19 mars 2018
Côte d'Opale
Laurent Mignaux - TERRA
Afin de mieux comprendre les mécanismes d’évolution du littoral dans la perspective d’un aménagement durable, la collection « Dynamiques et évolution du littoral » contribue à centraliser les connaissances, en réunissant dans un document unique les caractéristiques des côtes, leurs évolutions passées et actuelles, ainsi qu’une analyse prospective. Ce premier volet porte sur la côte d’Opale, un territoire situé entre la frontière belge et la pointe du Hourdel.

Synthétiser les connaissances sur l’évolution du littoral

L’objectif de cette collection est d’offrir un socle de connaissances suffisant pour comprendre les phénomènes en cours sur le littoral et se préparer aux évolutions de demain. Le ministère en charge de l’environnement a confié au Cerema [1] la réalisation et le pilotage de cette collection. Les cartographies dynamiques et l’atlas cartographique ont également été réalisés par le Cerema [2] avec l’appui du Shom (Service hydrographique et océanographique de la Marine).

Ce premier fascicule [3] traite de la province sédimentaire s’étendant de la frontière belge à la pointe du Hourdel (baie de Somme) sur environ 240 km. Également appelée côte d’Opale, elle se caractérise par la diversité de ses paysages (grandes plages sableuses ourlées de massifs dunaires, côtes rocheuses escarpées, estuaires), par ses stations balnéaires et par ses ports.

Dispositif anti-erosion en baie d'Authie sur la côte d'Opale
Dispositif anti-erosion en baie d'Authie sur la côte d'Opale - Laurent Mignaux - TERRA

Sur les dernières décennies, 40 % des côtes mobiles sont en accrétion, soit un des taux les plus élevés de métropole. Cependant, ce chiffre masque des différences très marquées, avec des taux de recul du trait de côte[4] pouvant dépasser localement les 3 m/an en moyenne. Par ailleurs, la province comporte quelques secteurs fortement anthropisés et cumule près de 130 km linéaires d’ouvrages et aménagements côtiers, impactant près de 60 % du littoral de la province.

Cette synthèse de référence a bénéficié d’un travail collaboratif associant une soixantaine de personnes, dont une quarantaine de contributeurs directs représentant 34 organismes différents (services déconcentrés de l’État, collectivités territoriales, gestionnaires du littoral, établissements publics, universités, bureaux d’études privés et associations).

Des dynamiques d’érosion différentes selon les secteurs

De façon générale, le trait de côte de cette province [5] évolue lentement, mais certains secteurs sont plus sensibles à l’érosion. Ainsi, la partie méridionale de la côte d’Opale connaît un recul du trait de côte d’environ 40 mètres entre 1963 et 2000.

Sur les côtes sableuses et les baies, les événements météorologiques tempétueux ponctuels peuvent également provoquer des désordres ou des reculs significatifs du trait de côte. Récemment, les événements de l’hiver 2013-2014 ont entraîné un recul significatif du trait de côte, en particulier à Équihen-Plage où des glissements ont entraîné un recul en crête de falaise de 6 mètres.

À l’échelle du siècle dernier, les zones les plus évolutives correspondent aux estuaires (Somme, Authie, Canche) qui ont vu la migration de leurs ensembles sédimentaires dans le sens de la dérive littorale (soit du sud vers le nord).

Les différences observées dans l’évolution du trait de côte soulignent la présence d’une dynamique très localisée, qui nécessite d’étudier la côte d’Opale à plusieurs échelles spatiales.

La question des mouvements de sédiments

Les limites des cellules hydrosédimentaires [6] sont bien définies et certaines sont matérialisées par des ouvrages qui bloquent une grande partie des sédiments transportés longitudinalement par la dérive littorale vers le nord-est ; la dernière limite, au niveau de la frontière belge, est ouverte car les sédiments transportés par la dérive littorale continuent vers l’est en mer du Nord, vers la Belgique et les Pays-Bas.

