Cet article fait partie du dossier : Action Cœur de Ville : l'implication du Cerema
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Cet accompagnement s’est d’abord appuyé sur l’animation d’une démarche collective entre acteurs locaux de l’aménagement, organisée autour d'une balade sensible, d'une visite technique de terrain et d'un atelier collaboratif pour construire collectivement une vision partagée des leviers d’aménagement autour d'un site à enjeux.
Cette approche collaborative a ensuite été articulée avec une analyse cartographique fine à l’échelle du périmètre élargi action cœur de ville, visant à objectiver les enjeux et le potentiel de renaturation – notamment foncier
Cet accompagnement a mobilisé quatre agents aux expertises complémentaires : data, biodiversité, aménagement et foncier. Intégralement financé par l'ANCT et le Cerema, il s’est étendu sur une vingtaine de jours, entre fin 2025 et juin 2026.
Du diagnostic au terrain : la rue Pietri, site pilote de la démarche
Grace aux dispositifs SGREEN et SGREEN+ entre 2021 et 2023 ayant permis la mobilisation d’un bureau d’études, la Ville d'Ajaccio avait élaboré une première stratégie opérationnelle de végétalisation et de renaturation 2024-2026 sur le périmètre du premier programme Action Cœur de Ville. Lauréate du programme Action Cœur de Ville 2, la commune a sollicité le Cerema pour poursuivre et élargir cette analyse sur un périmètre étendu, intégrant notamment l'entrée de ville de Mezzavia. Ce périmètre représente 555 hectares, soit environ 7 % de la surface communale, et concentre environ 26 500 habitants, soit près de 35 % de la population totale.
Pour soutenir le renforcement d’une culture commune autour des principes d’aménagement axés sur la renaturation, le Cerema, en partenariat avec la Ville d’Ajaccio, a organisé une journée de mobilisation collective le 10 février 2026, réunissant des acteurs des services techniques de la ville, de la Communauté d'agglomération du Pays Ajaccien, de la SPL Ameterra, de la Direction Départementale des Territoires, de l’Agence d’Urbanisme et de l’Energie (AUE), et d'autres partenaires du territoire.
La matinée a débuté par une balade sensible sur la place Foch, permettant de tirer les enseignements d'un projet de végétalisation déjà réalisé. Ce partage d’expérience s’est poursuivi par une visite collective de la partie Est de la rue François Pietri, identifiée comme un site à enjeux du fait de sa forte imperméabilisation, de sa vulnérabilité aux risques d'inondation et de submersion marine, et de la présence de nombreux équipements publics (écoles, city-stade, stade, …).
L'après-midi a été consacrée à un atelier collaboratif autour de la transformation possible de la rue Pietri animé en trois temps :
- un temps de partage sur la compréhension et les perceptions de l’espace issues de la visite de terrain,
- un apport d'éléments de diagnostic technique par le Cerema,
- un travail en sous-groupe pour faire émerger collectivement des orientations d'aménagement pertinentes au regard de la stratégie de renaturation et du potentiel de l’espace.
Cette méthode a permis de faire dialoguer le ressenti des participants — un site perçu comme minéral, bruyant et fragmenté par la circulation — avec les données techniques mobilisées par le Cerema, notamment issues de l'analyse cartographique.
Le volet cartographique : objectiver les enjeux pour étayer la stratégie
Le Cerema a ensuite analysé la stratégie de végétalisation déjà approuvée par la commune, en la complétant avec ses propres données et analyses. Cette approche cartographique s’est d’abord concentrée sur un approfondissement du diagnostic du territoire : vulnérabilités face au changement climatique et aux risques naturels (îlots de chaleur urbain, ruissellement, …), croisement avec les vulnérabilités socio-économiques, mise en évidence des pratiques d’aménagement qui accentuent ces risques (notamment l’imperméabilisation des sols).
