Chaque commune de plus de 1000 habitants, ou son intercommunalité si elle est compétente, doit ainsi rédiger un Plan de mise en Accessibilité de la Voirie et des aménagements des Espaces publics (PAVE) [1] qui précise les conditions et délais de réalisation des actions prévues en faveur de l’accessibilité de l'ensemble des circulations piétonnes et des aires de stationnement.
Les données d'accessibilité, clé de l'information aux usagers
Bien que les objectifs ambitieux de la loi de 2005 n’aient pas tous été atteints, de nombreux aménagements ont été réalisés ces dernières années dans les transports publics, les voiries, les bâtiments et espaces publics, en faveur de l’accessibilité. Mais, l’information sur ces aménagements est rarement disponible, les usagers ne sachant pas, par exemple, s’il existe des aires de jeux accessibles au handicap de leur enfant. De plus, le respect de la réglementation ne suffit pas à qualifier un aménagement d’accessible, par exemple si celui-ci a fait l’objet d’une dérogation.
Ainsi, la loi d’orientation des mobilités de 2019 [2] vient renforcer l’obligation de mise en accessibilité par une obligation de communication sur le niveau d’accessibilité des équipements, à la fois dans les transports et les espaces publics à proximité des arrêts de transport. Les données obligatoires concernent :
- les lignes de transport régulières,
- les points d’arrêt de transport dits prioritaires [3]
- et les cheminements piétons principaux dans un périmètre de 200 mètres autour de ces points d’arrêt.
Afin d’être homogènes, ces données doivent s’inscrire dans le standard CNIG Accessibilité, établi dans le cadre d’un groupe de travail national rassemblant collectivités, professionnels et animé par le Cerema. La mise à disposition de l’information sur le niveau d’accessibilité des ERP, bien que non obligatoire, est évidemment recommandée, notamment en utilisant la plateforme Acceslibre.
Pour plus de détails sur ce sujet, consultez cet article du Cerema :
Apporter aux collectivités les méthodes et outils, de l’initialisation de la collecte à la valorisation des données
Le Cerema accompagne les collectivités dans la définition du périmètre qu’elles souhaitent donner à la mission, et comment concilier au mieux les deux périmètres, entre celui de collecte de données conformément à la LOM et celui nécessaire pour le diagnostic du PAVE. Les collectivités peuvent ainsi définir un périmètre plus large que les arrêts prioritaires, par exemple en intégrant les abords d’établissements scolaires, de structures de santé, d’établissements recevant du public, ou des itinéraires touristiques. Il est également possible d’identifier des petites centralités (pôles de service) qui bénéficieraient d’une amélioration de la marchabilité, ce qui passe par une meilleure accessibilité.
Interview : 2 questions au Cerema
Marion Torterotot, Cheffe de projet Ville accessible à tous au Cerema, revient à travers deux questions sur les besoins des collectivités en matière de conception et mise en œuvre du PAVE, et sur l'intérêt pour l'attractivité des territoires.
Le Cerema a déjà accompagné des collectivités sur l’organisation de la collecte de données : quelles sont les principales difficultés qu’elles rencontrent ?
La première difficulté est la connaissance de cette obligation de collecte : les Autorités Organisatrices de la Mobilité (AOM) sont souvent bien au courant, mais les gestionnaires de voirie n’ont pas forcément connaissance de leurs obligations en la matière. Même si la collectivité territoriale est à la fois AOM et gestionnaire de voirie, ces compétences sont parfois gérées par des services différents. Ceci favorise un fonctionnement en transversalité, qui n’est pas toujours aisé à mettre en place.
Passé ce premier cap, la principale difficulté pour les collectivités est d’y voir clair sur ce qu’une collecte de données implique : quel est le linéaire de cheminements piétons concerné ? Combien cela coûte ? Comment s’organiser en interne pour s’assurer que cette collecte soit utilisée par la suite ? etc. Le Cerema ayant participé aux réflexions sur ce sujet depuis les prémices (avec un premier travail partenarial avec 3 collectivités pilotes en 2018-2019) jusqu’à aujourd’hui (avec l’animation du groupe de travail national CNIG Accessibilité qui édite le standard à suivre), il est à même de conseiller les collectivités sur ces différents aspects.
Comment le PAVE peut-il être mis au service de l’attractivité des communes ?
La réglementation laisse volontairement une marge de manœuvre assez importante aux collectivités pour élaborer leur PAVE. Les seules obligations sont d’être compatible avec le Plan de Mobilités (PdM), de concerter les acteurs et notamment l’AOM et les associations de personnes handicapées, de planifier des aménagements pour améliorer l’accessibilité, de suivre sa mise en œuvre effective et de prévoir une périodicité de révision pour s’inscrire dans une dynamique d’amélioration continue.
La collectivité a tout intérêt à s’emparer de ce document de planification pour mettre en avant des enjeux locaux particuliers, par exemple pour mettre en valeur un équipement dont le rayonnement dépasse l’échelon communal en en améliorant l’accès pour tous les usagers ; ou alors pour favoriser un itinéraire touristique sur son territoire ; ou encore pour améliorer les conditions de déplacement des personnes âgées ou des enfants, dans une logique de "Ville Amie des Aînés" ou "Ville Amie des Enfants".
Chaque collectivité est encouragée à déployer une stratégie de mise en accessibilité qui serve concrètement ses habitants et visiteurs, en hiérarchisant les travaux à prévoir en fonction des itinéraires les plus empruntés et en prévoyant également des actions allant au-delà de l’aménagement opérationnel : par exemple en prévoyant une campagne de sensibilisation contre les incivilités à destination des citoyens ou des commerçants (stationnement sur trottoir, débordements de terrasses…) ou en formant ses agents aux conséquences concrètes de leur métier sur l’accessibilité (positionnement des poubelles des particuliers après ramassage des déchets, entretien des espaces verts…).
[1] Loi dite Handicap de 2005 n°2005-102, article 45.
[2] Loi d’orientation des mobilités, dite LOM, de 2019 n°2019-1428, décret n°2021-836.
[3] Au sens de l’article L 1112-1 du code des transports.
