16 juin 2026
2conomies d'éclairage à Lyon pendant la crise énergétique de 2023
Cerema
Le pôle satellite du Cerema, en partenariat avec DarkSkyLab et l’Office français de la biodiversité, met à disposition une mise à jour des données des pratiques d’extinction nocturne des communes françaises sur la période de juillet 2024 à juin 2025. 73 % des communes étudiées appliquent désormais une extinction totale ou partielle en cœur de nuit.
Pour la première fois, ces données sont étendues aux Départements et Régions d’Outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, La Réunion). Autre nouveauté : l’analyse est également menée à l’échelle infra-communale, ce qui permet de distinguer les pratiques par quartier à l’échelle de chaque commune. Ce travail vient compléter le panorama 2014-2024 des pratiques d’éclairage public des collectivités rendu public par le Cerema en juillet 2025.

La cartographie mise à jour est disponible sur Cartagene. Retrouvez les autres indicateurs relatifs à la sobriété lumineuse sur la page dédiée du site internet du centre de ressources Trame verte et bleue.

 

Précautions d’interprétation des données

A noter : ces observations sont antérieures à la période de campagne des élections municipales 2026 et au renouvellement des exécutifs locaux. Elles sont également antérieures au choc énergétique mondial lié au conflit débuté en février 2026 au Moyen-Orient et impactant le prix de l’énergie.

Pour rappel, la cartographie de l’éclairage nocturne à partir de données satellitaires n’est représentative que du cœur de nuit à cause de l’heure du passage du satellite considéré (instrument VIIRS de la NASA, entre 2h et 4h du matin). Elle ne peut donc pas informer sur d’éventuelles modifications vers des horaires d’extinction plus tardifs par exemple. 

 

 

Après une forte accélération depuis 2022, le nombre d'extinctions se stabilise en 2024-2025

Communication de la ville de Saint-Brévin-les-Pins sur l'extinction nocturne de l'éclairage public.

A l’échelle de la France, la dernière année de données disponibles (juillet 2024 à juin 2025) montre :

  • Une dynamique d’extinction nocturne de l’éclairage public en cours depuis 2021 qui se poursuit mais ralentit : 131 nouvelles collectivités ont activé l’extinction de leur éclairage public en cœur de nuit contre 2018 l’année précédente.
  • Une pratique de retour à l’éclairage nocturne qui demeure contenue avec seulement 160 communes qui ont rallumé leur éclairage en cœur de nuit.

Cette décélération de l’implication de nouvelles communes à éteindre l’éclairage en cœur de nuit peut s’interpréter d’une part par une relative baisse du coût de l’énergie liée à la période du choc des prix de l’énergie suite au démarrage du conflit russo-ukrainien ; d’autre part par le déploiement de systèmes dits "intelligents" (rénovation, abaissements, télégestion, détection de présence, etc.). 

On peut également estimer que les collectivités se sont aujourd’hui déjà massivement engagées, comme le montre l’évolution des pratiques depuis 2014 (cf. infra), et que cet engagement atteint une forme de plafond.

 

Depuis 2014, l’extinction de l’éclairage public en cœur de nuit est devenue une pratique largement majoritaire en France

Sur les 22 773 communes de France hexagonale et d’Outre-mer analysées depuis 2014, on constate 12 539 extinctions totales, 4 031 extinctions partielles, 459 abandons de l’extinction, et 856 extensions de l’éclairage. 

Dit autrement, sur les 22 773 analysées, 73 % des collectivités appliquent en 2025 l’extinction totale en cœur de nuit ou des extinctions partielles.

 

💡A l'échelle nationale, 30% des extinctions totales ont été mises en place pendant la crise énergétique entre septembre et décembre 2022.

💡Les régions Auvergne Rhône Alpes, Ile de France, Occitanie et Provence Alpes Côte d'Azur ont plus de 40% de leurs communes qui ont probablement mis en place une extinction totale en cœur de nuit.

