17 septembre 2026
Tranchée avec terres axcavées
Cerema
La France s’est engagée à respecter l’Accord de Paris visant à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale. Pour cela, elle a défini une stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.
Le principal levier d’action pour les travaux publics concerne les émissions liées aux matériaux, représentant 54 % des émissions de l’acte de construire des ouvrages d’art et de génie civil1. Pour contribuer à cet effort de décarbonation, l’entreprise Enedis s’est rapprochée du Cerema afin de construire une démarche opérationnelle pour intégrer le réemploi des matériaux dans les travaux d’enfouissement de réseaux.

Le territoire du Sillon Rhodanien a mené, avec le Cerema, des expérimentations sur ses chantiers afin d’identifier les potentialités de réemploi des matériaux, valider le réemploi avec tous les acteurs du chantier (gestionnaire de voirie, Enedis, entreprises de travaux), l’organiser et le tracer.

 

Une démarche construite au travers des suivis de chantiers expérimentaux

Le territoire du Sillon Rhodanien a mené, avec le Cerema, des expérimentations sur ses chantiers afin d’identifier les potentialités de réemploi des matériaux, valider le réemploi avec tous les acteurs du chantier (gestionnaire de voirie, Enedis, entreprises de travaux), l’organiser et le tracer.

Au total, 7 retours d’expérience ont permis la rédaction d’une démarche adaptée aux modes de faire d’Enedis. Elle est constituée de trois étapes :

  • La première consiste à connaitre et à caractériser les matériaux du site afin de valider le potentiel réemploi. Cette phase est mise en œuvre à l’amont des travaux. Les résultats sont partagés avec le gestionnaire de voirie pour valider le principe de réemploi et avec les entreprises afin de proposer une organisation compatible avec ce réemploi en phase travaux. Si le réemploi n’est pas possible, une utilisation de matériaux issus du recyclage est préconisée et les matériaux du site sont évacués en privilégiant les filières de valorisation.
  • La deuxième étape repose sur l’utilisation lors du chantier, si la possibilité a été démontrée à la première étape, des matériaux de réemploi et le contrôle de la mise en œuvre.
  • Et enfin, la troisième étape permet de mettre en avant la décarbonation du chantier et la protection des ressources non renouvelables. A cette étape, le gain carbone du chantier et la sobriété matière sont chiffrés. Le bilan des matériaux utilisés sur le chantier et les résultats des contrôles sont partagés avec le gestionnaire de voirie.

Le retour d'expérience du porteur de projet

Interview de Mathilde DREYFUS – Chargée de mission transition écologique – délégation régionale Auvergne Rhône-Alpes, ENEDIS.

Pourquoi Enedis a-t-elle décidé de se lancer dans la décarbonation de ses activités ?

Enedis est une entreprise à mission depuis 2023, avec pour raison d’être "Agir pour un service public de la distribution d’électricité innovant, performant et solidaire. Raccorder la société au défi collectif d’un monde durable". L’un des 5 objectifs de mission d’Enedis est "Agir pour l’environnement". Enedis s’est engagée à intégrer dans ses activités les enjeux climatiques, la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles.

Enedis, acteur clé dans la transition énergétique, s’est ainsi engagée à réduire son empreinte carbone et à contribuer à la SNBC (Stratégie nationale bas carbone).

Mathilde Dreyfus / ENEDIS
En quoi la démarche de réemploi s’inscrit-elle dans la stratégie globale d’Enedis ?

Les chantiers d’investissement sur le réseau électrique (extensions, raccordements, renouvellement, modernisation) représentent le plus gros impact de l’entreprise : près de 50% du Bilan Carbone. La partie travaux (hors matériel réseau) représente à elle seule près de 28% du Bilan Carbone total. Enedis a donc cherché à réduire les émissions de CO2 de ses chantiers, en incitant ses prestataires à utiliser des méthodes et techniques responsables et en agissant auprès des gestionnaires de voirie pour les convaincre du bien-fondé de ces modes opératoires.

Le réemploi des matériaux est le levier qui a l’impact le plus significatif pour réduire l’impact carbone des chantiers : il permet en effet de réduire les impacts liés à la production des matériaux d’apport, au transport de ces matériaux d’apport, mais également au transport et au traitement des déchets (terres excavées). Les chantiers Enedis sont ainsi qualifiés de "bas carbone" si a minima 50% des terres sont réemployées. Ces chantiers "bas carbone" permettent en moyenne une réduction de 60% des émissions de GES.

Le réemploi des matériaux présente également l’avantage de réduire les contraintes sur les ressources, et les quantités de déchets générées, ce qui rentre pleinement dans la politique d’économie circulaire de l’entreprise.

Quels sont vos objectifs à court, moyen et long terme ?

Les engagements d’Enedis sur ses émissions de GES sont d’atteindre une réduction de 30 % ses émissions sur les scopes 1 & 2 en 2030, par rapport à 2017 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour atteindre ces objectifs, Enedis s’est notamment engagée à réaliser 20% de ses chantiers en "bas carbone" d’ici 2030.

