6 novembre 2026
rue piétonne
Cerema
Fortement impliqué dans l’animation des événements nationaux sur les mobilités actives depuis des dizaines d’années, le Cerema a participé aux 2èmes Rencontres du Réseau vélo et marche (RVM), qui ont eu lieu à Nancy, du 30 septembre au 2 octobre 2026.
Parmi les problématiques soulevées par les collectivités lors de ces journées : les politiques cyclables et marchables dans un contexte de renouvellement des mandats des élus locaux et les leviers d’incitation au changement de comportement des usagers. Autres sujets évoqués : le défi que représente le passage du diagnostic à l’élaboration d’une stratégie puis à sa concrétisation, en veillant à la qualité des aménagements et services proposés. Les équipes du Cerema y ont animé des ateliers participatifs et sont intervenues dans plusieurs sessions.

Cette deuxième édition des Rencontres du Réseau vélo et marche (association qui fédère plus de 450 collectivités engagées pour le développement des modes actifs) s’est tenue à Nancy et a été accueillie par le Département de Meurthe-et-Moselle, la Métropole du Grand Nancy et la Région Grand Est. Ce territoire, comme de nombreuses métropoles, est marqué par un fort développement du réseau cyclable et des services vélos depuis la crise sanitaire, et le cœur de ville historique fait l’objet d’une piétonnisation progressive. Les différents ateliers, séances plénières, visites techniques sur le terrain ont permis de se rendre compte des dynamiques en cours sur ce sujet et d’échanger avec les collectivités sur leurs préoccupations, difficultés, leviers…

Les équipes du Cerema sont intervenues dans différentes sessions :

 

Du diagnostic marche à l’opérationnel : comment se lancer dans une stratégie marche ?

Co-animé par le Cerema et le  Réseau vélo et marche, cet atelier a mis en avant trois collectivités et leur stratégie marche : la ville de Nancy, la communauté urbaine de Dunkerque, et la ville de Rennes.

Les pistes évoquées pour bien démarrer un plan piéton varient selon les approches adoptées par chacune de ces collectivités : mobiliser les collègues d’autres services pour repérer ce qui se fait déjà sur la marche, identifier les pôles générateurs de flux piétons puis hiérarchiser les itinéraires qui les relient, etc. De nombreuses actions de ces plans piétons ont aussi été illustrées : extensions de trottoirs, sécurisations de traversées piétonnes, jalonnement piéton, actions de communications auprès des enfants ou des personnes âgées... Dans les "conditions de réussite" de ces projets, les collectivités ont pointé qu’il ne fallait pas minimiser l’investissement, en moyens humains et financiers, qu’il faut consacrer à la démarche : elle nécessite une présence régulière sur le terrain, pour dialoguer avec les riverains, les commerçants, les services intervenant sur la voirie…

 

Comment devenir un expert-analyste des projets cyclables et garantir leur qualité ?

Atelier expert-analyste / Cerema

Le Cerema et le Réseau vélo et mache (RVM) ont animé un atelier participatif pour apprendre à analyser des projets et des réalisations d’aménagements cyclables. Après avoir rappelé les fondamentaux techniques pour des aménagements cyclables qualitatifs, le Cerema a proposé aux participants, répartis en petits groupes, de se mettre dans la peau de "contrôleurs qualité" pour analyser deux cas réels :

  • un premier en phase projet pour connaître les points d’attention sur les études préliminaires et les études d’avant-projet. Les participants, équipés des plans, ont analysé les avantages et inconvénients, du point de vue des modes actifs, de chaque solution présentée par le maître d’ouvrage (Métropole Grand Nancy), et ont ensuite identifié les points positifs, d’amélioration et d’alerte de l’option choisie. 
  • un en phase travaux pour savoir analyser des aménagements livrés. Les participants ont été amenés à réagir sur une vidéo permettant de parcourir un aménagement cyclable réalisé par Cœur de Flandres Agglo à Bailleul dans le Nord, en notant les points positifs et d’amélioration du projet.

Les participants ont été mis dans la peau de contrôleurs pour décrypter, échanger et optimiser les projets cyclables avec expertise.

Il ressort de cet atelier trois enseignements principaux : 

  • La nécessité d’adapter les projets au contexte (enjeux, usages, occupations de la voirie…) et l’analyse fine et multi-critères (ressauts, girations, régime de priorité, signalisation…) qui est à réaliser aux différents stades du projet ;
  • Le lien entre "niveau d’ambition des projets" et "temporalité" : certains scenarios plus ambitieux pour le développement des mobilités actives peuvent être écartés à court terme (bouleversements trop brutaux sur la circulation et le stationnement des véhicules motorisés) mais poursuivi quelques années plus tard. Se garder des marges d’évolution dans la manière de concevoir le projet est donc primordial ;
  • L’importance d’une vision élargie, qui dépasse largement le champ des mobilités : proposer des aménagements sécurisés et efficaces pour les cyclistes, mais concevoir un espace public tenant compte des multiples usages, respectueux des caractéristiques urbaines, architecturales et paysagères, et adapté aux évolutions climatiques (végétalisation, etc.).

La présentation :

Territoires peu denses : s’entourer de partenaires pour livrer des aménagements exemplaires

Atelier partenaires / Cerema

Cet atelier flash animé par le Cerema affichait complet, avec 80 participants répartis autour de 6 tables. Il a permis d’explorer les différentes formes de relations de partenariat qui permettent aux territoires peu denses de concrétiser des aménagements cyclables de qualité : partenariats techniques ou financiers, concertations élargies, etc.

