6 octobre 2026
Maison instrumentée dans le cadre du projet Justair
Cerema
Le projet de recherche Justair, qui a pris fin à l’été 2026, est le premier projet structuré spécifiquement dédié à la ventilation en rénovation énergétique en France.
Il a permis de construire une méthode pour guider les acteurs dans le choix des systèmes de ventilation les mieux adaptés au contexte. Mené en s’appuyant sur l’expérience des acteurs professionnels et des collectivités gestionnaires de patrimoine immobilier, Justair permet de mieux comprendre la performance réelle des systèmes de ventilation et fournit, entre autres, un outil de visualisation et partage des résultats pour identifier des solutions de ventilation optimales dans les maisons individuelles rénovées.
Le projet Justair constitue une première étape structurante, en contribuant à la production de connaissances scientifiques et techniques nécessaires à une intégration efficace de la ventilation dans les projets de rénovation énergétique. Il ouvre ainsi un champ d’étude et constitue un socle pour approfondir ces travaux au cours des années à venir.

Retrouvez dans cet article du Cerema les livrables, ainsi qu'un focus sur les retours d’expérience et la méthode issue de ce projet lancé en fin d’année 2022, et financé par l’Ademe avec 3 partenaires : le CEA pilote du projet, le Cerema et Dorémi.

 

Les enjeux de la ventilation dans la maison individuelle rénovée sont nombreux :

  • Sanitaires : le bon renouvellement d’air dans un logement est primordial pour assurer une bonne qualité de l’air intérieur et ainsi protéger la santé des occupants ;
  • Durabilité du bâtiment : l’évacuation de l’humidité est nécessaire afin de préserver l’enveloppe du bâtiment. D’autant plus que, les logements neufs et rénovés disposent d’une isolation performante et d’une bonne étanchéité à l’air de leur enveloppe qui rend d’autant plus nécessaire l’installation de dispositifs de ventilation ;
  • Energétique : le renouvellement d’air doit être maîtrisé par l’utilisation de technologie performante et adaptée ;
  • Confort thermique en été et en hiver ;
  • Confort acoustique.  
Cet état des lieux au plus proche du terrain a permis d’identifier quatre grandes actions :
  • Sensibiliser et accompagner les ménages sur la QAI, la ventilation, les argumentaires pour inciter à l’installation de système de ventilation puis à son entretien ;
  • Renforcer les compétences des professionnels : la formation, l’accès aux ressources et connaissance de la réglementation et des règles de l’art ;
  • Fiabiliser les pratiques techniques : choix du système de ventilation, dimensionnement, installation, mise en service et maintenance ;
  • Structurer la filière : reconnaissance du métier de ventiliste et professionnalisation des acteurs.

 

Les retours montrent un fort besoin de formation des professionnels et de montée en compétence de l’ensemble des acteurs sur les systèmes de ventilation. Il apparaît aussi utile de valoriser cette compétence, souvent acquise sur le terrain, mais qui est très utile en particulier dans les opérations de rénovation.

 

Les partenaires du projet Justair ont décomposé le processus de choix, d’installation, de mise en service, d’entretien et d’usage des systèmes de ventilation, pour envisager comment diffuser l’information utile à chaque étape. 

 

2/ Définition d’une méthode d’évaluation des systèmes de ventilation 

Ventilation dans une habitation / Cerema

A partir des retours d’expérience, le projet Justair visait à identifier les stratégies de ventilation pertinentes dans les opérations de rénovation de maisons individuelles pour définir une méthodologie afin d’évaluer la performance des systèmes de ventilation. Huit stratégies de ventilation mécanique ont été identifiées (par extraction/double flux/soufflage avec différents systèmes de régulation et différents niveaux d’intervention nécessaires). Pour chaque stratégie, les composants du système de ventilation, les avantages et problématiques des systèmes et des composants ont été analysés dans le contexte de maisons en rénovation, en s’appuyant sur la bibliographie existante. Un tableau comparatif a été réalisé.

La performance d’un système de ventilation comprend deux aspects pour lesquels des indicateurs et des méthodes d’évaluation ont été définis en s’appuyant sur les travaux de l’annexe internationale IEA EBC 86 (cadre visant à optimiser la QAI dans les logements, en assurant une consommation d’énergie la plus faible possible) dans laquelle le Cerema était impliqué : 

  • La performance physique quantifiable : pollution de l’air intérieur, humidité, consommation énergétique, confort thermique en hiver et en été, confort acoustique et confort olfactif. Une modélisation thermo aéraulique a été réalisée pour l’été et l’hiver sur base des caractéristiques physiques de l’enveloppe du bâtiment et des techniques de ventilation, de scénarios météo et de pollution de l’air extérieur, de scénarios d’occupation et de scénarios d’émissions de polluants.
  • La performance économique : les coûts de conception, d’installation et d’entretien.

