8 octobre 2026
Océane SERMADIRAS lors de la plénière des ateliers du GT-RAVI à Amiens, le 29 mai 2026
2026 marque les 12 ans du Groupe de travail des Référents accessibilité pour une ville inclusive (GT-Ravi). Depuis 2014, le Cerema anime ce collectif qui réunit des agents de collectivités engagés dans l’accessibilité de la chaîne des déplacements : cadre bâti, voirie et espaces publics, transports. En mai dernier, la 13ᵉ session des ateliers annuels a été accueillie par Amiens Métropole, collectivité adhérente au Cerema et récemment intégrée au réseau des référents accessibilité.
À la suite de cette rencontre, le Cerema a effectué l'interview d'Océane Sermadiras, élue en charge de la démocratie locale et de l’accessibilité auprès du maire d’Amiens.
Elle y présente les ambitions de la ville en matière d’accessibilité, dans un contexte de début de mandat, et partage les priorités portées par la collectivité pour favoriser une ville inclusive pour tous.

Océane Sermadiras

 

Océane Sermadiras

Adjointe au maire d'Amiens, en charge de la démocratie locale et de l'accessibilité

 

 

QUESTION : En cette période d'installation du nouvel exécutif communal et métropolitain, quels enjeux identifiez-vous pour rendre l'ensemble de la chaîne de déplacement plus accessible et inclusive ? Quelle feuille de route souhaitez-vous mettre en œuvre pour y répondre ? 

L'un des principaux enjeux est de garantir une véritable continuité de la chaîne de déplacement. Cela suppose de ne plus penser l'accessibilité comme une succession d'interventions isolées, mais comme une politique transversale qui mobilise l'ensemble des services de la Ville et de la Métropole. Nous souhaitons renforcer la complémentarité entre les services, notamment entre le service accessibilité et le pôle travaux, afin de nous assurer que chaque projet soit suivi de sa conception jusqu'à sa réalisation, dans le respect des objectifs fixés.

Cette ambition ne peut se construire sans l’ensemble des parties prenantes. Rencontrer les associations, les personnes en situation de handicap, les usagers et l'ensemble des acteurs de terrain est, et restera, l'une des priorités de notre mandat. Comprendre les difficultés auxquelles ils sont confrontés est indispensable pour construire des réponses adaptées et durables.

Notre feuille de route reposera également sur une approche territorialisée. Nous souhaitons établir un diagnostic des besoins par quartier, afin de construire progressivement un maillage cohérent et complémentaire sur l'ensemble d'Amiens et de sa métropole. L'objectif est que chacun puisse accéder facilement aux services essentiels, quel que soit son lieu de vie.

Enfin, nous engagerons un travail de fond sur les équipements publics de proximité. Chaque école, gymnase, centre de loisirs et équipement sportif fera l'objet d'un état des lieux et d'une programmation permettant d'améliorer son accessibilité au plus grand nombre.

Cours d'école accessible
Chaque année, plusieurs écoles d'Amiens réalisent des travaux dans les cours de récréation permettant de les mettre aux normes d’accessibilité. (Photo : Site Web Amiens et Métropole)

 

QUESTION : Comment cette stratégie d'accessibilité s'articule-t-elle avec les autres politiques publiques locales ? Pouvez-vous citer quelques projets transversaux déjà engagés ou à venir ?

L'accessibilité irrigue l'ensemble des politiques publiques locales. Elle concerne naturellement les mobilités et l'aménagement de l'espace public, mais aussi l'habitat, l'accès aux droits, la participation citoyenne, la culture, le tourisme, l'enfance ou encore la santé. 

Parmi les projets déjà engagés, nous pouvons citer la mise en œuvre des Ad'AP (Agenda d’Accessibilité Programmée), l'accessibilité progressive des arrêts de bus et de la voirie, l'adaptation des documents destinés aux usagers grâce au FALC (Facile à Lire et Comprendre), ainsi que le renouvellement du label « Destination pour tous ». 

Parmi les actions à venir figurent le renforcement de l'accueil des jeunes de moins de 25 ans, l'amélioration du transport adapté, l'accessibilité des mairies de proximité et la réalisation du Plan de mise en Accessibilité de la Voirie et des Aménagements des Espaces publics (PAVE). 

