6 octobre 2026
La photo montre des spectateurs, dont deux personnes en fauteuil roulant, installés sur une plateforme d'accessibilité avec tablette dans une grande arène sportive couverte. En contrebas, le terrain de jeu éclairé et les gradins accueillent un match ou un entraînement sous un grand écran central suspendu.
Dans le cadre du programme global d’évaluation des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de Paris 2024 lancé par l’État, le Cerema a mené entre 2024 et 2026 une étude pour évaluer l’impact de l’événement sur l’accessibilité, pour les personnes handicapées, des sites, de leur environnement et plus généralement des territoires. Un peu plus de deux ans après les JOP de Paris 2024, le Cerema dresse le bilan de cet héritage et propose un retour sur les enseignements majeurs, les bonnes pratiques et les points qu’il reste à améliorer.

Dans le cadre du programme interministériel d’évaluation des impacts de Paris 2024 piloté par l’État à travers treize études thématiques, la Délégation Interministérielle aux Jeux Olympiques et Paralympiques (DIJOP) et la Direction Générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature (DGALN), accompagnées des Délégations Ministérielle et Interministérielle à l’Accessibilité (DMA et DIA), ont missionné le Cerema pour évaluer l'impact de ces Jeux sur l’accessibilité. L’enjeu central de cette commande était d’évaluer dans quelle mesure la dynamique des Jeux a permis d'accélérer les mises en conformité réglementaire, d'élever les standards de qualité d'usage et de constituer un héritage pérenne pour le quotidien des personnes handicapées sur l'ensemble du territoire francilien et national. 

Fort d’une expérience sur l’accessibilité depuis 2001 et d’une implication de ses équipes dans la préparation des Jeux, notamment en accompagnement de la SOLIDEO, le Cerema a pu répondre à la commande et a proposé une évaluation de l’impact des Jeux de Paris sur l’accessibilité, basée sur ses compétences techniques et ses travaux avec les acteurs de l’accessibilité de l’ensemble de la chaîne de déplacement. Cet article revient sur la méthodologie et les enseignements de cette étude.

 

1. Accueillir et léguer des Jeux accessibles

Défi 1 : Accueillir les visiteurs

L’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 a constitué un défi d'une ampleur inédite en matière d'aménagement et de transport, avec près de 13 millions de spectateurs accueillis, dont 200 000 à 450 000 personnes en situation de handicap (PSH) ou à mobilité réduite (PMR). Les flux quotidiens ont représenté jusqu’à 4 000 usagers en fauteuil roulant pendant les Jeux Olympiques et 2 500 pendant les Jeux Paralympiques. 

280 000 places réservées à des spectateurs PSH et leur accompagnants, soit environ 2% des billets.
Synthèse du rapport post-jeux durabilité & héritage de Paris 2024, Paris 2024, décembre 2024.

Défi 2 : Accueillir les athlètes

Les Jeux Paralympiques ont constitué un défi à part entière : l’accueil de 4 400 athlètes et les accompagnants, aux capacités physiques, sensorielles et mentales très variées. Les organisateurs, les aménageurs et toutes les équipes ont dû adapter et dimensionner les infrastructures, les transports et leurs organisations pour que les parathlètes puissent se loger, s’entrainer, se déplacer et réaliser toutes les actions du quotidien avec le plus d‘autonomie possible et dans le respect des cahiers des charges de l’International Paralympic Committee (IPC).

 

Défi 3 : Anticiper l’Héritage

Le troisième défi des équipes organisatrices a été celui de livrer en héritage des équipements, des quartiers et des réseaux de transports accessibles. L’objectif était clair depuis le début, les Jeux de Paris 2024 et les investissements réalisés doivent être utiles aux citoyens, aux habitants et aux usagers, après la fin de l’événement. Ce sont donc deux quartiers (le village des Athlètes et celui des Médias) qui sont sortis de terre, aux côtés de trois sites d’épreuve construits pour l’occasion (le Centre Aquatique Olympique - Métropole du Grand Paris, le Stade Nautique Florence Artaud et l’Arena Porte de la Chapelle) et surtout 23 sites existants à mettre au niveau en matière d’accessibilité. 

 

Carte des implantations des sites olympiques et paralympiques. Source : Paris 2024

 

 

2. Méthodologie de l'étude en trois phases

Afin d’évaluer l'accessibilité de manière transversale et de s’adapter aux différentes échéances et aux différentes échelles, le Cerema a structuré son étude autour de trois phases complémentaires qui se sont déroulées entre 2024 et 2026.

