20 juillet 2026
Iles du Chausey (Normandie)
Wikimedia commons - Grande Ile du Chausey (Normandie)
Une alternative à l’approvisionnement en eau de la Grande Ile de Chausey (au nord de la baie du Mont Saint-Michel) par le continent peut-elle être mise en œuvre, permettant ainsi d'éviter le transport de 2500 mètres cubes d'eau portable sur l'île chaque année ? Le Syndicat de Mutualisation et de Potabilisation du Granvillais et de l’Avranchin (SMPGA) et le Syndicat Mixte d’Assainissement de l’Agglomération Granvillaise (SMAAG) ont pour ambition de dégager une vision commune de la gestion de l’eau sur cette partie d’archipel dans le cadre d’un partenariat de recherche et développement avec le Cerema, lancé depuis avril 2025.

La grande île de Chausey, du fait de sa situation d’archipel et son histoire, est à la croisée de différents enjeux réglementaires. Qu’ils soient relatifs à l’environnement, à la biodiversité, au paysage et au patrimoine ou encore à la planification et au droit des sols, la combinaison de ces enjeux définit le cadre d’intervention ou de non intervention sur le sol de la Grande Ile.

 

Sur un territoire aux enjeux multiples, une faible disponibilité de la ressource naturelle en eau douce 

En effet, répertorié comme site classé, l’archipel des îles Chausey est le plus grand d’Europe, soumis aux plus fortes marées de ce continent. La Grande île, divisée en une partie privée et une partie publique, héberge une dizaine d’habitants en hiver et jusqu’à plusieurs milliers de touristes ou résidents par jour en été, ce qui est à la source d’enjeux forts quant à l’usage des biens disponibles et au partage de la ressource.

Navette reliant la Grande Ile à Granville / Wikimedia Commons

Le territoire, caractérisé par une absence de ressources en eau et de potentiel de rétention naturelle de l’eau douce au sein des formations géologiques, est très dépendant de la pluviométrie, sensible aux sécheresses et vulnérable aux variations périodiques et saisonnières du niveau de la mer. Les tendances projetées d’évolutions climatiques font ressortir une diminution probable des précipitations à l’année, qui recouvre une augmentation en hiver et une diminution en été. Même si les températures restent régulées par l’environnement marin, le risque est de voir s’accentuer encore la maritimisation des écosystèmes actuels des îlots, avec des sols devenant de plus en plus salins. 

La préservation de l’eau douce amenée par les précipitations à Chausey est donc un enjeu crucial pour le territoire. Il convient de veiller, si elle est localement récupérée et utilisée, à préserver la part nécessaire à la préservation des sols et au bon fonctionnement des écosystèmes intérieurs encore dépendants de cette eau douce pluviale.

 

Repenser le mode de gestion de l’eau, marqué par un découpage particulier de l’île

Une des caractéristiques de la Grande Ile de Chausey réside dans son découpage entre partie privée et publique, 75% du foncier étant détenu par la SCI des Iles Chausey et 25% par le Conservatoire du Littoral. Cependant, pour affiner l’analyse et conserver l’anonymat, le Cerema a fait le choix de découper l’île sous forme de lieux-dits, comme illustré sur la carte suivante :

Carte des lieux-dits de la Grande Ile / Cerema

 

Ce découpage recouvre des réalités différentes quant à l’accès à l’eau potable ou à des infrastructures de traitement des eaux usées.

Seule la partie publique de l’île dispose d’un réseau d’eau potable, l’eau acheminée par bateau étant pompée depuis La Cale en direction de citernes situées sous le Fort. Quant à l’assainissement, une station de traitement des eaux usées (STEU) par filtres plantés de roseaux collecte et traite l’ensemble des effluents produits par la partie desservie en eau potable. 

Sur la partie privée, un lagunage collecte une partie des effluents pour les habitations situées dans les lieux-dits de La Ferme et alentours, Le village des Blainvillais et Le Pont. Le reste des bâtiments, sur la partie privée comme publique, sont équipés de dispositifs d’assainissement individuel.

La récupération de l'eau de pluie, une pratique ancienne sur l'île

Historiquement, avant l’arrivée de l’eau potable sur l’île au début des années 2000, la totalité des habitants avait recours à la récupération d’eau de pluie : toutes les maisons sont dotées d’une citerne. Leur taille est variable et certaines peuvent être déconnectées. Comme la partie privée de l’île n’est pas desservie en eau potable, tous les bâtiments sont dotés de citernes fonctionnelles. Sur la partie privée, toutes les habitations du Front de mer sont dotées de citernes, et quelques-unes restent utilisées sur les autres secteurs. 

Le Fort disposait de citernes de récupération des eaux de pluie de sa toiture, qui servaient à alimenter les habitations des casemates situées à l’intérieur. Lors de la mise en place du réseau d’eau potable, ces citernes ont été converties en réservoir d’eau potable, pour un volume total de 250 m3. De même, pour le bar-restaurant Le Sound et l’Hôtel du Fort, les citernes historiques ont été pour tout ou partie déconnectées pour faire place à l’eau potable et répondre aux enjeux sanitaires relatifs à l’accueil du public. A l’heure actuelle, les habitations disposant de citernes de récupération sont quasiment autonomes, à l’exclusion des usages nécessitant une qualité sanitaire (cuisine, boisson en particulier). 

Selon la période de l’année et l’état de remplissage, un appoint est parfois apporté sur demande. Des livraisons par tonne à eau d’une capacité de 2 m3 sont alors réalisées pour les habitants / résidents qui en font la demande. Elles sont réalisées par un agent communal qui prélève de l’eau directement sur la citerne du Fort. L’eau ainsi prélevée est considérée comme non potable. Compte tenu de cette situation, les habitants ou résidents de passage sont sensibilisés à un usage économe de cette ressource.

 

La gestion des eaux sur la Grande Île de Chausey doit donc être redéfinie pour mieux intégrer les enjeux sanitaires et écologiques dans une logique de sobriété et d’économie circulaire.

 

Pour répondre à ces défis, trois objectifs principaux sont poursuivis par le SMPGA et le SMAAG :

  • La recherche d’une trajectoire d’autonomie en eau potable pouvant être engagée à horizon 2027, le SMPGA souhaitant tendre vers une diminution de ses livraisons d’eau à cette échéance ;
  • Le maintien et le développement d’une sobriété dans l’utilisation de la ressource en eau pour les usages actuels et futurs ;
  • La nécessaire préservation de la Grande Île de Chausey vis-à-vis des rejets d’eaux usées et leur valorisation ;