Cet article fait partie du dossier : SESAME : Intégrer l'arbre dans les projets de renaturation urbaine
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L’application Sésame permet de sélectionner les espèces d’arbres et d’arbustes adaptés aux besoins et au contexte urbain. Désormais, un module dédié aux plantations en bords de routes a été développé. Il est pour l’instant adapté au contexte mosellan.
Les alignements d’arbres en bordure de route constituent un élément structurant du réseau routier mosellan. Hérités d’aménagements anciens, ils remplissent aujourd’hui plusieurs fonctions : repères paysagers, éléments de patrimoine, supports de biodiversité… Toutefois, leur présence en bord de chaussée soulève également des enjeux majeurs en matière de sécurité routière : en 2024, sur toute la France métropolitaine, on dénombre 273 personnes tuées hors agglomération dans un véhicule ayant heurté un arbre.
Par ailleurs, l’évolution de la réglementation relative aux alignements d’arbres (décret n° 2023-387 du 19 mai 2023) implique de se doter d’outils permettant d’objectiver des compensations adaptées au contexte paysager, écologique et climatique.
Des enjeux spécifiques pour les arbres en bords de route
La gestion de ces arbres nécessite un équilibre délicat entre préservation du cadre paysager et écologique, et maîtrise du risque pour les usagers. En effet, les arbres peuvent constituer des obstacles et accroitre la gravité des accidents en cas de sortie de route. Dans le même temps, leur suppression soulève des interrogations croissantes sur l’impact paysager, environnemental et social.
Dans ce contexte, le Département de la Moselle, à travers ses services techniques et en lien avec les élus locaux, est amené à repenser ses modalités d’intervention et ses stratégies d’aménagement. Il s'agit de concilier les exigences de sécurité, les obligations réglementaires, et les attentes en matière de transition écologique et climatique.
Le Département, qui a aussi entrepris de rédiger une charte de l’arbre, a fait appel au Cerema pour réaliser une étude sur les problématiques liées à la gestion des arbres de bord de route en Moselle, autour de trois axes : la sécurité routière, le paysage et l’écologie. L’objectif est d’éclairer les choix d’aménagement et de gestion à mettre en œuvre, dans une logique de durabilité et de cohérence territoriale. Un outil pratique d’aide au choix, "Sésame Routes de Moselle", a été produit.
L’étude a pris en compte 3 aspects des arbres en bord de route :
Sécurité routière
Facteur aggravant les accidents en cas de sortie de route, la présence d’arbres en bord de route peut contribuer, dans certaines configurations, à la lisibilité des infrastructures.
Trop proches de la route, les arbres constituent des obstacles latéraux : l’arbre planté constituant un nouvel obstacle doit être implanté à 7m minimum de la chaussée en section courante.
Les arbres peuvent aussi constituer des masques à la visibilité, notamment en virage et en carrefour.
Paysages
L’importance des arbres en bord de route en termes de paysage, a été prise en compte, notamment pour le confort d’usage qu’ils apportent, mais aussi par les ambiances qu’ils créent. Les types de structures végétales (alignement, isolé, bosquet, et les espèces qui les composent, confortent l’identité de chaque unités paysagère traversées.
Écologie
Les dépendances vertes routières jouent un rôle en termes de biodiversité : elles sont une interface entre un milieu entièrement anthropisé (la voie) et des espaces plus ou moins naturels (espaces cultivés, prairies, milieux boisés,). Elles peuvent aussi constituer des corridors biologiques longitudinaux.
Sésame pour les arbres de bord de route
Sésame permet d’identifier les espèces d’arbres et d’arbustes les mieux adaptés au contexte urbain, en fonction des services écosystémiques qu’ils rendent. Sésame a été décliné dans une dizaine de territoires, et 250 espèces sont intégrées pour la version du nord-est. L’objectif était de l’adapter également pour les plantations de bord de route, en tenant compte de plusieurs points spécifiques :
- Les exigences de la sécurité routière : le positionnement des arbres, leur diamètre tolérable en fonction de leur situation, la hauteur et la largeur des végétaux implantés, notamment,
- La sélection des espèces adaptées à l’espace rural traversé par les routes départementales,
- Les effets du changement climatique, qui entraînera davantage de précipitations en hiver, moins en été, en introduisant des végétaux plus résistants aux effets attendus du changement climatique, et acceptables dans l’espace rural lorrain.
- La sensibilité écologique des milieux traversés, avec pour principe que l’aménagement végétal dans la traversée d’un site Natura 2000 ou d’une ZNIEFF par exemple, doit être adapté au contexte écologique,
- Les paysages traversés : une vallée alluviale dans les collines sous-vosgiennes et une forêt du Pays-Haut par exemple, demandent certainement un traitement différencié,
- Les maladies les plus impactantes concernant les végétaux habituellement utilisés en bord de route,
- Les contraintes de gestion inhérentes aux végétaux de bord de route.

141 espèces et variétés ont été retenues. Le panel est centré sur les espèces locales, auxquelles on a ajouté :
- Des espèces naturalisées classiquement utilisées en bord de route,
- Des espèces plus méridionales potentiellement adaptées au climat local projeté en 2050,
- Des espèces proposées en alternative aux espèces les plus affectées par des maladies,
- Des espèces adaptées aux contraintes de sécurité routière dans des contextes particuliers,
- Des fruitiers tenant compte de l’historique des routes mosellanes et notamment de la période allemande.
Le rapport d'étude sur CeremaDoc :
Dans le dossier SESAME : Intégrer l'arbre dans les projets de renaturation urbaine

Enfin, le Cerema a présenté des recommandations pour la plantation en relation avec les enjeux de sécurité routière, l’approche paysagère et l’approche écologique.