Cette illustration présente une frise chronologique ondulée et colorée découpée en cinq étapes clés pour une étude : Lancement (Jan. 2024), Phase 1 (2024), Phase 2 (2025), Phase 3 (Juin 2026) et Clôture (Sept. 2026). Elle synthétise visuellement le déroulement temporel et les jalons du projet de janvier 2024 à septembre 2026
Phasage de l'étude / Cerema

 

Phase 1 : Étude d’impact sur l’accessibilité des transports

La première phase de l’étude d’impact des Jeux de Paris 2024 porte sur l’accessibilité des transports et fait l’objet d’un rapport publié en novembre 2024. Il est issu d’une analyse documentaire et d’entretiens avec les parties prenantes liées aux transports, notamment Île-de-France Mobilités, la RATP, SNCF Réseau, SNCF Gares & Connexions, SNCF Voyageurs, le Groupe ADP , la Métropole d'Aix-Marseille-Provence, les services déconcentrés de l'État ainsi que les représentants des taxis et VTC.

Dans un premier temps, le rapport présente l’état des lieux des obligations, des réalisations et des projections avant la phase de préparation aux Jeux (année 2019 et antérieures). Dans un second temps, il détaille les réalisations spécifiques pour l’accueil des Jeux de Paris 2024 (travaux et équipements, organisations, formations…).

Phase 2 : Étude d’impact sur l’accessibilité des sites, des équipements et de leurs abords

La deuxième phase de l’étude d’impact porte sur l’accessibilité des sites olympiques et paralympiques et de leurs abords. Elle s’appuie sur un travail d’entretiens avec les parties prenantes (SOLIDEO, gestionnaires et propriétaires des équipements…) et dix visites de terrains réalisées suivant un parcours prenant en compte l’ensemble de la chaîne de déplacement, depuis les arrêts de transport en commun les plus proches jusqu’à l’atteinte des prestations dans les établissements. Les observations se sont appuyées sur une grille d’évaluation associant exigences réglementaires et critères de qualité d’usage issus du référentiel de la SOLIDEO. L’ensemble des visites de bâtiments ont été réalisées en présence des gestionnaires de site, ce qui a également été l’occasion de les interroger sur le fonctionnement de l’équipement au quotidien, leur offre de service et les perspectives qu’ils envisagent.

Le rapport de cette phase 2 revient sur les enjeux de la mise en accessibilité des établissements recevant du public et de la voirie dans le cadre des Jeux de Paris 2024, puis il propose une analyse et une synthèse des objectifs d’atteinte et d’usage, des bonnes pratiques recensées et des points de difficulté encore identifiés.

 

carte des dix sites visités.
Les dix sites hôtes visités par les équipes du Cerema.

 

Phase 3 : Étude d’impact sur l’accessibilité des villes et des quartiers

La troisième phase traite du sujet de l’accessibilité des villes et des quartiers et de l’héritage matériel et immatériel des Jeux pour les collectivités. L’évaluation de ce sujet est basée sur la méthode "Habiter pour tous !" développée par le Cerema en 2015. L’objectif est d’évaluer l’habitabilité des quartiers, et en particulier des ÉcoQuartiers, pour les personnes handicapées (handicaps moteur, sensoriels et mental cognitif ou psychique) et pour les personnes à mobilité réduite (personnes âgées et familles avec enfants). 

Les quatre quartiers évalués ont fait l’objet de travaux d’aménagement pour l’accueil des Jeux de Paris 2024 : le Village des Athlètes à Saint-Denis (93), le Village des Médias à Dugny (93) et les Quartiers d’accessibilité du centre (3e et 4e arrondissements) et du 9e arrondissement de Paris (75). Un deuxième volet de l’évaluation porte sur l’impact des Jeux sur les collectivités locales ayant accueilli des épreuves (y compris hors d’Île-de-France) et en particulier sur la Ville et Métropole de Châteauroux et s’est appuyé sur des entretiens et un questionnaire qui leur a été diffusé.

Le rapport de cette phase 3 compile à la fois l’évaluation de l’héritage matériel issu des aménagements des quatre quartiers étudiés et les retours des collectivités sur l’héritage immatériel, notamment en matière d’organisation, de stratégie de mise en accessibilité et des travaux mis en œuvre.