 

 

💡 Les changements de pratique sont différents en fonction de la taille des communes : les extinctions totales ont majoritairement lieu dans les petites et moyennes communes, et les extinctions partielles ou rénovations dans les grandes villes. La tendance au rallumage ne semble pas corrélée à la taille de la commune, comme le montrent les graphiques suivants par taille de commune. Des communes très hétéroclites ont en effet fait le choix de rallumer l’éclairage public, comme par exemple Saint-Etienne (170 000 habitants), Hendaye (18 000 habitants), Banyuls-sur-Mer ou Espalion (environ 4 500 habitants). A noter : de nombreuses petites communes sont "non étudiées" car trop peu lumineuses pour être détectées par satellite à cette échelle.

 

Dans les DROM : un choix de la rénovation du parc ou de l’extinction partielle

Concernant les Départements et Régions d’Outre-mer (DROM), il est constaté une pratique plus importante de rénovation du parc ou d’extinctions partielles, et, en regard, un moindre recours aux extinctions totales en cœur de nuit.

A Mayotte, les effets du cyclone Chido sont visibles : les extinctions détectées correspondent en fait aux destructions d’infrastructures d’éclairage.

 

On peut estimer que l’enjeu d’approvisionnement en énergie des DROM influe sur le choix de renouvellement du parc d’éclairage. En Guadeloupe, l’éclairage public représentait en 2018 en moyenne 46 % de la consommation énergétique d’une commune et 58 % de sa consommation électrique. Depuis 2018, la Région Guadeloupe et le Syndicat Mixte d'électricité de la Guadeloupe, avec l’appui du Fonds européen de développement régional (FEDER), ont donc financé un programme ambitieux de modernisation et de rénovation énergétique de l’éclairage public d’une vingtaine de communes, avec un passage vers des luminaires LED performants. 

Une campagne similaire a eu lieu en Martinique à partir de 2019. Ces rénovations sont bien détectées par satellite, avec des diminutions progressives mais modérées de l’intensité lumineuse émise vers le ciel. Malgré tout, les petits territoires insulaires ultramarins présentent des niveaux de pollution lumineuse globalement plus élevés que l’Hexagone. L’éclairage public solaire est également plébiscité dans le but de réaliser des économies d’énergie, comme à Pointe-à-Pitre, Fort-de-France ou à Capesterre-de-Marie-Galante. Le déploiement de ces nouveaux systèmes est à double tranchant, puisque sa praticité peut entraîner une augmentation de la pollution lumineuse.

 

Des évolutions de pratiques disparates entre différents quartiers d’une ville

Des données d’éclairage public sont désormais disponibles à une maille infra-communale, celle de l’IRIS, pour les communes de plus de 5 à 10 000 habitants ou selon leur équivalent - zones urbanisées infra-communale - pour les communes de moins de 5 000 habitants.

Les IRIS, qu’est-ce que c’est ?

Les communes d'au moins 10 000 habitants et la plupart des communes de 5 000 à 10 000 habitants sont découpées en IRIS (Ilots Regroupés pour l'Information Statistique). Ce découpage, maille de base de la diffusion de statistiques infracommunales, constitue une partition du territoire de ces communes en "quartiers" dont la population est de l'ordre de 2 000 habitants. La France compte environ 15 500 IRIS dont plus de 750 pour les DROM. 

Les nouvelles données des zones urbanisées infra-communales permettent de distinguer différentes pratiques selon les quartiers. Par exemple, il est fréquent que les centres-villes restent éclairés tandis que les faubourgs sont éteints en cœur de nuit. On constate aussi de nombreuses zones commerciales en périphérie des villes dont l’éclairage (majoritairement privé) reste allumé toute la nuit.

 

Concernant la localisation des rallumages, la situation est disparate : les rallumages concernent soit les quartiers périphériques des grandes villes comme à Saint-Étienne, Annecy ou Metz, soit au contraire les hyper-centres comme à Orléans ou Évreux. Ailleurs comme à Fos-sur-Mer, ce sont les quartiers d'habitation qui sont concernés.

Illustration des rallumages détectés en 2024-2025 au niveau infra-communal sur Saint-Etienne, Orléans, et Fos-sur-Mer. Les nombres indiquent l’augmentation de la radiance par quartier, dont les plus fortes valeurs apparaissent en jaune et les plus faibles en noir