La mobilité structure le quotidien des habitants : aller travailler ou étudier, accéder aux services et aux soins, accompagner ses enfants ou maintenir des liens sociaux. Elle joue aussi un rôle déterminant dans l’attractivité, la cohésion et la transition écologique des territoires. Dans un contexte où les compétences et les responsabilités sont réparties entre plusieurs acteurs, le Forum avait pour ambition non pas de proposer une réponse unique, mais de partager des repères opérationnels, des exemples et des ressources mobilisables par les collectivités.
Les interventions ont fait ressortir un même fil conducteur : une politique de mobilité efficace doit partir des réalités du territoire et des pratiques des habitants, articuler les acteurs à la bonne échelle, intégrer les publics les plus vulnérables et évaluer les effets des solutions mises en œuvre.
Mobilité en Nouvelle-Aquitaine : pourquoi et comment agir au niveau local ?
Cette première séquence a croisé l’éclairage régional de Frédéric Perrière, directeur général adjoint en charge des infrastructures, des mobilités et du cadre de vie au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, avec le retour d’expérience de Benoît Carrère, directeur général des services de Sud Gironde Mobilités.
Frédéric Perrière, DGA en charge des infrastructures, des Éclairage de la Région Nouvelle-Aquitaine, a rappelé la diversité des situations rencontrées dans une région vaste et peu dense : les besoins diffèrent fortement entre les principales agglomérations, les espaces périurbains, les territoires ruraux et les zones de montagne. La dépendance à la voiture individuelle et aux énergies fossiles y demeure importante, tandis que l’organisation des transports collectifs est plus difficile dans les secteurs peu denses. Plusieurs leviers doivent donc être combinés : électrification et décarbonation des véhicules, covoiturage et partage de la voiture, développement du vélo et des transports collectifs, maîtrise du nombre de déplacements et sobriété logistique.
Depuis la loi d’orientation des mobilités, la Région et les intercommunalités ayant pris la compétence d’autorité organisatrice de la mobilité se partagent l’organisation des services. Cette répartition rend indispensables la coopération et la coordination, notamment à travers Nouvelle-Aquitaine Mobilités et les contrats opérationnels de mobilité. Dans un contexte de progression soutenue de la fréquentation du TER et de fortes contraintes budgétaires, l’enjeu ne consiste pas seulement à créer de nouvelles offres : il faut également mieux utiliser les capacités existantes, améliorer le parcours des usagers et renforcer la connaissance des services disponibles.
Benoît Carrère, DGA en charge des infrastructures, des mobilités et du cadre de vie, a ensuite présenté la démarche de Sud Gironde Mobilités, autorité organisatrice intervenant à l’échelle d’un bassin rural de 105 communes et d’environ 98 000 habitants. Le syndicat a construit un bouquet de solutions couvrant l’ensemble de son territoire : quatre lignes régulières, plusieurs formes de transport à la demande, un transport d’utilité sociale, un service d’information et d’accompagnement, des solutions de mobilité solidaire, ainsi que des actions en faveur du vélo, du covoiturage et des déplacements domicile-travail.
L’exploitation directe des services permet de tester l’offre et de l’adapter progressivement. Le réseau repose également sur le rabattement vers les lignes régulières, les gares et les pôles de mobilité, ainsi que sur une solidarité entre les intercommunalités du bassin. Le choix de la gratuité vise à faciliter l’essai des services et à créer de nouvelles habitudes dans un territoire jusqu’alors peu familier des transports collectifs. Les premiers résultats présentés — 115 000 voyages sur les lignes régulières depuis septembre 2025 et plus de 13 000 missions de transport à la demande — témoignent d’une appropriation progressive, y compris par des personnes en emploi. Une enquête doit encore préciser le nombre d’usagers distincts et le taux de pénétration du réseau.
Comprendre les comportements pour faire évoluer les mobilités
La deuxième séquence, animée par Stéphanie Bordel, chercheure en psychologie sociale et responsable de l’équipe de recherche en psychologie appliquée PsyCAP au Cerema, a montré qu’une solution techniquement pertinente ne produit pas automatiquement le comportement attendu. Informer, sensibiliser, inciter ou aménager peut rester insuffisant si l’action publique ne prend pas en compte les pratiques réelles, les contraintes et les représentations des usagers.
La lisibilité et l’utilisabilité d’un service ou d’un aménagement constituent des conditions essentielles de son appropriation. Un usager doit pouvoir comprendre rapidement ce qui lui est proposé, savoir comment l’utiliser et percevoir son intérêt. Mais les choix de mobilité dépendent aussi des horaires de travail, de l’organisation familiale, du sentiment de sécurité, des compétences numériques, des habitudes, des normes sociales ou encore de l’image associée aux différents modes de déplacement.