Transport à la demande
Resago : un service de transport à la demande. Il permet aux voyageurs d’Amiens Métropole, dans les zones moins desservies par le bus ou le car, de se déplacer avec plus de flexibilité. (Photo : Site Web Amiens et Métropole)

 

QUESTION : Comment le sujet de l'accessibilité est-il piloté au sein de la collectivité ?

L'accessibilité est avant tout une politique transversale. Elle s'appuie sur un dialogue étroit entre les élus de la Ville et ceux de la Métropole afin de garantir la cohérence des actions conduites sur le territoire.

La collectivité dispose également d'un service dédié, le « service Handicap Accessibilité » au sein de la Direction de la Cohésion Sociale et du CCAS. Il est chargé d'accompagner, de coordonner et de valoriser les actions d'accessibilité et d'inclusion. 

Les associations représentatives des personnes en situation de handicap, les usagers et les établissements médico-sociaux sont régulièrement associés à travers des groupes de travail, des visites de terrain et des temps d'échange. 

La Commission Pour l'Accessibilité se réunit trois fois par an et constitue un espace privilégié de dialogue et de co-construction. 

 

QUESTION : Quelles sont les contraintes pour la mise en œuvre de la politique d'accessibilité, que ce soit au niveau des budgets, ressources humaines ou des arbitrages politiques ?

La première concerne les contraintes budgétaires. L'accessibilité est un enjeu transversal qui nécessite des investissements importants, qu'il s'agisse de la mise aux normes des bâtiments publics, de l'aménagement de l'espace public, des transports ou encore de l'accessibilité numérique. Dans un contexte financier de plus en plus contraint pour les collectivités, nous devons prioriser les interventions et programmer les travaux sur plusieurs années.

La deuxième difficulté porte sur les ressources humaines et l'ingénierie. L'accessibilité mobilise des compétences spécifiques et nécessite une forte coordination entre les différents services : voirie, bâtiment, transports, urbanisme, numérique, culture, etc. Il faut également accompagner la montée en compétence des équipes pour intégrer systématiquement la question du handicap dans les projets.

Enfin, il existe des arbitrages politiques et techniques parfois complexes. Nous devons concilier les exigences d'accessibilité avec d'autres enjeux tels que la préservation du patrimoine, les contraintes techniques des sites existants, les impératifs environnementaux ou encore les attentes parfois divergentes des usagers. L'objectif est alors de rechercher les solutions les plus inclusives possibles tout en tenant compte de la faisabilité des projets.

Malgré ces contraintes, nous considérons l'accessibilité non pas comme une obligation réglementaire, mais comme un véritable levier d'inclusion et de qualité de vie pour tous. C'est pourquoi nous veillons à maintenir cette politique comme une priorité et à avancer de manière progressive, concertée et pragmatique avec les associations et les acteurs du territoire. 

Nous considérons l'accessibilité non pas comme une obligation réglementaire, mais comme un véritable levier d'inclusion et de qualité de vie pour tous.

QUESTION : Comment travaillez-vous avec les opérateurs de mobilité et les acteurs privés ? L'innovation tient-elle une place importante ?

La réussite d'une politique d'accessibilité repose sur la mobilisation de nombreux partenaires. Le service de la mobilité de la direction des espaces publics associe régulièrement le service Handicap et Accessibilité à leurs réunions et aux comités d'usagers afin que les besoins des personnes concernées soient pris en compte dès la conception des projets. 

L'innovation occupe une place importante dans notre démarche. Nous recherchons en permanence des solutions concrètes permettant de répondre aux usages du quotidien. Cela a notamment conduit à la création d'équipements adaptés pour certains événements, comme un chalet adapté aux personnes à mobilité réduite pour le marché de Noël et des passe-câbles renforcés pour permettre le passage de fauteuils roulants, ou à l'étude de nouvelles solutions de communication alternative via tablette. Nous explorons également les possibilités offertes par les technologies immersives pour rendre certains sites patrimoniaux accessibles à tous, comme le Beffroi ou les hauteurs de la cathédrale.