La province ne bénéficie que de peu d’apports sédimentaires actuels ; ceux-ci sont liés au recul des côtes à falaises et aux sédiments transportés par la dérive littorale depuis la province méridionale adjacente. Les mouvements de sédiments correspondent ainsi essentiellement à la remobilisation d’un matériel hérité dont le stock limité n’est pas renouvelé par la production sédimentaire actuelle.

Cartographie des mouvements de sédiments dragués et quantités de matières sèches immergées
Cartographie des mouvements de sédiments dragués et quantités de matières sèches immergées.

Les perspectives d’élévation rapide du niveau de la mer, liées au dérèglement climatique, laissent craindre une fragilisation d’espaces littoraux déjà contraints et un laps de temps insuffisant à l’adaptation des habitats naturels côtiers.

Cependant, les évolutions en cours sont soumises à de nombreuses incertitudes et les efforts de mesure et de capitalisation des connaissances sur le devenir de ces territoires littoraux doivent être poursuivis pour adopter des stratégies de gestion locales durables.

 

Couverture de l'ouvrage "dynamiques et évolution du littoral"

Une synthèse des connaissances sur l’évolution du littoral

 

La collection « Dynamiques et évolution du littoral » rassemble et synthétise les connaissances disponibles afin de faire ressortir, à partir de leur examen, les points essentiels explicatifs de l’évolution du littoral français.

Elle comprend ainsi 10 fascicules métropolitains et 10 fascicules ultramarins correspondant aux « provinces sédimentaires françaises », et un fascicule de synthèse national.

Chaque fascicule local est organisé en cinq grands chapitres thématiques, présentant :

  • Le contexte physiographique de la province (principales caractéristiques géologiques et morphologiques et habitats naturels participant à l’évolution du littoral),
  • Les facteurs hydrodynamiques (principaux facteurs exogènes tels que les paramètres climatiques, les niveaux et courants marins, les vagues et l’hydrologie des principaux cours d’eau),
  • Les données sédimentologiques (nature et répartition des sédiments sur les côtes et les fonds marins, ainsi que leurs mouvements le long du littoral),
  • L’impact des activités anthropiques (principaux aménagements réalisés sur les côtes et leur impact sur l’évolution du littoral, ainsi que les mesures prises pour limiter ces impacts),
  • L’évolution du littoral et des fonds (bilan des tendances passées d’évolution, ainsi que mouvements sédimentaires ponctuels liés au passage d’événements tempétueux morphogènes).

Ces chapitres traduisent l’état des connaissances actuelles et évaluent la sensibilité du littoral aux dérèglements climatiques en cours. Ces documents pointent également les secteurs et thématiques où les connaissances sont faibles ou en voie d’approfondissement.

Ces documents sont complétés par une cartographie dynamique sur le site Internet Géolittoral, valorisant l’ensemble des couches d’informations géographiques rassemblées pour l’établissement de cette synthèse de référence : http://www.geolittoral.developpement-durable.gouv.fr/dynamiques-et-evolution-du-littoral-synthese-des-r462.html.


[1] Cerema Eau, Mer et Fleuves.

[2] Cerema Normandie-Centre.

[3] Ce document « Synthèse des connaissances de la frontière belge à la pointe du Hourdel » a été coordonné par Alain TRENTESAUX, professeur de géologie à l’Université de Lille, et par Caroline MAURIN puis Anaïs DABURON du Cerema Nord-Picardie.

[4] Le trait de côte est la limite entre la terre et la mer.

[5] Le territoire national a été subdivisé en 20 « provinces sédimentaires » (10 en métropole et 10 en outre-mer) pour leur relative homogénéité de fonctionnement hydrosédimentaire ; ce découpage scientifique et technique ne correspond pas à un découpage administratif.

[6] Les cellules hydrosédimentaires sont des espaces où le comportement hydrodynamique du littoral et les processus sédimentologiques sont indépendants de ceux des unités adjacentes.