23 juin 2026
Protections solaires d'un bâtiment scolaire à Lyon
Cerema
Avec le changement climatique, le confort d’été devient un sujet majeur dans les bâtiments. Si la réglementation est incomplète sur le sujet, des pistes existent à travers des guides, des référentiels ou des cahiers des charges.

Cet article du Cerema a été publié par notre partenaire Techni Cités.

 

La chaleur est un sujet à l’ordre du jour, bien plus qu’émergent. Si le sud de la France est depuis longtemps sensibilisé, l’enjeu est désormais présent dans différentes parties du territoire et notamment dans les zones urbaines soumises aux effets d’îlot de chaleur. C’est donc une préoccupation croissante des pouvoirs publics, pour plusieurs raisons :

  • protection de la population et des personnes vulnérables face aux situations de chaleur excessive ;
  • incidences organisationnelles des vagues de chaleur dans les établissements non adaptés ;
  • maîtrise des impacts écologiques, énergétiques, économiques et sociaux des besoins de rafraîchissement.

 

Protéger les bâtiments contre la surchauffe : une préoccupation grandissante des collectivités

C’est ainsi un vrai sujet d’intérêt pour les collectivités en charge de missions de service public dans le champ de l’éducation, du social, des activités culturelles et touristiques. Or, la préoccupation dominante qui a longtemps prévalu en France métropolitaine est l’efficacité thermique en période froide. Conséquence : les bâtiments existants, même récents, peuvent présenter de gros défauts pour l’été.

De plus, la réglementation n’encadre que partiellement l’efficacité des bâtiments du point de vue de la chaleur.

Pour la construction des bâtiments neufs, les réglementations antérieures à la RE2020 incluaient bien l’obligation de calculer un indicateur de température intérieure en période chaude, mais le plafond réglementaire, variable car relatif au projet, ne constituait pas une garantie de performance. Par ailleurs, les bâtiments climatisés sont soumis à une contrainte de performance énergétique qui devrait inciter à rechercher l’efficacité été comme hiver, mais qui n’a pas conduit à un mouvement de franche optimisation.

Protections solaires extérieures dans une école maternelle / Cerema

La RE2020 s’applique déjà aux typologies les plus courantes des constructions publiques (bureaux, scolaire, foyers), et son champ d’application va progressivement s’élargir. Elle considère un nouvel indicateur, les DH ou degrés heure d’inconfort, avec des seuils fixes. Ce système d’évaluation est globalement mieux conçu que le précédent, mais il n’est réellement contraignant que dans la zone méditerranéenne. Ailleurs, les niveaux d’exigences sont atteints sans effort significatif, donc sans grand progrès de la qualité du bâti en thermique l’été. 

Le bâti existant, de son côté, est soumis à une réglementation spécifique pour les opérations de rénovation d’ensemble ou élément par élément. Dans ces deux cas, des règles encadrent les facteurs principaux de charge thermique solaire. Elles contraignent à un certain niveau d’isolation en toiture, dans une logique thermique d’hiver très bénéfique au confort d’été. Et elles limitent le facteur solaire des ouvertures vitrées, c’est-à-dire qu’elles exigent que celles-ci soient protégées d’une manière ou d’une autre du rayonnement solaire lorsqu’elles n’ont pas une exposition nord. Cependant, ces règles pour l’existant sont insuffisamment connues y compris des professionnels.

Bien entendu, le cadre réglementaire n’est pas la seule référence. Les labels et référentiels bâtiment durable, les cahiers des charges imposés par les financeurs sont autant de guides pour réussir les constructions et rénovations. Pour le bâti scolaire en particulier, les guides récents ont été publiés (EnvirobatBDM, ministère de l’Éducation nationale). Les prescriptions au sujet du confort d’été y sont variables, mais en continuel renforcement. Elles ne sont pas toujours pleinement opérationnelles ou autoporteuses, et l’aide d’un assistant à maîtrise d'ouvrage averti est toujours utile.

 

Au-delà des obligations légales et des incitations, le besoin émerge d’une prise d’initiative pour améliorer le bâti existant ainsi que pour mieux construire. Et l‘envie d’avancer est en partie liée à la conscience du réchauffement climatique, à la certitude que les difficultés vont s’aggraver, et que le besoin d’améliorer le confort en période chaude ne peut que croître.

 

Une protection vis-à-vis de la chaleur d’aujourd’hui ou de demain ?

Cerema

Pour simuler le comportement d’un bâtiment en situation estivale, on cherche désormais à adopter une référence climatique sévère, sécurisante. C’est ainsi que la RE2020 se base sur la canicule 2003, qui correspond à un scénario non pas courant mais possible. L’usage des fichiers météo au profil moyen, donc atténué et ne correspondant pas à la réalité ni au risque est bien révolu. Au-delà, des maîtres d’ouvrage souhaitent porter les constructions durables à un niveau de performance compatible avec les scénarios du futur. Viser les fichiers météorologiques adéquats n’était jusqu’alors pas tout à fait élémentaire.