La collectivité soutient cette ambition grâce à des budgets dédiés à l'accessibilité au sein des services et à une programmation d'investissement spécifique consacrée à ces enjeux. 

Visites virtuelles
Des casques de réalité virtuelle sont proposés par la ville pour rendre accessibles des lieux culturels. (Photo : Handilol)

 

QUESTION : Après l'intégration des services techniques d'Amiens au GT RAVI et l'accueil des ateliers annuels en mai, quels premiers bénéfices retirez-vous de ce travail en réseau et quel rôle attendez-vous du Cerema dans l'accompagnement d'Amiens ?

Cette participation permet avant tout de favoriser le partage d'expériences et l'échange de bonnes pratiques entre collectivités confrontées à des enjeux similaires. Elle contribue également à renforcer l'expertise des équipes et à enrichir nos réflexions grâce aux retours d'expériences d'autres territoires. C'est aussi un moyen de donner davantage de visibilité aux actions conduites à Amiens et de faire émerger de nouvelles coopérations autour de solutions innovantes en matière d'accessibilité et de mobilité inclusive.

Le Cerema constitue un partenaire de référence pour les collectivités engagées dans des démarches d'accessibilité. Son apport est à la fois méthodologique, technique et documentaire. Nous souhaitons poursuivre cette collaboration, notamment dans le cadre de l'élaboration du futur PAVE. Les formations proposées, les groupes d'échange tels que le GT RAVI et ses rendez-vous mensuels et l'accès à une expertise nationale reconnue représentent des ressources précieuses pour accompagner nos projets.

Fresque GT Ravi
Atelier "Traversées piétonnes complexes" du GT Ravi - mai 2026 : mise en situation sur le terrain pour mesurer les difficultés et analyse collective de cas concrets en salle

 

QUESTION : Dans six ans, quels seraient les indicateurs d'une politique d'accessibilité réussie ? Quels sont aujourd'hui les principaux freins à lever ?

Dans six ans, une politique d'accessibilité réussie se traduira d'abord par un territoire où chacun pourra constater les progrès réalisés. Le maillage des équipements accessibles devra être visible, cohérent et réparti sur l'ensemble de la ville et de la métropole.

Cette réussite passera également par un travail renforcé avec les communes de la métropole. Les enjeux d'accessibilité dépassent les frontières communales ; il est essentiel de développer des dispositifs communs et une vision partagée pour garantir des parcours sans rupture sur l'ensemble du territoire.

L'indicateur le plus important restera néanmoins le retour des usagers. Leur capacité à se déplacer plus facilement et à accéder aux services publics dans de bonnes conditions seront le meilleur baromètre de notre action.

Les principaux freins demeurent aujourd'hui les moyens financiers nécessaires à la mise en accessibilité des espaces et des équipements. Mais au-delà des investissements, un autre défi consiste à mieux coordonner les différents acteurs du territoire : collectivités, maîtres d'œuvre, entreprises, associations et usagers. 

 

QUESTION : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux collectivités qui souhaitent renforcer l'accessibilité de leur territoire ?

L'accessibilité est souvent perçue comme une question de délais ou de travaux, mais elle ne se résume pas à la livraison de bâtiments, infrastructures et services de transports conformes aux normes. Même un équipement déclaré accessible peut encore présenter des difficultés d'usage au quotidien. Il est donc indispensable de penser la praticité autant que la conformité.

L'accessibilité est avant tout une démarche collective. Elle réunit les collectivités, les entreprises qui conçoivent et réalisent les projets, les associations et les usagers qui vivent le territoire au quotidien. Chacun apporte une expertise indispensable.

Enfin, je suis convaincue que l'accessibilité est avant tout une manière de penser l'action publique. Elle ne doit pas être un sujet traité à part, mais un réflexe intégré à chaque projet et à chaque décision. C'est en faisant de l'accessibilité un enjeu transversal de la collectivité que l'on évite qu'elle soit oubliée et que l'on construit, durablement, un territoire plus inclusif pour toutes et tous.

L'accessibilité est avant tout une manière de penser l'action publique. Elle ne doit pas être un sujet traité à part, mais un réflexe intégré à chaque projet et à chaque décision.