Le principal levier d’action pour les travaux publics concerne les émissions liées aux matériaux, représentant 54 % des émissions de l’acte de construire des ouvrages d’art et de génie civil1. Pour contribuer à cet effort de décarbonation, l’entreprise Enedis s’est rapprochée du Cerema afin de construire une démarche opérationnelle pour intégrer le réemploi des matériaux dans les travaux d’enfouissement de réseaux.
Le territoire du Sillon Rhodanien a mené, avec le Cerema, des expérimentations sur ses chantiers afin d’identifier les potentialités de réemploi des matériaux, valider le réemploi avec tous les acteurs du chantier (gestionnaire de voirie, Enedis, entreprises de travaux), l’organiser et le tracer.
Une démarche construite au travers des suivis de chantiers expérimentaux
Le territoire du Sillon Rhodanien a mené, avec le Cerema, des expérimentations sur ses chantiers afin d’identifier les potentialités de réemploi des matériaux, valider le réemploi avec tous les acteurs du chantier (gestionnaire de voirie, Enedis, entreprises de travaux), l’organiser et le tracer.
Au total, 7 retours d’expérience ont permis la rédaction d’une démarche adaptée aux modes de faire d’Enedis. Elle est constituée de trois étapes :
Le retour d'expérience du porteur de projet
Interview de Mathilde DREYFUS – Chargée de mission transition écologique – délégation régionale Auvergne Rhône-Alpes, ENEDIS.
Pourquoi Enedis a-t-elle décidé de se lancer dans la décarbonation de ses activités ?
Enedis est une entreprise à mission depuis 2023, avec pour raison d’être "Agir pour un service public de la distribution d’électricité innovant, performant et solidaire. Raccorder la société au défi collectif d’un monde durable". L’un des 5 objectifs de mission d’Enedis est "Agir pour l’environnement". Enedis s’est engagée à intégrer dans ses activités les enjeux climatiques, la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles.
Enedis, acteur clé dans la transition énergétique, s’est ainsi engagée à réduire son empreinte carbone et à contribuer à la SNBC (Stratégie nationale bas carbone).
Quels sont vos objectifs à court, moyen et long terme ?
Les engagements d’Enedis sur ses émissions de GES sont d’atteindre une réduction de 30 % ses émissions sur les scopes 1 & 2 en 2030, par rapport à 2017 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour atteindre ces objectifs, Enedis s’est notamment engagée à réaliser 20% de ses chantiers en "bas carbone" d’ici 2030.
Au niveau de la DR Sillon Rhodanien, en 2025, nous avons réalisé 146 chantiers bas carbone. En moyenne, le réemploi atteint environ 70% des terres, ce qui permet un gain carbone de l’ordre de 60 %. En 2026, l’objectif est d’atteindre 220 chantiers.
Quelles actions avez-vous mis en place pour atteindre vos objectifs ?
Enedis a mobilisé l’expertise du Cerema pour accélérer le réemploi et le recyclage des matériaux extraits des tranchées. Signée en mai 2023, le partenariat entre la DR Sillon Rhodanien (SIRHO) et le Cerema Centre-Est a permis d’élaborer une méthodologie opérationnelle reproductible et industrialisable de réemploi des terres s’appliquant aux chantiers Enedis. Des chantiers expérimentaux ont permis de bâtir et d’expérimenter cette méthode, en concertation avec l'ensemble des acteurs : Enedis, gestionnaires de voiries et entreprises de travaux.
En parallèle de l'élaboration de la méthode et des suivis de chantier, le Cerema a formé les chargés de projet d’Enedis pour l’identification des performances des matériaux extraits des tranchées, pour l'application de la méthodologie visant à favoriser le réemploi et le recyclage. La démarche a ensuite été essaimée aux autres directions régionales d’Enedis. Des sessions de formation sur cette méthodologie ont été réalisées, en interne et auprès des prestataires travaux.
Pour accélérer le déploiement des chantiers bas carbone, toutes les directions régionales d’Enedis ont depuis 2024 un objectif annuel de nombre de chantiers bas carbone. Cet objectif est revu annuellement à la hausse, pour atteindre 20% de chantiers en 2030.
Interview de Steeve DEMOSTHENIS - Chargé de projets – Ingénierie Patrimoine – Direction régionale Sillon Rhodanien, ENEDIS.
Pouvez-vous présenter succinctement le projet que vous avez testé avec la démarche de réemploi ?
Je vais vous présenter le premier chantier bas-carbone que j’ai suivi. Il s’agit d’un chantier situé dans une zone industrielle, à Andrézieux Bouthéon. Le gestionnaire de voirie est la Métropole de Saint-Etienne. Le linéaire de tranchée est d’environ 1 400 mètres. Il s’agissait de remplacer d’anciens câbles par des câbles EDR (enterrabilité directe renforcée).
Nous avons choisi ce chantier pour mettre en application la démarche de réemploi élaborée par le Cerema sur des chaussées avec une circulation de poids lourds importante, ce qui était une première !
Comment la démarche a-t-elle été mise en place et comprise par les acteurs ?
Le Cerema a proposé, en amont des travaux, un échange avec l’ensemble des acteurs, Saint-Etienne Métropole, les entreprises de travaux et moi. Le Cerema a expliqué les différentes étapes de la démarche de réemploi. C’était très clair. La Métropole de Saint Etienne a tout de suite adhéré au projet.
Quel conseil donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient se lancer dans la démarche ?
La décarbonation des chantiers passe obligatoirement par une anticipation. Il faut penser au réemploi en amont du chantier. Après, il faut un temps d’analyse des données pour prendre les bonnes décisions. Ce temps sera réduit quand les équipes se seront approprié la démarche.
Pour ma part, ce chantier m’a fait évoluer dans mes modes de faire. Je regarde maintenant systématiquement les possibilités de réemployer. Il est en effet dommage d’évacuer des bons matériaux qui pourraient être utilisés sur place.
Et maintenant ?
Fort de cette première expérience avec Enedis, le Cerema construit aujourd’hui un programme partenarial destiné à l’ensemble des acteurs des réseaux secs et humides.
L’ambition de ce programme est de faciliter et d’accélérer la mise en œuvre d’une gestion circulaire des matériaux et des déchets générés par les travaux d’enfouissement des réseaux. Il s’appuiera notamment sur plusieurs actions complémentaires : actualiser des référentiels nationaux, développer des méthodes et des outils opérationnels et accompagner les maîtres d’ouvrage, entreprises, acheteurs publics et collectivités dès la conception et tout au long des projets.
L’objectif est ainsi de passer de l’expérimentation à des solutions directement mobilisables sur les chantiers, en facilitant le réemploi, la réutilisation et la valorisation des matériaux, tout en sécurisant les pratiques sur les plans technique et réglementaire.
