Cet article fait partie du dossier : Le Cerema mobilisé pour adapter le bâti au changement climatique
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L'étude a porté sur 229 bâtiments : 158 bâtiments de collèges (enseignement et logements de fonction) et 71 bâtiments administratifs et médico-sociaux. Elle s'appuie sur la méthode ABCD (Adaptation des Bâtiments au Climat de Demain), développée par le Cerema pour aider les collectivités à piloter l'adaptation de leur parc immobilier face aux aléas climatiques.
La méthode ABCD en quatre étapes
La méthode ABCD repose sur une analyse structurée du risque climatique à l'échelle d'un parc de bâtiments, initialement centrée sur les vagues de chaleur, puis étendue sur les risques inondation et fortes pluies, RGA, vents violents, grêle, feux de forêts. Elle croise deux dimensions :
- l'exposition du site à l'aléa (pour l’aléa chaleur : températures diurnes et nocturnes, et intensité de l'îlot de chaleur urbain)
- la vulnérabilité du bâtiment (sensibilité intrinsèque liée à son architecture, ses protections solaires, sa ventilation, son inertie thermique, mais aussi ses enjeux d'occupation).
Le croisement de ces deux facteurs produit une note de risque de 0 à 10 pour chaque bâtiment, permettant de les hiérarchiser et de prioriser les interventions. La méthode débouche ensuite sur une stratégie d'adaptation par typologies de bâtiments, déclinée bâtiment par bâtiment et ouvrant la voie à des trajectoires d'adaptation.
Le diagnostic :
Un besoin d'adaptation du parc
Les résultats du diagnostic sont cohérents pour un parc de cette ampleur dont les dates de construction s‘étalent sur de nombreuses décennies et malgré son entretien : le confort en période chaude n’est rentré que très récemment dans les préoccupations des maîtrises d’ouvrages et des maîtrises d’œuvre. Et ils appellent à l’action au plus tôt : 9 bâtiments sur 10 présentent un risque "fort à très fort" à l'horizon 2050. Les principales faiblesses identifiées sont l'insuffisance des protections solaires, la faible capacité de décharge nocturne (évacuation de la chaleur la nuit) et l'aggravation de l'exposition par l'îlot de chaleur urbain ou la situation en frange côtière, qui concernent 64 % des collèges et 93 % des bâtiments administratifs.
Des préconisations concrètes et une trajectoire d'adaptation
A l’instar du diagnostic, les recommandations du Cerema s'articulent autour de quatre fonctions :
- Réduire les apports solaires (protections solaires extérieures, isolation de toiture, végétalisation des espaces extérieurs),
- Décaler les apports (inertie thermique),
- Évacuer la chaleur (ventilation naturelle ou mécanique nocturne)
- Rafraîchir (brasseurs d'air, systèmes de refroidissement soutenables).
C’est donc prioritairement une stratégie d’adaptation passive partout où cela est possible. Mais pour les sites en îlot de chaleur urbain ou en frange côtière, où la décharge nocturne passive ne suffit plus, le recours à un refroidissement actif soutenable devient incontournable à moyen terme.
L'étude propose également des leviers complémentaires : adaptation dans l'utilisation des bâtiments, mesures réactives pour passer les vagues de chaleur en attendant les travaux, et adaptations organisationnelles car la technique ne pourra pas répondre à tout. Elle illustre ces trajectoires sur deux collèges concrets du département.
Cette démarche, menée en étroite collaboration avec les équipes du Conseil Départemental, constitue un outil opérationnel permettant d’alimenter le Schéma Directeur Immobilier et les plans prévisionnels d’investissement du Département. Elle démontre la valeur d'une approche anticipatrice et méthodique pour toute collectivité souhaitant construire une stratégie d'adaptation climatique de son patrimoine bâti.
Des enseignements de portée générale pour les autres collectivités
Lors de ce webinaire, les équipes du Département ont partagé leurs principaux enseignements et conseils :
La base est de bien connaître son patrimoine immobilier : la priorisation des bâtiments s’appuie sur une connaissance de caractéristiques clés qui n’étaient jusqu’alors pas collectées. C'est une tâche chronophage, qui nécessite de s'appuyer sur une méthode.
S'appuyer sur une méthode pour prioriser les interventions et avoir recours à des compétences expertes externes pour trouver rapidement le bon niveau de données à collecter et pour structurer les préconisations de manière hiérarchisée et opérationnelle.
Intégrer les résultats de l’étude dans une stratégie immobilière : la masse des besoins d’adaptation impose une priorisation et le recours à plusieurs modes d’intervention. L’existence d’un schéma directeur est un plus, sans être un point bloquant.
Ne pas attendre pour s’engager : même quand elle est bien organisée, la mise à niveau d’un parc immobilier est un long chemin à démarrer au plus vite : le changement climatique s’impose à nous très rapidement comme l’a prouvé l’été 2026, et le temps de l’action patrimoniale est long afin d'articuler les interventions immédiates et les adaptations de long terme.
Expérimenter avant de déployer permet de choisir la manière la plus adaptée de mettre en œuvre les solutions selon ses propres contraintes et besoins, pour en faire des réussites.
Dans le dossier Le Cerema mobilisé pour adapter le bâti au changement climatique
