24 août 2026
Maisons sinistrées par le retrait et gonflement des sols à Halluin (Hauts-de-France)
Arnaud Bouissou TERRA
La succession de canicules de cet été 2026 va encore amplifier le phénomène de retrait et gonflement des sols argileux (RGA), qui se généralise sur l’ensemble du territoire, depuis le bassin méditerranéen jusque dans le Pas-de-Calais. Le Cerema, qui étudie depuis plusieurs années les impacts de ce phénomène sur le bâti et les infrastructures et développe les solutions préventives et de remédiation, insiste sur l’importance du diagnostic des terrains afin de mettre en œuvre des solutions préventives.

Le phénomène de RGA, principalement localisé dans le centre et le sud de la France il y a une dizaine d’années, touche désormais la majeure partie du territoire métropolitain, comme le montre la nouvelle carte d’exposition réalisée par le BRGM publiée en 2026. 

 

Carte 2026 du BRGM

Un impact de plus en plus fort du RGA en France

Dans la plupart des régions, le phénomène de retrait et gonflement des sols argileux (RGA) s’intensifie d’année en année : plus d’une habitation sur deux est désormais concernée, soit 12,1 millions de maisons individuelles exposées moyennement et fortement (soit 61,5 % des maisons individuelles). 280 000 bâtiments appartenant à des collectivités sont aussi concernés.

Le RGA est la première cause d’indemnisations versées au titre du régime Cat Nat entre 2016 et 2026, devant les inondations.

 

Pour savoir si votre terrain est concerné, le site géorisques propose un moteur de recherche :

Géorisques 

 

Un fonds de prévention des argiles a été défini pour accompagner la réalisation de travaux préventifs ou curatifs ?   Un simulateur est disponible pour savoir si votre logement est éligible:  

Simulateur

Une nouvelle réglementation RGA depuis 2020 :

Depuis 2020, la réglementation en vigueur pour la construction de maisons individuelles situées dans une zone d’exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles prévoit que :

  • lors de la vente d'un terrain constructible, le vendeur doit faire réaliser une étude géotechnique préalable afin d'évaluer le risque de retrait-gonflement des argiles ;
  • lors de la construction d'une maison individuelle, le maître d'ouvrage doit soit appliquer les techniques particulières de construction prévues par la réglementation, soit respecter les dispositions définies par l'étude géotechnique de conception, lorsqu'une telle étude a été réalisée.

Ce nouveau zonage est applicable aux promesses de vente et aux actes authentiques de vente de terrains constructibles non bâtis, ainsi qu'aux contrats de construction de maisons individuelles, conclus depuis le 1er juillet 2026.

Ce phénomène est accéléré par la succession de périodes de chaleur lors desquelles le sol se rétracte, et de périodes de pluie lors desquelles il se dilate, ce qui entraine des mouvements de sols qui peuvent fissurer des bâtiments, des routes, des voies ferrées, des digues... Les cinq canicules successives de cet été 2026, jusqu’à la mi-août, ont particulièrement asséché les sols, et on peut déjà observer des dégâts qui n’étaient pas apparus jusqu’à présent, comme des fissures et déformations sur des routes jusque-là épargnées par le RGA, ou des fissures sur des bâtiments qui n’en avaient pas encore.

Dans les expérimentations de solutions qu’il mène sur différents bâtiments, consistant à injecter de l’eau de pluie récupérée quand le sol sous le bâtiment est trop sec, le Cerema a observé que la consommation d’eau était déjà le double, à la mi-juillet, de la consommation habituelle sur un été entier : 1 tonne d’eau avait déjà été consommée contre 500 litres les trois années précédentes sur la même période.

 

Expérimenter des solutions sur différents bâtiments

Drainage autour d'une habitation touchée par le RGA / Cerema

Dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêts lancé en 2025 par le Cerema, une vingtaine de collectivités a présenté des bâtiments sujets au RGA pour les instrumenter et tester des solutions de remédiation de maisons sur lesquelles des fissures liées au RGA sont apparues. Le dispositif, installé sur différents types de bâtiments et dans différentes configurations, consiste à instrumenter le sol, à récupérer les eaux pluviales et à injecter l’eau quand le sol est trop sec.

Dans un autre projet destiné à mettre en œuvre des actions préventives, le projet MACH lancé il y a trois ans, des maisons de différents types ont fait l’objet d’un diagnostic et d’actions de réduction de la vulnérabilité.

Le Cerema étudie aussi l’impact du RGA et les solutions possibles sur les routes, à travers l’observatoire des routes Sinistrées par la Sécheresse. Plusieurs dispositifs ont été ou sont en cours d’évaluation (géogrilles, géomembranes, injections, écrans anti-racines, stabilisations des sols…). La solution d'étanchéification horizontale des accotements à la fois par enduit de surface et par géomembrane semble la plus efficace.

Une communauté dédiée est ouverte sur la plateforme collaborative Expertises.territoires, pour échanger entre collectivités, entreprises, bureaux d'étude, opérateurs publics...  Pour la rejoindre il faut s'inscrire sur Expertises.territoires puis sur la communauté :

La communauté

 

Diagnostiquer la vulnérabilité au RGA : un enjeu national

Aujourd’hui, l’action doit d’abord être préventive afin de réduire l’impact du RGA sur les terrains à risque. Le Cerema a publié récemment avec le CSTB un guide national pour la prévention du RGA :

Le guide 

 

La démarche comprend 4 étapes pour identifier les facteurs aggravants et les solutions d’adaptation :

Facteurs à prendre en compte

 

Solutions possibles

 

Diagnostic du réseau et fuites : on observe que bien souvent les réseaux ne sont pas aux normesIdentifier les fuites dans les réseaux d’eau, raccorder l’assainissement au réseau collectif quand c’est possible, ou bien éloigner du bâtiment le dispositif d’assainissement autonome.
Diagnostic de la végétation : les arbres ont tendance à assécher le sol, et quand un terrain est sujet au RGA il est préférable de les éloigner du bâti. ( GB : ont classifié la végétation en fonction de son impact sur le RGA)

Planter loin du bâtiment, installer des écrans anti racines dans le sol, choisir des espèces qui ont peu d’impact sur le RGA.

Entretenir la végétation pour limiter le besoin en eau (élagage, débroussaillage, enlèvement des racines...)

Diagnostic de la gestion des eaux pluviales et de la topographie 

 

Créer des drains avec graviers et géotextile autour du terrain pour collecter et évacuer les eaux pluviales et supprimer les zones de stagnation.
Infiltration de l’eau près du bâtiment

Désimperméabiliser les abords du bâtiment, sur 1,5 m pour le protéger de l’évaporation et éloigner les eaux de ruissellement.

Intervenir sur les fondations pour améliorer la stabilité, avec différentes techniques présentées dans le guide.

Renforcement de la structure du bâti.

 

 

Dans l’aménagement des espaces publics, où se croisent de nombreux enjeux, il est important que les démarches de désimperméabilisation et de végétalisation prennent aussi en compte le retrait et gonflement des sols argileux dans les zones à risque.