30 mars 2021
Personnes âgées sur un banc dans un parc public
Afin de mieux connaître la mobilité spécifique des personnes âgées sur son territoire, la Métropole européenne de Lille et le Cerema ont noué un partenariat de recherche pour réaliser une enquête à la fois quantitative et qualitative auprès des habitants. Comment la mobilité de la génération née après 1945 évolue-t-elle de la voiture individuelle vers de nouveaux modes de transports plus adaptés au vieillissement? Quelles sont les pistes pour accompagner cette transition ?

Logo de la métropole de LilleLa génération des baby-boomers qui entre aujourd'hui dans le 3e âge a été la première génération à utiliser massivement la voiture tout au long de sa vie et à y attacher une forte valeur symbolique.

Or les personnes âgées utilisent de moins en moins la voiture au fil du temps, et un enjeu fort réside dans l’accompagnement de la transition de cette génération de la voiture individuelle vers d’autres modes de transport.

Afin d'anticiper l'évolution des besoins et de mieux y répondre, la Métropole européenne de Lille a lancé une enquête à la fois qualitative et quantitative auprès des habitants. A travers un partenariat de recherche, le Cerema et la Métropole mènent une vaste enquête qui permet d'appréhender la mobilité de cette population dans son ensemble.

 

Comprendre le rapport à la mobilité de la génération du baby-boom

Les observations et les travaux réalisés sur la mobilité de cette génération amènent à parler de "sevrage" pour évoquer cette transition, parfois nécessaire en raison de la baisse des capacités physiques.

Le poids démographique de cette génération doit amener à anticiper l’évolution de ses besoins en termes de déplacements et de modes de transports, en intégrant des enjeux tels que la sécurité, la lisibilité, la proximité, l’autonomie.

Rue du centre ancien de Lille, avec maisons en briques
Rue du Vieux-Lille - Adobestock

La Métropole européenne de Lille qui souhaite anticiper cette transition a fait appel au Cerema pour réaliser une enquête aussi bien quantitative que qualitative auprès d’un panel d’habitants.

L’objectif est de mieux comprendre et analyser l’évolution des pratiques de mobilité de cette génération.

L’enquête a démarré en 2019 et sera menée durant 5 ans. Elle est conduite en deux volets :

  •  Un volet quantitatif annuel avec une enquête auprès de 1.000 habitants de 65 ans et plus,
  • Un volet qualitatif avec une enquête socio-anthropologique et compréhensive auprès d’une trentaine de ménages. Ce travail vise à comprendre les habitudes, la perception des gens quant à leur mobilité et son évolution.

Un premier rapport synthétise les principaux éléments et reprend les témoignages de 28 personnes, classés par thèmes, qui permettent de cerner les enjeux autour de la mobilité des plus de 60 ans. En cela, ce document constitue une plongée subjective dans le quotidien des personnes rencontrées. Des propositions pour agir sur certaines difficultés sont également formulées.

Il comporte un grand nombre d’éléments de compréhension de la manière dont les baby-boomers de la métropole lilloise se sont déplacés, comment leurs habitudes ont pu évoluer au tournant du 3e âge, et comment ils envisagent leur mobilité dans les années à venir.

 

Esquisser les enjeux et les solutions de demain

Vue de la Grand place de Lille
Grand Place de Lille - Adobestock

Les personnes ont été interrogées sur leurs déplacements en voiture, en transports en commun, à pied dans l’espace public, de manière à comprendre leurs représentations sociales, leurs difficultés et appréhensions, leurs besoins et attentes.

Des questions visaient à connaître leur occupation durant la retraite, le changement d’habitudes de mobilité (périmètre, mode de déplacements, autonomie, rapport au centre-ville…) que ce temps supplémentaire a entraînées. Leur sensibilité écologique vis-à-vis des transports a été abordée, ainsi que leur perception de la dépendance et du vieillissement, leur entourage…

Ces témoignages permettent de comprendre pourquoi les personnes de cette génération hésitent à prendre les transports en communs, notamment le bus, à travers des questions sur la sécurité, le confort, les aspects économiques, l’information, le service. Ils donnent des indications sur la manière dont elles utilisent les nouveaux outils tels que le GPS, sur les effets de genre par rapport à l’usage de la voiture, ou encore pourquoi certains ont cessé de conduire...

La marche est également abordée, car elle est beaucoup pratiquée même pour des distances de quelques kilomètres, de même que le vélo en revanche de moins en moins pratiqué avec l’âge.

Une place est accordée aux nouveaux modes de mobilité comme les cars interurbains qui semblent appréciés pour leur confort et leur coût compétitif, la location de voitures entre particuliers ou le covoiturage longue distance.

Beaucoup d’aspects liés à la voiture personnelle sont abordés dans l’enquête, qui retrace toute l’histoire des personnes interrogées avec l’automobile et les évolutions dans leurs pratiques. Il apparaît notamment que les difficultés liées au stationnement en ville (préoccupation importante pour beaucoup de répondants) impactent les déplacements de nombreuses personnes âgées, contribuant à un phénomène d’éviction des centres-villes.

Ces éléments peuvent éclairer les décisions en matière d’aménagement urbain, de planification de la mobilité, de revitalisation des centres-bourgs, d’accompagnement de ce public spécifique en prenant en compte une certaine "dépendance à l’indépendance".

En 2021, l'enquête se poursuit avec des questions supplémentaires autour de l'impact de la crise du coronavirus et des mesures de confinement sur la mobilité de cette génération.