Cerema

 

Au niveau de la DR Sillon Rhodanien, en 2025, nous avons réalisé 146 chantiers bas carbone. En moyenne, le réemploi atteint environ 70% des terres, ce qui permet un gain carbone de l’ordre de 60 %. En 2026, l’objectif est d’atteindre 220 chantiers.

Quelles actions avez-vous mis en place pour atteindre vos objectifs ?

Enedis a mobilisé l’expertise du Cerema pour accélérer le réemploi et le recyclage des matériaux extraits des tranchées. Signée en mai 2023, le partenariat entre la DR Sillon Rhodanien (SIRHO) et le Cerema Centre-Est a permis d’élaborer une méthodologie opérationnelle reproductible et industrialisable de réemploi des terres s’appliquant aux chantiers Enedis. Des chantiers expérimentaux ont permis de bâtir et d’expérimenter cette méthode, en concertation avec l'ensemble des acteurs : Enedis, gestionnaires de voiries et entreprises de travaux.

En parallèle de l'élaboration de la méthode et des suivis de chantier, le Cerema a formé les chargés de projet d’Enedis pour l’identification des performances des matériaux extraits des tranchées, pour l'application de la méthodologie visant à favoriser le réemploi et le recyclage. La démarche a ensuite été essaimée aux autres directions régionales d’Enedis. Des sessions de formation sur cette méthodologie ont été réalisées, en interne et auprès des prestataires travaux.

Pour accélérer le déploiement des chantiers bas carbone, toutes les directions régionales d’Enedis ont depuis 2024 un objectif annuel de nombre de chantiers bas carbone. Cet objectif est revu annuellement à la hausse, pour atteindre 20% de chantiers en 2030.

 

Interview de Steeve DEMOSTHENIS - Chargé de projets – Ingénierie Patrimoine – Direction régionale Sillon Rhodanien, ENEDIS.

 

Pouvez-vous présenter succinctement le projet que vous avez testé avec la démarche de réemploi ?

Je vais vous présenter le premier chantier bas-carbone que j’ai suivi. Il s’agit d’un chantier situé dans une zone industrielle, à Andrézieux Bouthéon. Le gestionnaire de voirie est la Métropole de Saint-Etienne. Le linéaire de tranchée est d’environ 1 400 mètres. Il s’agissait de remplacer d’anciens câbles par des câbles EDR (enterrabilité directe renforcée).

 Nous avons choisi ce chantier pour mettre en application la démarche de réemploi élaborée par le Cerema sur des chaussées avec une circulation de poids lourds importante, ce qui était une première !

Comment la démarche a-t-elle été mise en place et comprise par les acteurs ?

Le Cerema a proposé, en amont des travaux, un échange avec l’ensemble des acteurs, Saint-Etienne Métropole, les entreprises de travaux et moi. Le Cerema a expliqué les différentes étapes de la démarche de réemploi. C’était très clair. La Métropole de Saint Etienne a tout de suite adhéré au projet.

Steeve Demosthenis / ENEDIS 
Comment s’est déroulé le chantier ? Avez-vous rencontré des difficultés dans sa mise en place ou des imprévus ? Quels sont les résultats et les enseignements ?

Nous n’avons pas rencontré de difficulté particulière. Les matériaux extraits étaient conformes aux sondages réalisés en amont.

Le chantier s’est bien déroulé. La démarche est opérationnelle et facile à mettre en place. L’accompagnement du Cerema est très utile. Cela permet de se lancer dans une autre façon de faire en toute sécurité.

Nous avons eu de bons résultats sur le chantier : le taux de réemploi s’élève à plus de 60 %. Les matériaux du site ont été utilisés en partie inférieure de remblai et, pour les enrobés, ils ont été fraisés et mis en couche de réglage. Pour les autres zones (enrobage et partie supérieure de remblai) nous avons mis en œuvre des matériaux recyclés.

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient se lancer dans la démarche ?

La décarbonation des chantiers passe obligatoirement par une anticipation. Il faut penser au réemploi en amont du chantier. Après, il faut un temps d’analyse des données pour prendre les bonnes décisions. Ce temps sera réduit quand les équipes se seront approprié la démarche.

Pour ma part, ce chantier m’a fait évoluer dans mes modes de faire. Je regarde maintenant systématiquement les possibilités de réemployer. Il est en effet dommage d’évacuer des bons matériaux qui pourraient être utilisés sur place.

Cerema

Et maintenant ?

Fort de cette première expérience avec Enedis, le Cerema construit aujourd’hui un programme partenarial destiné à l’ensemble des acteurs des réseaux secs et humides.

L’ambition de ce programme est de faciliter et d’accélérer la mise en œuvre d’une gestion circulaire des matériaux et des déchets générés par les travaux d’enfouissement des réseaux. Il s’appuiera notamment sur plusieurs actions complémentaires : actualiser des référentiels nationaux, développer des méthodes et des outils opérationnels et accompagner les maîtres d’ouvrage, entreprises, acheteurs publics et collectivités dès la conception et tout au long des projets.

L’objectif est ainsi de passer de l’expérimentation à des solutions directement mobilisables sur les chantiers, en facilitant le réemploi, la réutilisation et la valorisation des matériaux, tout en sécurisant les pratiques sur les plans technique et réglementaire.