 

3. Des objectifs clairs, portés par une gouvernance adaptée

Les Jeux Olympiques et Paralympiques ont fédéré l’ensemble des acteurs autour d’un objectif partagé : rendre les Jeux accessibles à tous. Ainsi, l’État et ses administrations (DIJOP, DMA, DIA) ont porté cette ambition à un niveau stratégique, en assurant le pilotage et en permettant la définition de mesures structurantes partagées par tous. Le COJOP  et la SOLIDEO ont défini en conséquence une stratégie d’accessibilité universelle, appuyée sur les principes de conception universelle et les cahiers des charges des comités internationaux olympiques et paralympiques. Leurs objectifs d’accueillir les spectateurs et les athlètes dans les meilleures conditions d’accessibilité possible et de léguer un héritage matériel et immatériel à l’ensemble de la population ont ainsi pu être traduits en mesures opérationnelles.

Offrir une participation totale et une expérience sans rupture d’accessibilité des Jeux de Paris 2024
Objectif d’accessibilité universelle de la SOLIDEO et de Paris 2024

La mise en œuvre des objectifs ainsi clairement définis a nécessité l’implication de toutes les parties prenantes. La réussite des Jeux et de son héritage a donc reposé sur une comitologie transversale associant plusieurs niveaux : politique, technique et participatif. Sous l’égide du comité stratégique des Mobilités (COMOB), présidé par la Ministre des Sports et par le Ministre des Transports, et à travers un groupe de travail dédié à l’accessibilité, les opérateurs (SCNF, RATP, IDFM, Groupe ADP) et les collectivités locales hôtes ont pu coordonner leurs actions pour répondre aux 10 mesures du CIH  visant à renforcer l’accessibilité des transports franciliens pendant et après les Jeux. 

Cette gouvernance institutionnelle s’est enrichie d’un Groupe d’experts d’usage (GEU) faisant intervenir des personnes en situation de handicap, dont les recommandations et les visites in situ ont permis de mieux prendre en compte les pratiques réelles et le confort d’usage pour des parcours sans rupture, de l’arrêt de transport à la place assise dans l’équipement sportif. 

Pour aller plus loin et approfondir les démarches engagées lors des Jeux de Paris 2024, vous pouvez consulter les bilans dédiés à l'accessibilité publiés par les acteurs clés de l'événement :

 

6. Des améliorations concernant l'accessibilité de la voirie à poursuivre

Que ce soit pour les sites des épreuves ou les quartiers, le Cerema fait le constat que des difficultés demeurent sur la prise en compte de l’accessibilité en voirie et dans les espaces publics. Malgré les prescriptions et accompagnements, ce maillon de la chaîne de déplacement reste le plus fragile, car à la croisée de multiples enjeux, usages, temporalités et réglementations. 

Que ce soit aux abords des sites expertisés ou dans les quartiers visités, la voirie continue de présenter des obstacles récurrents et habituels pour les usagers. Ils sont de plusieurs types : physiques tels qu’un ressaut, un poteau ou une largeur de trottoir trop étroite, ou organisationnels par un manque de lisibilité de l’aménagement ou une longueur de cheminement particulièrement longue. Ces obstacles peuvent entraîner des conflits d’usages, être bloquants pour le déplacement d’une personne vulnérable voire être source de danger.

Les Jeux de Paris ont cependant permis de réelles avancées sur ce sujet, que ce soit dans la généralisation de bonnes pratiques déjà mentionnées plus haut, mais aussi dans la réalisation de projets d’envergure qui ont réellement facilité les déplacements et la pratique des quartiers par les usagers. C’est notamment le cas de l’aménagement de la passerelle Lucie Bréard du Franc-Moisin, dédiée aux modes actifs et passant par-dessus le canal de Saint-Denis, qui est totalement accessible et propose également un espace de repos et de rencontre, avec du mobilier urbain polyvalent.

Passerelle Lucie Bréard du Franc-Moisin, Saint-Denis (93)
Passerelle Lucie Bréard du Franc-Moisin, Saint-Denis (93)Passerelle Lucie Bréard du Franc-Moisin, Saint-Denis (93)

 

Il apparait que les espaces publics du quotidien sont plus difficiles à faire évoluer. Ils nécessitent de penser à tous les usagers susceptibles de les utiliser (et de les détourner) et de s’assurer que la prise en compte de l’accessibilité ne soit pas percutée par d’autres enjeux, notamment de gestion des flux, de tranquillité urbaine ou de stationnement motorisé.

