Le Cerema a participé au 2e Congrès des Réserves Internationales de Ciel Etoilé (RICE) en France, qui s'est déroulé du 16 au 18 juin dans la RICE Alpes Azur Mercantour. L'objectif des acteurs du territoire est d’étendre cette RICE aux vallées de la Tinée, de la Vésubie et de la Roya, afin de couvrir l’ensemble du territoire du Parc National du Mercantour, sur 3 700 km.
Le Congrès a permis d'échanger sur les démarches de RICE, les enjeux de la pollution lumineuse et de la préservation de la biodiversité, ainsi que sur les innovations en matière d'éclairage, de partager les expériences et réfléchir collectivement lors d'ateliers thématiques. Le Cerema a participé à l'animation de deux ateliers, le premier sur la réduction de la pollution lumineuse des installations sportives, le second sur l'éclairage des bâtiments résidentiels.
Stades, monuments, bords de rivière… Quel éclairage public ?
Les installations sportives extérieures, du fait notamment des grandes hauteurs d’implantation des projecteurs, de leur couleur froide et des fortes puissances installées, mais aussi de leur localisation régulière en bordure de cours d’eau, de milieux naturels ou agricoles, sont de fortes émettrices de pollution lumineuse même si leur période d’allumage reste limitée. Le Cerema a présenté la réglementation et les pratiques, puis une démarche exploratoire visant à identifier des solutions de réduction de la nuisance lumineuse pour la biodiversité et les riverains, et des consommations.
Les exigences de performance d’éclairage sportif extérieur sont détaillées dans une norme européenne et dans des règlements spécifiques édités par des fédérations sportives pour répondre à des besoins précis en termes d’éclairage pour la pratique sportive : parfaite reconnaissance des couleurs, limitation de l’éblouissement, des niveaux d’éclairement souvent élevés et uniformes sur l’aire de jeu. La lumière émise est cependant très souvent mal maîtrisée à l’extérieur des enceintes sportives et impacte les espaces naturels ou les logements à proximité. Les tolérances autorisées par la norme européenne NF EN 12 193 d’émission vers le ciel ou vers les habitations restent importantes notamment en zones urbaines.
Dans le cadre d’un appel à projets piloté par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse, une intercommunalité a proposé de rénover 3 stades en bord de cours d’eau avec l’appui du Cerema, avec pour objectif de réduire au maximum les émissions de lumière depuis ces stades vers la rivière et les riverains.
Après des campagnes de caractérisation de la pollution lumineuse au-delà des enceintes sportives par des mesures diverses (éclairements, luminances, fréquentation d’espèces nocturnes…) avant les rénovations, le Cerema a produit un cahier des charges à destination des fournisseurs de solutions d’éclairage sportif pour évaluer sur des simulations d’éclairage, l’efficacité de leurs solutions au regard des attentes du projet. Après installation des projecteurs à l’automne 2026, des mesures équivalentes sur le terrain seront réalisées pour évaluer l’efficacité des nouvelles installations et les progrès réalisés en termes de réduction de la pollution lumineuse autour des stades concernés.
Les besoins et prescriptions des fédérations sportives ainsi que la réglementation ont été analysés afin d’identifier des marges d’action en parallèle au projet de rénovation. Ainsi, il a été proposé de réduire la température de couleur des nouveaux projecteurs LED par rapport aux exigences des règlements de fédérations, dans la mesure où les LED de température dérogatoire plus chaude (donc avec moins de rayonnement lumineux bleu dont on sait qu’il est très impactant pour la biodiversité) permettaient d’assurer un rendu des couleurs au moins aussi performant que ce qu’exigeaient les fédérations avec des températures de couleur beaucoup plus froides. Ces LED pourraient ainsi réduire les nuisances lumineuses sans impacter la reconnaissance des couleurs, mais cela nécessite une évolution des règlements de fédération.
Des évolutions technologiques permettent en effet d’assurer un même niveau de confort lumineux pour la pratique sportive dans d’excellentes conditions tout en réduisant la pollution à l’extérieur du site.
Des solutions de différents ordres peuvent être envisagées :
La maîtrise des éclairages des particuliers
Le Cerema est également intervenu lors de l'atelier consacré à l'éclairage privé, résidentiel ou des entreprises, et à la réduction de leur impact sur l'environnement.
Les acteurs rassemblés dans le cadre du congrès des RICE ont déjà largement agi pour réduire la pollution lumineuse issue des parcs d’éclairage public, en particulier des voiries, les RICE devant porter un programme d’action sur ce sujet. Cependant, d’autres sources d’éclairages extérieurs participent au phénomène, et doivent donc également être intégrées aux réflexions et travaux pour que la pression exercée par la lumière sur le vivant et sur la qualité du ciel nocturne diminue de manière significative.
Ces éclairages sont notamment les éclairages privés, qu’on peut répartir entre l’éclairage lié aux activités économiques (commerce, industrie, agriculture, etc.), et l’éclairage lié au secteur résidentiel. C’est sur ce dernier sujet que le Cerema a animé un atelier d’intelligence collective.
L'objectif était dans un premier temps d’identifier toutes les sources ou situations d’éclairage associées aux habitations des particuliers, comme l’éclairage des cheminements, de la porte d’entrée / de garage, l’éclairage décoratif dans le jardin, l’éclairage festif, etc.
Dans un second temps, les participants ont été invités à choisir parmi toutes ces situations 4 cas d’usage prioritaires, sur lesquels ils ont ensuite travaillé en sous-groupe afin de déterminer les bonnes et mauvaises pratiques liées à chaque usage, le matériel vertueux ou non, et identifier éventuellement les manques dans l’offre matériel actuelle (le constat a en effet été partagé que le matériel d’éclairage extérieur disponible pour les particuliers répondait très rarement aux standards qui sont attendus en éclairage public).
Comme pour l'éclairage public, la logique a été d'abord pour chaque cas d'usage d'interroger la nécessité d'éclairer (ou l'existence d'alternative pour répondre au besoin), puis de définir les caractéristiques de l'installation d'éclairage pour qu'elle éclaire uniquement quand c'est nécessaire (interrupteur, système de temporisation ou de détection de présence), là où c'est nécessaire (lumière dirigée vers le sol, flux maîtrisé sur la surface utile et réduction au minimum de la détectabilité de la source lumineuse à distance), avec la juste quantité, et avec le spectre lumineux le moins impactant possible (tendre vers des couleurs chaudes quand le matériel disponible à la vente pour les particuliers propose souvent un spectre blanc froid).
L'atelier s'est terminé par une phase de restitution collective. Il a permis de faire ressortir en un temps limité des pistes d’actions concrètes pour accompagner les citoyens désireux de réduire leur impact sur le ciel et l’environnement nocturnes, ainsi que des perspectives de collaboration avec les industriels de l’éclairage et les acteurs de la distribution de matériel afin de faciliter l’accès pour tous à des équipements vertueux.