3/ Modélisation les flux d’air et les performances des systèmes de ventilation

Un modèle thermo-aéraulique a été développé par le Cerema afin d’étudier les performances de chaque système de ventilation selon les indicateurs définis. Ce modèle a été ajusté grâce aux résultats expérimentaux sur une maison test de trois de ces systèmes (lot 4), augmentant ainsi sa fiabilité. 

Une étude paramétrique a ensuite été menée pour faire varier de nombreux paramètres (Tableau 2) tels que la localisation de la maison, son étanchéité à l’air, le comportement des occupants, le niveau de pollution extérieur, etc. Plus de 700 cas ont ainsi été simulés pour chacune des stratégies de ventilation, ce qui permet d’étendre la portée des résultats obtenus.

Tableau 2 : Etude paramétrique - Paramètres d'entrée
Catégorie

Valeurs

Météo

H1b

H2b

H3

Pollution extérieure

Moyenne

Forte

Enveloppe

Mauvaise isolation + mauvaise étanchéité

Bonne isolation + bonne étanchéité

Bonne isolation + très bonne étanchéité

Occupation

4 occupants + présence moyenne

4 occupants + forte présence

6 occupants + présence moyenne

Emissions internes

Faibles

Moyennes

Fortes

Gestion des ouvrants

Peu de ventilation naturelle

Beaucoup de ventilation naturelle

Tampon hygroscopique

Basse 

Grand

 

L’objectif est ainsi d’évaluer la performance globale des différentes stratégies de ventilation au regard de la qualité d’air intérieur, du risque de condensation pour le bâti, des besoins thermiques de chauffage, du confort thermique d’été et des consommations électriques des auxiliaires de ventilation tout au long de l’année, pendant la saison de chauffe comme en été.

Les résultats de ces simulations ont été intégrés dans un outil en ligne d’aide à la décision, qui permet à un utilisateur de comparer les performances des différents systèmes pour un cas spécifique en fixant les paramètres aux valeurs souhaitées. 

 

Lien outil d’aide à la décision hébergé sur le site de l’ADEME :

Outil d'aide à la décision

4/ Etude expérimentale des performances des systèmes de ventilation

Une maison expérimentale de la plateforme INCAS de CEA  a été instrumentée pour tester les performances en conditions réelles de 3 des 8 systèmes de ventilation étudiés. Les transferts d’air, d’humidité, de chaleur ont été observés pour chaque dispositif sur deux saisons. Le travail de confrontation entre les résultats expérimentaux et numériques a permis d’améliorer la fiabilité du modèle, avec in fine une très bonne correspondance pour les indicateurs aérauliques (débits et concentration en CO2), une bonne correspondance pour les taux d’humidité, mais des résultats plus contrastés sur la température.

Principaux enseignements

Adobestock

Il n’existe pas de système optimal sur tous les critères : les performances résultent d’un compromis entre qualité de l’air, confort, consommation énergétique et fonctionnement aéraulique. L’absence de ventilation mécanique dans un projet de rénovation énergétique d’une maison individuelle constitue le pire scénario. Même avec une aération quotidienne par ouverture des fenêtres, l’impact sur la santé des occupants et la durabilité du bâtiment est alarmant pour la grande majorité des situations testées. Ensuite, sur les différentes stratégies de ventilation mécanique, on peut citer comme conclusions générales principales :

  • En hiver, les systèmes à débits élevés, notamment les VMC double-flux (VMC DF) et l’insufflation (V.M.I), gèrent mieux le CO₂ et les polluants continus. Les systèmes hygroréglables consomment moins d’énergie, mais leur gestion du CO₂ est moins performante.
  • Pour les pics d’humidité et de particules fines, les systèmes capables d’augmenter fortement les débits lors des émissions obtiennent de meilleurs résultats. L’impact de la qualité de l’air intérieur sur la santé des occupants étant fortement corrélé à la concentration en particules fines, les systèmes présentant un débit élevé lors des épisodes de cuisson (tels que l’hygroréglable) présentent des performances similaires à ceux ayant un débit élevé permanent pour ce critère
  • Sur le plan énergétique, les systèmes hygroréglables ont les consommations électriques et les besoins de chauffage les plus faibles, tandis que les VMC double-flux avec récupération de chaleur réduisent fortement les besoins de chauffage.
  • La V.M.I se distingue pour le radon, grâce à la surpression du logement, tandis que les systèmes en dépression favorisent davantage les entrées d’air par les défauts d’étanchéité, mais s’avèrent tout de même plus bénéfiques qu’une absence de ventilation.
  • En été, l’ouverture des fenêtres réduit les différences entre systèmes, mais peut aussi perturber le balayage de l’air. Les systèmes à débits élevés améliorent davantage le confort thermique.

Il convient toutefois de rester vigilant concernant les résultats obtenus et disponibles via l’outil de visualisation (d’aide à la décision) en ligne réalisé lors de ce projet. L’aide d’outil à la décision permet d’obtenir des comparaisons pour des indicateurs de performances des différents systèmes pour un cas spécifique de maisons individuelle.