Le Cerema a accompagné le Département de la Gironde pour développer une méthodologie de renaturation sur 4 sites tests. Ces sites ont été sélectionnés parmi une soixantaine de délaissés recensés sur le réseau girondin. Cette sélection s’est appuyée sur une grille de critères rigoureuse, établie par la direction Environnement du Département de la Gironde, prenant en compte les enjeux écologiques, paysagers, fonciers et de gestion, afin d’identifier les sites présentant le plus fort potentiel de renaturation. Les quatre délaissés retenus – situés à Gajac-Bazas, Sainte-Foy-la-Longue, Savignac-de-l’Isle et Abzac – couvrent différentes typologies (pont, rural, urbain, zone à enjeu paysager) et offrent ainsi un panel représentatif des délaissés du réseau routier du département.
Diagnostic écologique et technique : une étape clé
La première phase de l’étude a consisté en un diagnostic complet des sites retenus, combinant inventaires faune-flore, analyses géotechniques et caractérisation des chaussées.
Un bureau spécialisé en écologie a réalisé des prospections entre février et septembre 2024, évaluant non seulement la biodiversité présente sur les emprises immédiates mais aussi dans des zones tampons élargies jusqu’à 5 km autour des sites. Ce travail a permis de recenser plusieurs espèces protégées, notamment chez les reptiles, mammifères et chiroptères, ainsi que des habitats boisés et humides essentiels au maintien des continuités écologiques régionales.
Parallèlement, des analyses spécifiques ont été menées sur les couches d’enrobé bitumineux composant les chaussées abandonnées, afin d’évaluer la présence éventuelle de polluants tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et l’amiante. Ces données sont indispensables pour déterminer les modalités techniques de dépollution et de retrait des matériaux, avant toute intervention de renaturation. Par exemple, certains prélèvements ont révélé des teneurs élevées en HAP nécessitant un stockage en installations spécialisées (ISDND [1] ou ISDD [2] selon la dangerosité).
Scénarios de renaturation et outil d’aide à la décision
Fort de ces diagnostics, l’étude propose une série de scénarios :
- délaissé laissé en état,
- concassage de l’enrobé et laissé sur place,
- concassage de la couche d’enrobé et enlèvement,
- renaturation partielle ou totale (création d’un boisement par exemple).
Pour aider au choix d’un scénario, une première approche consiste à considérer qu’en présence de fortes teneurs en HAP (>= 500 mg /kg), on s’oriente vers le scénario "laisser en l’état" ou celui "rabotage de la chaussée". Il s’agit d’un premier niveau de décision en l’absence de financements suffisants ou des contraintes techniques trop fortes par exemple (niveau d’ambition 1).
Une seconde approche vise plutôt à faire abstraction de la présence ou l’absence en HAP et de s’orienter alors vers un scénario potentiellement plus ambitieux tel que le concassage et l’enlèvement de la chaussée, une renaturation partielle ou totale (niveau d’ambition 2). Dans ce cas, il est proposé de noter ces différents scénarios sur la base de trois critères permettant d’apprécier leur intérêt sur la désartificialisation des sols : le gain pour la biodiversité, la désimperméabilisation et la dépollution. Des notes sont attribuées de 0 à 4, dans le sens d’un intérêt croissant de chaque scénario pour le paramètre considéré. Plus la note est élevée, plus le scénario est pertinent au regard des différents paramètres retenus. La dimension "coût associé aux scénarios" est intégrée, permettant de comparer les scénarios les uns par rapport aux autres.
Le schéma ci-dessous vient illustrer l’aide au choix d’un scénario :
Perspectives et capitalisation méthodologique
Au-delà des quatre sites pilotes, cette étude vise à développer une méthodologie reproductible à l’ensemble du réseau départemental, voire à d’autres territoires confrontés à des problématiques similaires. Un guide associé au rapport d’étude formalise, à partir de ce retour d’expérience, un pas à pas, de la sélection des délaissés au diagnostic. Il fournit des repères techniques ainsi que des recommandations de végétalisation, d’aménagements favorables à la biodiversité et de gestion différenciée.
La renaturation des délaissés routiers constitue une opportunité concrète de reconquête écologique, contribuant à la fois à la lutte contre l’artificialisation des sols, à la restauration des continuités écologiques et à l’amélioration du cadre de vie local. Si les défis techniques et financiers restent importants, la démarche engagée en Gironde ouvre la voie à une gestion plus durable et respectueuse de portions d’infrastructures routières obsolètes, au bénéfice de la nature et des citoyens.
Ce travail s’est basé sur l’expérimentation menée par la direction territoriale Ouest du Cerema dans le Département de Loire-Atlantique.
[1] Installation de stockage de déchets non dangereux
[2] Installation de stockage de déchets dangereux