Le Cerema a poursuivi ce travail de diagnostic en s’appuyant sur une grille d’analyse découlant du principe des "3 - 30 - 300" [1], principe qui s’inscrit dans une approche d’urbanisme favorable à la santé : voir trois arbres depuis chez soi, vivre dans un quartier couvert à 30 % par la canopée, habiter à moins de 300 mètres d'un espace vert. Les calculs réalisés à partir de cette grille d’analyse montrent qu'environ 80 % des habitants vivent actuellement à plus de 300 mètres d'un espace vert public.
L’analyse souligne également qu’une grande majorité du périmètre ACV2 dispose de moins de 30% de couvert arboré, avec des manques marqués sur le centre-ville ancien (justifiable au regard de la trame bâtie très dense), mais aussi sur le littoral et l’entrée de ville (Mezzavia), moins densément bâties. Enfin, l’analyse des données met en évidence que près de 29 km de façade du périmètre ACV2 sont situés à plus de 20 mètres d’un espace arboré/arbustif, soit environ 15% du front bâti. Ces fronts bâtis éloignés des arbres se concentrent dans le centre-ville ancien – ce qui est cohérent au regard de la morphologie urbaine, mais aussi Les Salines, Candia et Bodiccione, où la trame urbaine est pourtant plus aérée.
À partir de ces éléments permettant d’objectiver les besoins spatialisés de renaturation, le Cerema a identifié des pistes opérationnelles pour alimenter les réflexions stratégiques de la ville d’Ajaccio. La première piste proposée consiste à approfondir la prise en compte des enjeux liés à l’eau et au sol dans l’identification des enjeux et des opportunités de renaturation : valorisation des trames bleues, végétalisation systématique en creux, désimperméabilisation des points bas (ou cuvettes) calculées à l’aide du LIDAR ou en amont afin de réduire la vulnérabilité au risque ruissellement, …
Le deuxième levier opérationnel s’est appuyé sur une analyse foncière, en identifiant le potentiel de renaturation sur le domaine public (les rues, les boulevards, les places) ainsi que sur les unités foncières [2] pouvant appartenir à des propriétaires privés (un particulier, une copropriété, …) ou public (la Collectivité de Corse, la CAPA, …). Les opportunités de renaturation du foncier public et des unités foncières les moins arborées ont été identifiées, donnant ainsi 190 sites susceptibles de constituer des opportunités pour l’aménagement de futurs espaces verts publics. Ce travail d’analyse basé sur la donnée constitue des pistes de réflexions, qui doivent être confrontées par la commune aux réalités opérationnelles.
Les données produites (diagnostic et analyse d’opportunité) ont été partagées à la commune ; elles ont également été capitalisées dans un espace de travail collaboratif dédié sur UrbanSIMUL, l'outil d'aide à la décision du Cerema.
Une dynamique à poursuivre
Une restitution ouverte aux différents participants de la démarche a été réalisée en juin 2026, afin de valoriser les éléments produits et de proposer un temps d’échange collectif autour de l’articulation de ce travail avec les autres dynamiques territoriales. Ces échanges ont permis de formaliser des pistes de continuation de la dynamique collective entre les acteurs du territoire, ainsi que certains leviers susceptibles de soutenir la dynamique de renaturation portée par la collectivité au-delà de la mission, par exemple dans la perspective de la révision prévue du PLU.
Cet accompagnement a ainsi permis à la collectivité de disposer à la fois d'une analyse cartographique consolidée à l'échelle du périmètre ACV2 élargi, tout en bénéficiant d’un soutien pour alimenter la dynamique collective qu’elle porte avec les différents acteurs du territoire, au service de son ambition de renaturation et de végétalisation.
Cette mission illustre la complémentarité entre une expertise technique mobilisant la donnée et une ingénierie méthodologique et qualitative au service des dynamiques collectives, deux leviers que le Cerema met au service des collectivités pour accompagner la transformation des espaces publics face au changement climatique.
Retrouvez le rapport d'étude sur CeremaDoc :
Dans le dossier Action Cœur de Ville : l'implication du Cerema
