17 avril 2026
Mairie du 18e arrondissement - Paris
Celette
La Deuxième saison du concours Cube Ville s’achève : près de 200 bâtiments publics étaient concernés en 2025, et les économies d’énergie ont été de 4,1% en moyenne sur un an. Au-delà des économies en elles-mêmes, Cube Ville permet aussi d’initier une dynamique vertueuse autour des usages des bâtiments et de la réduction des consommations énergétiques.
La remise des prix de cette deuxième saison a eu lieu le 16 avril 2026 à Paris.

Lancé en 2024, le concours Cube Ville s’adresse aux communes et vise à accompagner des démarches à l‘échelle de la collectivité afin de réduire la consommation d’énergie en agissant principalement sur les usages des bâtiments et des équipements. 

 

Des performances renforcées dès la deuxième année du challenge

33 communes ont inscrit des bâtiments au 2e challenge Cube Ville et mobilisé les occupants autour des actions d’économie d’énergie. En moyenne, 4,1% d’économies ont été réalisées en 2025, aussi bien sur les consommations d’électricité que de gaz, et jusqu’à 9% dans certains bâtiments, permettant d’éviter l’émission de 349 tonnes de CO2.

 

Le site ACTEE Cube.ville 

 

Plusieurs constats peuvent être faits à la fin de cette seconde édition :

  • 3 ans après le plan de sobriété, les candidats sont de plus en plus performants à l’entrée du concours et continuent pourtant de mettre en lumière des gisements d’économies d’énergie.
  • Quand l'engagement est collectif, avec une impulsion des élus, un relais et des échanges entre les agents des différents bâtiments, la performance est au rendez-vous. A titre d’exemple, on retrouve sur le podium pas moins de 3 communes ayant déjà concouru dans la ligue CUBE Ecoles (> Paris et Argenteuil, qui participent pour la 2ème fois dans CUBE Ville) et Meyzieu. 
  • De manière générale, on constate que les villes ont recalibré les températures de consigne (passée de 19° à 20°C) pour l’inscrire dans la durée en embarquant les usagers (acceptabilité).
  • Cette saison, un point d’inflexion apparaît avec des gisements d’économies équivalents entre l’électricité et les vecteurs thermiques.

Des initiatives variées pour la sobriété énergétique

Remise des prix Cube.Ville le 16 avril 2026

Les communes ont déployé une série d’actions pour réduire les consommations et partager une culture commune sur la sobriété énergétique et les usages des bâtiments. Certaines collectivités qui ont rejoint le challenge dès la première édition font évoluer les actions pour embarquer davantage les agents, réaliser des suivis réguliers, poursuivre le remplacement de matériels... La deuxième saison est ainsi plus productive que la première, les pratiques s’ancrent peu à peu dans les habitudes.

La Métropole du Grand Paris a proposé à ses communes de s'engager dans le challenge et pris en charge les frais d'inscription, ce qui a permis une forte mobilisation. 

Cube d’Or ville : Villejuif (94)
  • 8,8% d’économies d’énergie
  • 5 bâtiments
  • 151 883 kW/h économisés
  • 14,7 t de CO2 évitées

 

  • Le challenge rejoignait la stratégie de sobriété énergétique de la ville, en montrant par l'exemple les gestes éco-responsables.
  • Des ateliers ont permis la participation active des agents.
  • Pôle Technique : décalage de la remise en chauffe à la Toussaint, extinction du chauffage avant 17h et les week-ends. Étude complète des usages et de la fréquentation de chaque bâtiment.
  • Médiathèque : extinction automatique des ordinateurs à 18h45 (avant : allumés 24h/24), veille à 15 min, coupure des automates de prêt : mesure étendue aux 3 médiathèques de la ville.
  • Concours de nudges inter-bâtiments + kits distribués (prise coupe-veille, réflecteur radiateur, aérateur robinet). Malette énergie (caméra thermique, wattmètre, luxmètre) pour pérenniser et diffuser aux habitants.
  • Visite du site géothermique : a rendu concrets les enjeux pour les agents et légitimé la démarche auprès des élus grâce aux équivalences CO2.
  • Objectifs de sobriété intégrés dans les contrats des agents. 
  • Suivi trimestriel des consos et mallette énergie ouverte aux citoyens.
  • Prochainement, une mallette pédagogique sera fournie pour chaque bâtiment, et un plan d'action concret sera élaboré dans chaque service avec l'aide des référents sobriété.

