5 mars 2026
Délaissé routier (bordure de route)
Cerema - Délaissé routier du Conseil départemental de la Gironde
Dans le cadre de sa politique environnementale visant à réduire l’artificialisation des sols et à préserver les Espaces Naturels Sensibles (ENS), le Conseil départemental de la Gironde a initié une démarche innovante de renaturation des délaissés routiers. Ces espaces, vestiges d’anciennes portions de routes départementales désormais abandonnées suite à des travaux de rectification ou de création de nouvelles voies, représentent des surfaces imperméabilisées sources potentielles de fragmentation écologique. L’objectif est de transformer ces zones en améliorant leur intégration paysagère et leur gestion durable.

Le Cerema a accompagné le Département de la Gironde pour développer une méthodologie de renaturation sur 4 sites tests. Ces sites ont été sélectionnés parmi une soixantaine de délaissés recensés sur le réseau girondin. Cette sélection s’est appuyée sur une grille de critères rigoureuse, établie par la direction Environnement du Département de la Gironde, prenant en compte les enjeux écologiques, paysagers, fonciers et de gestion, afin d’identifier les sites présentant le plus fort potentiel de renaturation. Les quatre délaissés retenus – situés à Gajac-Bazas, Sainte-Foy-la-Longue, Savignac-de-l’Isle et Abzac – couvrent différentes typologies (pont, rural, urbain, zone à enjeu paysager) et offrent ainsi un panel représentatif des délaissés du réseau routier du département.

 

 

Renaturer :

La renaturation désigne une gamme d'actions d'aménagement destinées à réduire le degré d'anthropisation d'un espace. Elle peut revêtir différentes formes et degrés : végétalisation, désimperméabilisation des sols, plantation de haies bocagères, gestion des espèces invasives, etc. 

Dans le cadre de l’étude, les principes d’une opération de renaturation de délaissés routiers ont été établis en concertation avec le Département de la Gironde : favoriser la biodiversité des espaces, planter des arbres, intervenir le moins possible ultérieurement (phase de gestion), faciliter le travail des agents en charge de la gestion des dépendances vertes, prendre en compte les besoins des riverains et des usagers de la route, limiter les coûts, tester différentes modalités de renaturation, favoriser la transversalité entre les différents services du Département, limiter au maximum le remaniement des sols pendant la phase de travaux de renaturation, désimperméabiliser, rechercher la reconnexion entre corridors écologiques et réservoirs de biodiversité.

Diagnostic écologique et technique : une étape clé

Enjeux écologiques stationnels au sein de l’aire d’étude rapprochée d’un délaissé, source : Améten

La première phase de l’étude a consisté en un diagnostic complet des sites retenus, combinant inventaires faune-flore, analyses géotechniques et caractérisation des chaussées.

Un bureau spécialisé en écologie a réalisé des prospections entre février et septembre 2024, évaluant non seulement la biodiversité présente sur les emprises immédiates mais aussi dans des zones tampons élargies jusqu’à 5 km autour des sites. Ce travail a permis de recenser plusieurs espèces protégées, notamment chez les reptiles, mammifères et chiroptères, ainsi que des habitats boisés et humides essentiels au maintien des continuités écologiques régionales.

Carottage de la chaussée, source : laboratoire routier départemental de la Gironde

Parallèlement, des analyses spécifiques ont été menées sur les couches d’enrobé bitumineux composant les chaussées abandonnées, afin d’évaluer la présence éventuelle de polluants tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et l’amiante. Ces données sont indispensables pour déterminer les modalités techniques de dépollution et de retrait des matériaux, avant toute intervention de renaturation. Par exemple, certains prélèvements ont révélé des teneurs élevées en HAP nécessitant un stockage en installations spécialisées (ISDND [1] ou ISDD [2] selon la dangerosité).

 

Scénarios de renaturation et outil d’aide à la décision

Fort de ces diagnostics, l’étude propose une série de scénarios : 

  • délaissé laissé en état, 
  • concassage de l’enrobé et laissé sur place, 
  • concassage de la couche d’enrobé et enlèvement, 
  • renaturation partielle ou totale (création d’un boisement par exemple).

Pour aider au choix d’un scénario, une première approche consiste à considérer qu’en présence de fortes teneurs en HAP (>= 500 mg /kg), on s’oriente vers le scénario "laisser en l’état" ou celui "rabotage de la chaussée". Il s’agit d’un premier niveau de décision en l’absence de financements suffisants ou des contraintes techniques trop fortes par exemple (niveau d’ambition 1).

Une seconde approche vise plutôt à faire abstraction de la présence ou l’absence en HAP et de s’orienter alors vers un scénario potentiellement plus ambitieux tel que le concassage et l’enlèvement de la chaussée, une renaturation partielle ou totale (niveau d’ambition 2). Dans ce cas, il est proposé de noter ces différents scénarios sur la base de trois critères permettant d’apprécier leur intérêt sur la désartificialisation des sols : le gain pour la biodiversité, la désimperméabilisation et la dépollution. Des notes sont attribuées de 0 à 4, dans le sens d’un intérêt croissant de chaque scénario pour le paramètre considéré. Plus la note est élevée, plus le scénario est pertinent au regard des différents paramètres retenus. La dimension "coût associé aux scénarios" est intégrée, permettant de comparer les scénarios les uns par rapport aux autres.

Exemple d’analyse comparative de plusieurs scénarios

 

Le schéma ci-dessous vient illustrer l’aide au choix d’un scénario :

Les différents niveaux d’ambition et outil d’aide à la décision

 

Perspectives et capitalisation méthodologique

Au-delà des quatre sites pilotes, cette étude vise à développer une méthodologie reproductible à l’ensemble du réseau départemental, voire à d’autres territoires confrontés à des problématiques similaires. Un guide associé au rapport d’étude formalise, à partir de ce retour d’expérience, un pas à pas, de la sélection des délaissés au diagnostic. Il fournit des repères techniques ainsi que des recommandations de végétalisation, d’aménagements favorables à la biodiversité et de gestion différenciée.

La renaturation des délaissés routiers constitue une opportunité concrète de reconquête écologique, contribuant à la fois à la lutte contre l’artificialisation des sols, à la restauration des continuités écologiques et à l’amélioration du cadre de vie local. Si les défis techniques et financiers restent importants, la démarche engagée en Gironde ouvre la voie à une gestion plus durable et respectueuse de portions d’infrastructures routières obsolètes, au bénéfice de la nature et des citoyens.

 

Ce travail s’est basé sur l’expérimentation menée par la direction territoriale Ouest du Cerema dans le Département de Loire-Atlantique.

Le retour du Département :

Claire Brioude, chargée d'études au département de la Gironde : "Ce travail conjoint avec le Cerema Sud-Ouest a apporté une réelle plus-value dans notre démarche de réflexion autour de la renaturation des délaissés de voirie. En tant que Département, l’intérêt majeur de cette collaboration a résidé dans la mise en place d’une méthodologie rigoureuse, associée à un accompagnement technique tout au long du projet. 

L’expertise du Cerema nous a également permis d’identifier et d’intégrer en amont l’ensemble des enjeux techniques et réglementaires nécessaires à la faisabilité des scénarios proposés. Cette étude, ainsi que le guide méthodologique produit, nous permettent aujourd’hui de mieux nous projeter dans l’essaimage de cette démarche sur d’autres délaissés routiers en Gironde".

 


[1] Installation de stockage de déchets non dangereux

[2] Installation de stockage de déchets dangereux

Le rapport d'étude :
Le guide :
Le guide 2023 (expérimentation en Loire-Atlantique) :