Intercommunalités de France, le Cerema et la Banque des Territoires publient le baromètre du foncier économique 2026. Les intercommunalités, seules collectivités compétentes en matière d’immobilier d’entreprise et de gestion des zones d’activités économiques (ZAE), gèrent, aménagent et entretiennent 15 000 ZAE. Ces espaces accueillant des activités productives représentent 300 000 hectares et mobilisent 7,7 millions de salariés.
Le baromètre du foncier économique a été lancé au cours de l'année 2025 et a recueilli sur la période du 1er semestre 2025 les retours de 215 intercommunalités (de France hexagonale et d'Outre-mer), soit 17 % de l'ensemble des intercommunalités françaises.
Un phénomène de saturation qui se confirme
Alors que les intercommunalités doivent traduire dans leurs documents d’urbanisme la sobriété foncière, le phénomène de saturation des zones d’activités semblent se confirmer. Si l’étude menée en 2022 anticipait une saturation des parcs d’activités économiques à l’horizon 2030, les résultats actuels montrent une accélération nette du phénomène désormais susceptible d’intervenir dès 2027. Le phénomène de saturation est renforcé par le détournement des usages du foncier économique (par exemple passage de l’industrie au commerce de détail). Le baromètre estime ainsi que l’équivalent de 17 terrains de football de foncier économique a changé d’affectation en moyenne par intercommunalité sur ces cinq dernières années, soit plus de 12 hectares par territoire.
Une demande maintenue d’installation malgré un contexte économique atone
En regard de ce manque croissant de foncier disponible, 65 % des intercommunalités perçoivent une stabilité voire une augmentation du nombre de demandes de projets d’implantation économique sur leur territoire.
Les projets existent, mais ils se heurtent de plus en plus à des obstacles structurels qui limitent leur concrétisation et à un fort attentisme de la part des porteurs de projets lié à des contextes économiques et géopolitiques dégradés.
Les données du Baromètre 2026 confirment un basculement majeur : l’accès au foncier économique conditionne désormais directement la capacité des territoires à accueillir ou développer des projets économiques.
Des conflits d’usage en augmentation face à la multiplication des besoins
Les intercommunalités perçoivent, depuis 2022, l’évolution des besoins fonciers des acteurs économiques s’implantant sur leur territoire : maintien des besoins déclarés en industrie (36 % des répondants) et en artisanat (30 %), hausse en logistique (14 %), émergence des data centers, baisse marquée du commerce de détail (4 %), effondrement en immobilier de bureaux (de 11 % en 2022 à 0 % en 2025). Plus généralement, les intercommunalités concilient entre les impératifs de réindustrialisation du pays, la construction de logements et l’optimisation du foncier disponible.
Par ailleurs, les collectivités et les entreprises sont confrontées à une série d’obstacles qui contraint l’implantation d’un acteur industriel ou d’un artisan : inadéquation entre les sites proposés et les besoins des entreprises en matière de superficie, de configuration, de desserte ou de viabilisation, ainsi que les délais d’implantation liés aux procédures (obtention des autorisations environnementales et d’urbanisme). Ces difficultés représentent plus de 50 % des raisons invoquées par les collectivités alors que le coût du foncier ne représente que 10 %.
Le ZAN : un cadre structurant, mais une opportunité conditionnelle
Alors que 61 % des intercommunalités déclarent être confrontées à des enjeux d’acceptabilité environnementale pour les projets industriels et logistiques, le ZAN est perçu comme un élément de réponse plutôt positif par les deux tiers des intercommunalités (67 %). Pour 47 % des intercommunalités, cette réglementation est perçue comme un levier pour faire évoluer leurs pratiques d’aménagement et renforcer la planification. Cependant, la réussite de ce changement de modèle est tributaire d’un renforcement des capacités d’ingénierie, de portage foncier et d’investissement des collectivités ; une condition indispensable pour rendre compatibles sobriété foncière et développement économique.