La Fiche Retex Cube.ville

Cube d’argent Ville : Meyzieu (69)
  • 6,7% d’économies d’énergie
  • 10 bâtiments
  • 120 165 kW/h d’électricité économisés
  • 22,2 t de CO2 évitées

 

  • La démarche Cube.ville était axée sur la convivialité, le jeu (jeu des watts, jeu des 6 erreurs, quizz...) et le partage d'expériences. Les équipes des différents bâtiments ont été sensibilisées à la sobriété énergétique, ont aussi fait remonter les problématiques d'inconfort, de gestion des équipements, et des solutions ont pu être proposées. 
  • Une thermicienne-référente CUBE pilote la démarche en lien avec l'exploitant SOMECI (contrat avec prime d'intéressement aux résultats).
  • Revue technique de chaque bâtiment avec les occupants.
  • Octogone (équipement sportif) : organisation d'un café sobriété et jeu des watts sur les consommations énergétiques, et partage des retours d'expérience des équipes d'autres bâtiments pour lancer le challenge. La chaudière bois est totalement coupée l'été depuis 2024, réglages majeurs CTA, zonage du chauffage pièce par pièce, 19°C de consigne.
  • Marronnier : 19/21°C selon l'usage (bureaux / personnes âgées), réduit nocturne, couloirs non chauffés, interrupteur général éclairage en fin de journée.
  • Cafés Sobriété avec l'ALEC de Lyon + challenge ENERGIC à l'Hôtel de Ville + diagnostics en marchant à l'Octogone, Marronnier et Meyzieu Emploi.

Article Cube.ville

Cube bronze Ville : Drancy (93)

  • 5,3% d’économies d’énergie
  • 6 bâtiments
  • 131 850 kW/h d’électricité économisés
  • 4,6 t de CO2 évitées
  • Lancement du challenge avec une demi journée pédagogique et participative à la Maison de l'énergie et de l'environnement, avec une approche ludique et interactive, et réunion des équipes-relais pour envisager un plan d'action par bâtiment.
  • Les actions ciblées sur les deux gymnases de la commune et la médiathèque ont porté leurs fruits.
  • Parmi les actions mises en oeuvre : affiches de sensibilisation aux éco-gestes, extinction d'appareils le week-end, réduction de l'éclairage grâce à des capteurs, organisation d'un café sobriété, mise en place d'une boîte à idées (médiathèque, 59 idées reçues), acquisition de livres sur l'énergie et le développement durable...
  • Une réflexion approfondie a été menée sur le château de Ladoucette, où les leviers d'action sont plus réduits en raison des caractéristiques du bâtiment.

  Article Cube.Ville

Cube d’Or Hôtel de Ville : Argenteuil (95)
  • 9,2 % d’énergie économisée
  • 180 000 kW/h économisés
  • 15,5t de CO2 évitées
  • La démarche avait pour objectif d'impliquer les agents et les éco-ambassadeurs, en se concentrant pour cette deuxième saison sur 6 bâtiments, dont l'hôtel de ville qui représentait 58% de la consommation énergétique de ces bâtiments, et où les économies ont atteint 9,2% en 2025 et la médiathèque où les économies d'énergie ont atteint 17,8%.
  • Remplacement du système de climatisation et traitement de l’air permettant la programmation horaire.
  • Raccordement au réseau de chaleur urbain
  • Pose de lampes LED
  • Organisation d’un forum avec des stands Cerema, IFPEB, Cube, Dalkia, Enedis et visite de la chaufferie bois.
  • Création d'un mur d'expression pour que chacun puisse partager des constats, des problématiques liées au confort thermique.
  • Témoignage de la ville au salon de l'Association des Maires d'Ile-de-France