Des acteurs se mobilisent pour faciliter les choses. Citons le "Manifeste pour l’adaptation systématique du bâti aux vagues de chaleur" à l’initiative d’un panel de bureaux d’études de renom, qui propose ses recommandations pour les simulations thermiques dynamiques. L’État français a retenu une trajectoire de réchauffement qui se traduit en France par + 2,7 °C en 2050 et + 4 °C en 2100 en moyenne nationale, avec des variations régionales. Des fichiers météo prospectifs (2030, 2050, 2100) élaborés par l’Ademe, Météo-France et le CSTB, ont été diffusés et présentés en 11 juin 2025, et vont faire office de nouveaux repères.

 

Mieux construire et rénover

La communauté d’échanges sur la gestion de patrimoine en collectivité, initiée par le Cerema, a choisi cette année de se pencher sur les moyens de réussir à réaliser des constructions ou rénovations assurant un bon confort d’été. Une dizaine de collectivités sont rassemblées autour de ce sujet. Les points d’appui identifiés sont :

Pour les références : 

les cahiers des charges techniques, les principes du bioclimatisme, la primauté de certains moyens tels que les occultations, et le retour d’expérience partagé du côté de la maîtrise d’ouvrage ainsi que l’expertise des architectes et bureaux d’études.

Pour guider le travail de la maîtrise d’œuvre : 

L’obligation de réalisation de simulations thermiques dynamiques (STD) avec des choix de paramétrage explicites, le bon choix des fichiers météorologiques de référence, la quantification des gains associés aux options et solutions.

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"Ouvrir de nouvelles fenêtres"

À l’occasion des expériences de diagnostic de confort d’été dans 40 bâtiments de 4 collectivités (Cannes, Velaux, Avignon et département de Vaucluse), menées en relation avec les services techniques et les occupants des bâtiments, il est ressorti que, quels que soient les atouts et faiblesses des lieux visités, des gains restaient possibles. En particulier, des moyens pratiques de mieux résister à une vague de chaleur temporaire peuvent être pointés, mais des freins s’opposent à leur mise en application. 

Le Cerema Méditerranée souhaite accompagner des collectivités pour organiser la réponse rapide et efficace dans les bâtiments, en commençant par un exercice in situ dans un bâtiment pilote, identifié comme sensible ou stratégique. Cette initiative vise à tester une démarche concrète et facilement activable. Les dispositions prises peuvent aller de la mise en œuvre de protections solaires de fortune à des mesures organisationnelles. Fondées sur un diagnostic ciblé "confort d’été", un accord entre les parties prenantes, et appuyé par un suivi de proximité. L’objectif est de réduire l’exposition des occupants aux graves surchauffes. Cette expérimentation vise à préciser et valider les mesures à appliquer de manière plus généralisée.

Concevoir intelligemment

Faire participer les occupants fait partie de l’équation. Les pratiques d’habillement, le code vestimentaire exigé ou que l’on s’impose, sont des questions sociologiques à ne pas éluder, car les marges d’amélioration du confort d’été sont vraiment intéressantes, et entrent en synergie par exemple avec le brassage d’air.

Les pratiques efficaces de gestion du bâtiment (implication dans une manœuvre adéquate des protections solaires, recherche de modalités de ventilation nocturne) augmentent le potentiel de confort, tout comme un usage défavorable peut l’anéantir. Les gestionnaires et occupants peuvent être amenés à appréhender les marges de manœuvre et le rôle qu’ils peuvent jouer.

Les solutions passives auront dans certains cas une limite, ce qui n’empêche pas de concevoir des bâtiments le plus intelligemment possible pour limiter la dépendance technique et énergétique et repousser autant qu’il est légitime de le faire l’installation de systèmes dans l’attente de solutions futures que l’on espère à moindre impact. Dans l’arc méditerranéen, les quelques constructions scolaires déclarées dans l’observatoire RE2020 sont assorties de solution de climatisation, et les DH, reflet des limites de leur performance en mode passif, sont en moyenne bien élevés. Cela ne veut pas dire qu’il n’aurait pas été possible de faire mieux, mais c’est la tendance de ce qui est produit. Le département de ­l’Hérault, très au fait des enjeux, a demandé pour des collèges qu’une solution de rafraîchissement soit intégrée tout en ayant un niveau d’exigence extrêmement élevé sur le niveau des consommations. 

Le sujet de la surchauffe va nous conduire à la fois à nous projeter et aborder le changement dans la durée, avec des solutions que l’on souhaite les plus pertinentes, et inscrites dans une trajectoire d’adaptation qui sera quoi qu’il en soit évolutive, comme l’est le contexte.

 

 

Par Karine Jan, spécialiste en confort d’été, Cerema.
Le Cerema Méditerranée lance un appel à partenaires :
Bâtiments publics et vagues de chaleur

Le Cerema Méditerranée a lancé un appel à partenariat auprès des collectivités de Provence-Alpes-Côte d’Azur et de Corse pour expérimenter, des solutions sobres face aux vagues de chaleur dans les bâtiments publics. La démarche vise à diagnostiquer les situations de surchauffe, tester des actions en conditions réelles et aider les collectivités à préparer l’adaptation de leur patrimoine :

Dans le dossier Le Cerema mobilisé pour adapter le bâti au changement climatique

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