Le format retenu, dynamique et interactif, a donné la parole à six intervenants ou groupes d'intervenants, chacun disposant de cinq minutes pour présenter une expérience concrète. Puis les intervenants ont rejoint les participants en sous-groupes pour des sessions tournantes favorisant les échanges et le partage de retour d’expérience.

Six retours d'expériences ont ainsi illustré la diversité des leviers mobilisables :

  • La communauté de communes Terres Touloises et le Département de Meurthe-et-Moselle ont présenté la V52, un itinéraire cyclable de 26 km autour de Toul, fruit d'une coopération entre EPCI et Département pour assurer une continuité cyclable en territoire rural, avec un dialogue facilité auprès d’opérateurs tels que la SNCF ou VNF.
  • Le Département de l'Isère a détaillé son dispositif d'aides financières "SAS Vélo", ouvert à l'ensemble des collectivités iséroises, qui a permis de soutenir 72 projets entre 2022 et 2024 pour un total de 5,7 M€, en s'appuyant également sur un référentiel départemental des aménagements cyclables élaboré en concertation avec les associations.
  • La communauté de communes Cœur de Savoie et l'Agence Ecomobilité Savoie Mont-Blanc ont mis en lumière les partenariats multiples — institutionnels, techniques et associatifs — qui structurent le programme "Territoires cyclables" : formations des élus et techniciens, élaboration d'un référentiel cyclable partagé, comité local des parties prenantes réunissant associations cyclistes, Département et DDT.
  • La communauté de communes Erdre et Gesvres a quant à elle témoigné du parti pris de la concertation pour le projet de voie verte La Chapelle-sur-Erdre – Blain (26 km sur une ancienne voie ferrée), en faisant des riverains, agriculteurs et randonneurs les premiers partenaires du projet, pour désamorcer les risques de "bikelash" propres aux territoires ruraux.
  • La communauté de communes Sarrebourg Moselle Sud et le Cerema ont présenté le recours à la simulation dynamique de trafic pour étudier la faisabilité d'un réaménagement de l'ancienne RN4 en centre-ville, outil technique précieux pour convaincre les partenaires et objectiver les choix d'aménagement. 
  • L'association Mieux se Déplacer à Bicyclette (MDB) et le Collectif Vélo Île-de-France ont retracé l'histoire du réaménagement d'un giratoire à Bures-sur-Yvette, illustrant comment une association locale peut jouer un rôle moteur pour débloquer un projet complexe, en fédérant progressivement élus, services, financeurs et usagers autour d'une solution innovante — un giratoire "à la hollandaise", inauguré en 2025.

Ces six témoignages ont mis en évidence une conviction partagée : dans les territoires peu denses, un aménagement exemplaire ne se construit pas seul. Il repose sur une vision partagée, une capacité à fédérer des partenaires autour d'un objectif commun, et une attention portée aux usages et aux acteurs du territoire dès la conception du projet.

 

Politiques d’aménagements modes actifs en début de mandat : plan de circulation et autres incontournables

Atelier organisé lors des Rencontres / Cerema

Quels sont les outils opérationnels et les fondamentaux à mobiliser dès le début du mandat pour impulser une dynamique en faveur du vélo et de la marche ? Introduit par la consultante en mobilité Marie Huyghe, cet atelier a rappelé l’importance d'agir dès les premières années d’exercice : disposer du temps et du budget nécessaires pour concevoir et concrétiser les projets, accompagner l'évolution des comportements et l’ancrage d'une véritable culture des mobilités actives, tout en évitant d’engager des transformations clivantes en toute fin de mandat. 

Les échanges se sont articulés autour de retours d'expériences portant sur trois leviers majeurs : le plan de circulation, la requalification urbaine et la stratégie de stationnement.

Dans ce cadre, le Cerema a illustré le rôle clé du plan de circulation pour apaiser la voirie et favoriser le développement des modes actifs, en s'appuyant sur l'accompagnement mené auprès d'une commune périurbaine à Longeville-lès-Metz. L'intervention a mis en avant une démarche participative fondée sur des temps d'échanges et de co-construction avec les acteurs locaux. Cette animation a permis d'interroger collectivement le plan de circulation en vigueur et l'organisation globale de l'espace public communal. De nombreuses pistes d'action concrètes ont ainsi émergé pour rééquilibrer les usages : identification des secteurs à apaiser en priorité, propositions de solutions d’aménagement adaptées et réorganisation des flux.

Ces réflexions renvoient directement à la transformation de l’espace public et à la gestion du stationnement, indispensable pour garantir une cohabitation harmonieuse de l’ensemble des usagers. L'atelier a également mis en exergue la nécessité d'une connaissance fine et d'une vision transversale de l'offre de stationnement afin de bâtir une stratégie cohérente avec les autres fonctions de la voirie. 

Enfin, un éclairage spécifique a été apporté par le Cerema sur l’obligation de neutralisation du stationnement motorisé en amont des passages piétons, soulignant combien cette contrainte réglementaire constitue une réelle opportunité pour sécuriser les traversées, requalifier et valoriser l’espace public (végétalisation, dégagement de visibilité, aménagements pour les modes actifs).

 

La présentation :

Les visites techniques à vélo et à pied ont clôturé l’événement. L’occasion de se rendre compte de la progression de la démarche de piétonnisation du centre-ville historique de Nancy, et de découvrir plusieurs itinéraires et aménagements cyclables, avec un zoom technique sur la conception de certains ponts et passerelles.