Le constat est fait que le fonctionnement adopté par la Ville de Paris dans le cadre de son programme Quartier d’Accessibilité Augmentée montre des résultats encourageants. Bien qu’encore non aboutie sur certains aspects, leur approche par l’usage en identifiant un ou des parcours structurants qui desservent une diversité d’équipements dans un quartier, permet de concentrer les efforts sur un linéaire réduit mais pertinent et d’assurer la coordination des acteurs sur ce linéaire.

 

7. Six recommandations issues de la phase Héritage

Cette étude d’impact sur l’héritage des Jeux de Paris 2024 permet de mettre en évidence des recommandations pour tous les porteurs de projet, rassemblées ci-dessous.

Définir des objectifs partagés et structurer une gouvernance multi-acteurs : Instaurer dès le cadrage stratégique des ambitions d'accessibilité universelle claires et partagées, portées par une gouvernance dédiée réunissant l'ensemble des parties prenantes (maîtrises d'ouvrage, maîtrises d'œuvre, exploitants, associations et services de l'État).

Intégrer l'expertise d'usage tout au long du cycle de vie du projet : Associer systématiquement et dès la phase amont de conception les usagers en situation de handicap ou à mobilité réduite, puis maintenir cette concertation pendant les phases de réalisation, de test et d'exploitation.

Approcher la continuité de la chaîne de déplacement par l’entrée « parcours » : Repérer les cheminements piétons structurants et nécessaires, et s’astreindre à les traiter dans leur intégralité pour assurer leur pertinence d’utilisation pour tous les usagers. Porter une vigilance accrue sur la qualité des détails et éviter les ruptures d'accessibilité en soignant particulièrement le traitement des seuils, des dénivelés, des raccordements de voirie, en menant une réflexion sur le désencombrement des espaces et sur leur gestion, leur entretien, leur utilisation (au-delà des aménagements) et en choisissant du mobilier urbain confortable et inclusif, afin de garantir un parcours sans obstacle.

Assurer un accompagnement technique rigoureux : Mettre en place une assistance technique continue et experte auprès des porteurs de projet pour sécuriser la conformité réglementaire et le respect des cahiers des charges (qui peuvent inclure des exigences sur l’accessibilité allant au-delà de la réglementation), et pour assurer la qualité d'usage et la cohérence d'ensemble des aménagements. S’approprier les référentiels d’accessibilité universelle pour la conception produits par la SOLIDEO pour s’assurer de la qualité d’usage. 

Généraliser et pérenniser les bonnes pratiques inclusives : Systématiser le déploiement de dispositifs éprouvés tels que la signalétique multisensorielle, les espaces calmes, les salles de change, ainsi que l'harmonisation des dispositifs d'assistance et d'accueil dans les transports. Mettre en place une veille sur les innovations et partager des retours d’expérience sur leur mise en œuvre. 

Renforcer la sensibilisation et la formation des gestionnaires finaux : Développer des actions de formation ciblées pour homogénéiser l'appropriation des aménagements et des équipements par les exploitants et gestionnaires, assurant ainsi la pérennité et la bonne maintenance des solutions mises en place.

La gestion du dénivelé par une rampe animée au cœur du Village des Athlètes.
La gestion du dénivelé par une rampe animée au cœur du Village des Athlètes.

Le Cerema, un acteur technique au service de l’accessibilité

Établissement public de référence sur l’accessibilité, le Cerema s'est pleinement mobilisé aux côtés des parties prenantes pour faire de l'accessibilité universelle un héritage durable des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Dès la phase amont, l'établissement a réalisé une étude stratégique pour la Préfecture de la région d'Île-de-France portant sur l'accessibilité des cheminements piétons et des abords des pôles générateurs de déplacement. Les résultats ont été capitalisés sous la forme d'un guide de recommandations sur l’accessibilité des espaces publics. 

Parallèlement, le Cerema a apporté un accompagnement technique multiple et sur-mesure à la SOLIDEO à chaque étape clé des projets : intégration des exigences d'usage et de confort dans les référentiels programmatiques, analyse des offres lors des consultations pour les lots du Cluster des Médias et le partenariat d'innovation sur la signalétique inclusive multisensorielle. Enfin les équipes accessibilité du Cerema ont été mobilisées aux côtés de la SOLIDEO pour réaliser des expertises de terrain lors des visites de pré-réception des ouvrages supervisés, pour garantir la conformité et la qualité d'usage avant livraison.