  Article Cube.Ville

Cube d’argent Hôtel de Ville : Paris 17e (75)
  • 6,9% d’énergie économisée
  • 106 174 kW/h économisés
  • 13,7 t de CO2 évitées
  • Actions de sensibilisation aux réglages des radiateurs, enlèvement des chauffages d'appoint, réglages à 19°C, communication auprès des équipes sur les éco-gestes, affiches, boîte à idées (59 idées récoltées)...
  • Rééquilibrage du chauffage entre les 4 zones de la mairie. Résultat : moins de chauffages d'appoint, meilleur confort, crédibilité renforcée auprès des agents.
  • Relamping LED à 85% du bâtiment, détecteurs dans tous les escaliers et 50% des couloirs. Isolation + végétalisation de la façade rue (gains significatifs).
  • Concours de la tenue chaude la plus élégante : 12 participations, message subliminal réussi. Fresques Climat et Biodiversité, jeu 'Pète les Plombs', mesures au thermomètre pour objectiver les sensations.
  • 9 ateliers ont été organisés sur la saison (100 participants au lancement, 20 à l'atelier plan d'action), avec des jeux, des quizz, des sessions de réflexion collective à partir d'illustrations, des jeux de rôle, mesure des watts consommés par différents appareils et équipements, des diagnostics en marchant dans les bâtiments... 
Cube bronze Hôtel de Ville : Issy-les-Moulineaux (92)
  • 5,7% d’énergie économisée
  • 44 954 kW/h économisés
  • 3 t de CO2 évitées
  • Centre administratif : raccordement au réseau de chaleur urbain, capteurs intelligents pour baisser la température l’après-midi, modification des puissances souscrites, retrait d'écrans inutiles. GTB/BACS en cours de déploiement.
  • Gymnase La Source : pilotage chauffage sur créneaux d'occupation. Tous les bâtiments sportifs de la ville à 14°C max depuis 2022.
  • Distribution de kits énergie (multiprises, mousseurs, thermomètres), boîte à idées agents, challenge inter-bâtiments, diagnostics participatifs avec ALEC + Cerema.
  • Approche non-culpabilisante : animations conviviales, format jeu. Plusieurs dizaines d'agents mobilisés aux événements.

Article Cube.Ville

 

Focus : Retour d’expérience de la ville de Colombes

La ville de Colombes, qui a obtenu le prix coup de cœur du jury, a mené des actions originales, comme la conception d’une pièce de théâtre retraçant l’implication dans le challenge, présentée au théâtre de la ville, la réalisation d’ un diagnostic participatif au sein d’un foyer de seniors ou la diffusion d’un livret pour les ambassadeurs des économies d’énergie qui présente les actions à réaliser tout au long de l’année. Malgré différents obstacles, le pilotage de la démarche a permis d’installer une culture sur les enjeux énergétiques dans les bâtiments, et in d’initier une dynamique qui se veut durable pour aller vers davantage de sobriété énergétique.

Emelin Allard, en charge du pilotage de la démarche à la mairie de Colombes, a accepté de répondre au Cerema sur les actions mises en œuvre, des difficultés rencontrées, et l’impact du challenge sur les pratiques.

 

Quand vous avez pris le pilotage de la démarche Cube Ville, quelle était votre approche des leviers d'action par les bâtiments dans le cadre dans la transition écologique? 

Avant d’arriver à Colombes, je travaillais sur la rénovation énergétique des bâtiments au ministère du Logement. Afin d’engager le parc de bâtiments (logements et tertiaire) sur la bonne trajectoire de rénovation, nous avions à notre disposition des outils de financement et de réglementation en faveur de la rénovation énergétique. L’accent était clairement mis sur la notion d’efficacité énergétique (obtenir le même niveau de confort en utilisant moins d’énergie). 

L’idée, encore aujourd’hui très répandue, est qu’il suffit de réaliser des travaux d’isolation pour réduire ses consommations d’énergie. D’autant plus que les diagnostics avant travaux indiquent toujours de très forts gains (jusqu’à -90% parfois !). Le problème, c’est qu’en pratique une rénovation n’atteint pas ses objectifs initiaux -ou très rarement. En venant en collectivité, j’ai pu comprendre plus précisément pourquoi les objectifs n’étaient pas atteints : 

  • Aussi performants soient-ils, les systèmes techniques sont souvent mal utilisés et parfois peu pratiques à faire fonctionner au quotidien ; 
  • Les usages du bâtiment s’adaptent après une rénovation (selon le fameux effet rebond). 