Plusieurs exemples ont illustré ce décalage possible entre l’intention du gestionnaire et l’usage effectif. Des voies réservées au covoiturage peuvent rester peu utilisées lorsque leur fonctionnement ou les conditions de réinsertion sont mal compris. Le prêt d’un véhicule ne suffit pas à développer le covoiturage lorsque les horaires des salariés sont incompatibles. À Rennes, l’étalement des horaires universitaires a, à l’inverse, permis de réduire une partie de la saturation du métro en agissant sur l’organisation des activités plutôt que sur l’infrastructure.
Pour les collectivités, le principal enseignement est méthodologique : enquêter avant de définir la solution, associer les usagers sans se limiter à recueillir des demandes individuelles, co-construire à partir de situations concrètes, intégrer les sciences humaines et sociales au même niveau que l’expertise technique, puis évaluer les effets obtenus. Cette approche permet de comprendre pourquoi un dispositif fonctionne — ou non — et de l’adapter dans le temps.
Mobilité pour tous : coordonner les solutions pour une transition juste
La troisième séquence a donné la parole à Éric Labadie, commissaire à la prévention et à la lutte contre la pauvreté. Son intervention a rappelé que la mobilité solidaire ne constitue pas un sujet périphérique : elle conditionne l’accès effectif à l’emploi, à la formation, aux soins, à l’alimentation, aux démarches administratives, aux loisirs et aux relations sociales.
Les réponses relèvent de deux dimensions complémentaires : savoir bouger, grâce au conseil en mobilité, à l’accompagnement ou aux auto-écoles et vélo-écoles solidaires ; et pouvoir bouger, grâce aux garages et locations solidaires, au covoiturage, à l’autopartage, au transport d’utilité sociale ou au transport à la demande. Les plateformes de mobilité jouent un rôle important pour rendre ces services plus lisibles et coordonner les interventions à l’échelle locale.
Le défi porte donc autant sur l’existence des solutions que sur leur articulation et leur financement dans la durée. Pour garantir une transition juste, les politiques de mobilité doivent intégrer les publics les plus fragiles dès leur conception, en tenant compte des réalités propres à chaque bassin de vie.
Sécurité des déplacements : repères et ressources pour agir localement
La dernière séquence, présentée par Nathalie Demeurisse-Soudeix et Xavier Broutin du Cerema, a répondu à des préoccupations très concrètes des collectivités : vitesse jugée excessive, carrefour perçu comme dangereux, visibilité insuffisante, demande de ralentisseur, de passage piéton ou de zone 30.
Face à ces sollicitations souvent légitimes, le premier réflexe ne doit pas être de choisir immédiatement un aménagement, mais de comprendre avant d’agir.
L’insécurité ressentie doit être prise en considération et confrontée à des données objectives : accidentologie, vitesses pratiquées, comptages, catégories d’usagers, organisation de la circulation et usages de l’espace public. Cette analyse permet de sécuriser la décision, d’améliorer son acceptabilité et d’éviter d’investir dans une réponse inadaptée.
La démarche proposée associe plusieurs étapes :
- comprendre la situation et les attentes,
- expliquer et associer les parties prenantes,
- vérifier le cadre réglementaire,
- tester lorsque cela est possible,
- évaluer les résultats,
- décider puis communiquer sur les choix réalisés.
Un aménagement efficace repose sur la cohérence : l’environnement, les usages et la signalisation doivent "raconter la même histoire". Un panneau isolé ne suffit pas si la configuration de la rue ne rend pas crédible la vitesse attendue.
Le Cerema a également rappelé les principales ressources à la disposition des collectivités : textes réglementaires, instruction interministérielle sur la signalisation routière, normes, guides techniques, fiches pratiques, études et retours d’expérience disponibles sur CeremaDoc. Les collectivités adhérentes peuvent solliciter leur référent Cerema ; les autres peuvent utiliser le formulaire de contact régional pour une question réglementaire, une étude ou un accompagnement de projet.
Des repères pour passer à l’action
Les quatre séquences ont mis en évidence une méthode commune : partir d’un diagnostic territorial et des usages réels, organiser la coopération entre les acteurs, combiner plusieurs solutions, inclure les publics vulnérables, expérimenter lorsque cela est pertinent et évaluer les résultats. Les marges d’action des collectivités existent, mais elles reposent moins sur une solution standard que sur leur capacité à construire une réponse cohérente avec les besoins et les ressources de leur territoire.
Le Cerema accompagne les collectivités dans leurs politiques de mobilité, depuis le diagnostic jusqu’à la mise en œuvre et à l’évaluation des projets. Il met à leur disposition son expertise, des ressources documentaires, des formations, des retours d’expérience et des rendez-vous réguliers consacrés aux enjeux de mobilité. Les "Rendez-vous Mobilités" sont des conférences en ligne de deux heures destinées à partager connaissances, outils et expériences autour d’une mobilité décarbonée, sobre, sûre et solidaire.
