaire fait partie.
L'AMI du Cerema sur Diag TP est arrivée au bon moment, car nous cherchions un outil de suivi à utiliser pour une de nos opérations qui entre en chantier cette année.
Pouvez-vous décrire en quelques mots l'opération testée et les enjeux d'économie circulaire associés ?
La déviation d'Ernée est une opération de 43.5M€, comprenant d'une part un tracé neuf en route bidirectionnelle sur 3,5 km et la requalification d'une route existante sur 1,5 km. Les volumes de déblais (140 000 m3) et remblais (125 000 m3) sont conséquents. La réduction des impacts environnementaux et des émissions de GES est un point crucial du marché.
A ce titre, un AMO spécifique a été recruté et des critères de sélection sont inclus dans les DCE. L'enjeu de réutiliser au mieux les ressources disponibles sur site est donc important.
En quoi l'application semble-t-elle répondre à vos besoins et attentes en matière d'économie circulaire sur vos opérations ?
L'application permet de réaliser un diagnostic précis et de générer des clauses intéressantes dans les DCE.
L’expérimentation se poursuit en 2027, et une priorisation des fonctionnalités attendues par les utilisateurs (maîtrises d’ouvrage, maîtrises d’œuvre et entreprises de travaux) sera réalisée. De plus, Diag’TP sera ouvert à 1000 à 1500 utilisateurs, afin d’augmenter le nombre d’opérations pouvant être testées via l’outil.
Contact Cerema
Une opération de travaux publics ? Des ambitions d’économie circulaire ? N’hésitez pas à solliciter le Cerema pour expérimenter Diag’TP sur 2026 - 2027 !
