8 septembre 2026
Rue en éclairage nocturne
Cerema
Le Cerema a réalisé une étude sur la pollution lumineuse pour le Pays Castelroussin Val de l’Indre. Lors d’une première phase en 2025, ce travail a permis d’identifier des secteurs à enjeux de biodiversité par rapport à la pollution lumineuse sur le territoire, à l’aide de données satellite et sur les continuités écologiques. Le Cerema s’est ensuite rendu sur le terrain, de nuit, en hiver 2025 pour effectuer des mesures puis proposer des améliorations permettant de diminuer la pollution lumineuse sur le territoire.

Le Pays Castelroussin Val de l’Indre avait déjà investi le sujet des continuités écologiques (verte et bleue), avec un programme d’actions visant à préserver, améliorer et restaurer celles-ci. Depuis 2017 plusieurs projets ont donc été mis en place : formations des élus, accompagnement d’entreprises vers une gestion raisonnée de leurs espaces verts, plantation de nouvelles entités bocagères, sensibilisation et veille à la présence d’espèces exotiques envahissantes.

En mai 2023, le Pays rejoint la coalition pour la préservation de la biodiversité et des paysages nocturnes portée par l’Union régionale des CPIE du Centre-Val de Loire, coalition composée d’associations environnementales et d’astronomie, de syndicats d’énergies et de collectivités. L’objectif est de co-construire une stratégie commune et un plan d’actions pour accompagner les collectivités et leurs habitants vers la réduction de la pollution lumineuse, qui désigne toute lumière apportant une nuisance pour la faune, la flore voire l’espèce humaine. La continuité écologique appelée trame noire désigne donc les milieux n’étant pas impactés par la pollution lumineuse

Cet accompagnement émane d’une demande de la région Centre-Val de Loire. Elle s’inscrit dans la démarche régionale qu’est la COP (Conférence des Parties, 2019) ou encore les CRST (Contrat Régional de Solidarité Territoriale). Dans le cadre de ces derniers, 10% des projets doivent porter sur la préservation de la biodiversité incluant les enjeux de pollution lumineuse.

 

Identifier les zones d'enjeux pour la trame noire

Crédit : ville de Châteauroux

Dans ce contexte, le Pays a souhaité travailler plus concrètement sur cette problématique de pollution lumineuse et s’est tourné vers le Cerema pour préciser les attentes et besoins sur son territoire

Cette étude a ainsi pour objet de repérer des points d’enjeux de pollution lumineuse sur la biodiversité pour ensuite les résoudre. 

Le contexte au niveau national est en évolution avec une augmentation générale de la pollution lumineuse, notamment avec le passage en LED des anciens luminaires, qui aboutit dans certains cas à augmenter le nombre de points lumineux (coût moins élevé). L’OFB (Office Français de la Biodiversité) a établi dans le cadre de l’observatoire de la pollution lumineuse que, en 2021 (données NOAA 2020), 85 % du territoire hexagonal était soumis à un niveau de pollution élevé à très élevé

D’un autre côté depuis 2021 des objectifs de sobriété lumineuse ont été édictés. La Stratégie Nationale Biodiversité 2030 a ainsi défini un objectif de réduction de 50% de la pollution lumineuse sur le territoire français d’ici 2030. De plus en plus de communes pratiquent aussi l’extinction de l’éclairage public en cœur de nuit, selon des horaires ou des modalités très différentes. 

La recherche a aussi investi le sujet en analysant les impacts de la lumière sur la faune et la flore : il apparaît que tous les groupes de faune et flore sont impactés, et toutes les lumières ont un impact, même si certaines impactent plus certaines espèces que d’autres. La fiche AUBE n°1 produite par le Cerema présente une synthèse de ces impacts.

 

Le diagnostic : identifier les zones à enjeux pour la biodiversité

Dans un premier temps le Cerema a réalisé un croisement entre une donnée d’imagerie satellite nocturne et une donnée sur le milieu naturel. L’image satellite utilisée est SDGSAT1, d’une résolution de 10m. Il s’agit d’une donnée de radiance, qui est la puissance du rayonnement lumineux par unité de surface et dans une direction donnée (appelée aussi luminance énergétique, W/m²/sr).

 

La donnée milieu naturel est la trame verte et bleue du pays Castelroussin Val de l’Indre, présentée dans la carte ci-dessous. Le territoire est ainsi composé d’une importante zone urbaine au centre du pays, Châteauroux, d’une moitié nord de culture agricole et d’une moitié sud plus naturelle avec notamment la Brenne ainsi que la forêt domaniale de Châteauroux. Ces deux parties sont séparées par l’Indre dans le sens est-ouest, qui traverse également Châteauroux.

 

De ce croisement plusieurs analyses ont été effectuées. Une vue 3D a par exemple été produite, permettant de faire ressortir visuellement la localisation de la radiance, mais aussi ses différents niveaux dont les très hautes valeurs. Les plus hautes valeurs de radiance du territoire ont aussi été analysées, pour connaître leur source. L’outil light pollution toolbox (INRAE/UMR TETIS1) sous Qgis a également été testé pour faire ressortir par d’autres paramètres la pollution lumineuse. D’autres calculs ont été réalisés, comme la radiance moyenne par commune, le pourcentage de la commune impacté par de la radiance...

Finalement, la surface des zones de croisement milieu naturel/radiance a été mesurée pour pouvoir trier ces secteurs, et faire ressortir les 30 plus étendus sur le territoire du pays Castelroussin Val de l’Indre. Ce classement a permis d’éclairer le choix, en concertation avec les communes, des sites de visites de terrain.

Sur le territoire les enjeux détectés de pollution lumineuse pour le milieu naturel sont principalement concentrés le long de la vallée de l’Indre, plusieurs secteurs de visite ont donc été retenus à cet endroit. D’autres secteurs ont été retenus sur des communes moins urbaines ayant des configurations d’éclairage différentes, le long de l’Indre ou non, ou encore au niveau d’un lotissement, pour varier les typologies de secteur de visite. Lors des visites deux zones d’activités ont aussi été parcourues, non prévues au départ.

 

Des visites de terrain pour identifier des solutions adaptées

Sur le terrain l’équipe s’est principalement appuyée sur l’arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses : le Cerema s’est ici concentré sur les plages d’allumage et d’extinction, les températures de couleur, la lumière intrusive ou encore l’éclairage direct des surfaces en eau. La seconde source principale pour l’analyse terrain est la norme AFNOR, NF EN 13201 : le Cerema a observé des éclairements moyens à l’aide d’un luxmètre.

En dehors de ces textes, il a été possible de faire des remarques de bon sens, comme par exemple un luminaire restant allumé toute la nuit bien que n’ayant plus aucune utilité (il convient de confirmer l’analyse terrain avec le gestionnaire). 

En effet en matière d’éclairage il est possible de se fier à plusieurs grands principes :
  1. En premier lieu, se questionner sur l’opportunité même d’éclairer ;
  2. Si l’on éclaire, il faut d’abord respecter la réglementation en vigueur (arrêtés, etc.) ;
  3. Puis prendre appui sur les normes comme la norme EN13201 Éclairage public. L’application d’une norme n’a rien d’obligatoire mais elle constitue une base pour un bon éclairage. Les normes parlent souvent de valeurs seuils avec une valeur minimum à respecter.
  4. Enfin, toutes les actions permettant de réduire les nuisances lumineuses, de mieux protéger les milieux naturels et/ou la population même lorsque les points précédents sont déjà traités.
Au niveau d’un point lumineux il est également possible de suivre la priorisation suivante :
  1. En préambule, l’emplacement de l’installation est primordial. Un même luminaire, à caractéristiques identiques, sera beaucoup plus impactant surplombant une rivière que positionné 15m en retrait de celle-ci ;
  2. Travailler sur l’orientation des flux lumineux, la visiblité des sources et la hauteur des mats ;
  3. Travailler sur la puissance développée ;
  4. Travailler sur les périodes d’éclairage (extinction en cœur de nuit, en extrémité de nuit, etc.) ;
  5. Travailler sur la couleur (notion de Température de couleur).