Ces deux effets -sans compter d’éventuelles malfaçons- suffisent à expliquer un très fort écart entre la réduction de consommation attendue après travaux, et celle que l’on constate réellement. 

Visite des coulisses du théâtre de Colombes / Cerema

 

Cube Ville est l’occasion de travailler sur des leviers concrets afin d’économiser de l’énergie sans avoir à réaliser de travaux lourds. La démarche va donc un peu à l’inverse de ce qui est désormais inscrit dans les mentalités à savoir la priorité donnée à la rénovation. 

La sobriété énergétique, elle, vise en effet à apprendre comment utiliser moins d’énergie grâce à un changement de pratiques. Elle ne repose donc pas sur une approche "technosolutionniste", bien que paradoxalement elle nécessite une meilleure compréhension des systèmes énergétiques. 

Les principaux leviers à la disposition des collectivités sont : 

  • La formation et l’évolution des pratiques des gestionnaires techniques du bâtiment ; 

  • La conception de systèmes robustes, faciles à gérer pour éviter les situations absurdes (chauffage que l’on ne peut pas baisser,…) ; 

  • La formation des usagers à des pratiques simples pour mieux utiliser le bâtiment (utilisation des stores, réglage des radiateurs,…) ; 

  • La sensibilisation à la nécessité de diminuer nos attentes en termes de confort dans un monde aux ressources -en particulier énergétique- finies. 

Parmi les actions mises en place, il y a une pièce de théâtre qui retrace la démarche cube ville. Comment est venue cette idée, et quels messages avez-vous cherché à faire passer?

L’idée de la pièce est venue des agents engagés dans le concours. Certains de nos ambassadeurs souhaitaient développer quelque chose de plus ludique pour sensibiliser aux économies d’énergie. Ils avaient notamment eu à faire face à un assez fort désintérêt des collègues pour la démarche. Celle-ci apparaissait encore trop technique et éloignée du quotidien des services. 

Pour bâtir la pièce, nous sommes repartis du diagnostic que nous avons fait à la fin de Cube Ville. Nous avons notamment travaillé sur les principaux freins au déploiement des démarches de sobriété. Nous avons ensuite traduit ces principaux freins dans des scènes. 

Ainsi, la scène d’introduction joue par exemple sur la notion de légitimité : qu’est-ce qui justifie qu’un collègue puisse questionner nos manières de travailler dans le seul but d’économiser une grandeur qui apparaît très abstraite – l’énergie ? 

La pièce a aussi été conçue pour laisser la place à l’improvisation. A l’issue des scènes jouées, notre public a été invité à incarner la dimension positive de la sobriété énergétique. 

Parmi les thèmes proposés, nous avions par exemple une discussion entre un agent mécontent de la température dans son bureau et le service chauffage. Les deux rôles sont intéressants parce que cela permet de s’apercevoir que l’on n’a jamais à faire à un système technique isolé, mais à une interaction entre un aspect social et un aspect technique. Faire évoluer cette interaction nécessite d’admettre un peu de complexité, mais est aussi plus simple qu’il n’y paraît : il faut apprendre à faire des compromis !

Cube Ville consiste à lancer une dynamique, c'est un processus de long terme. Mais aujourd'hui, pouvez-vous nous dire quels type d'obstacles vous avez rencontrés, et où en est cette dynamique sur les économies d'énergie dans les bâtiments? 

La sobriété est un peu un combat perpétuel. On le remarque lorsque l’on suit les consommations d’énergie de la période récente. Si les agents ont consenti à une certaine sobriété en 2023-2024, les comportements se sont relâchés ensuite. Dès que la notion d’urgence ou de contrainte extérieure se relâche, on perd énormément de terrain. 

En outre, de nouveaux usages se développent dans un sens qui amène à toujours plus de consommations d’énergie. A titre d’exemple, là où la ventilation du patrimoine communal était traditionnellement naturelle, donc sans utilisation d’énergie, elle tend de plus en plus à mobiliser des systèmes électriques. 

Ainsi, si l’on observe une tendance longue à une moindre consommation d’énergie, cette décrue est terriblement lente. 

A Colombes, nous sommes parvenus à diminuer un peu la durée de la période de chauffe, et à limiter certains phénomènes de surchauffe ou suréclairage. On peut donc dire que nous avons réussi à limiter les consommations d’énergie là où cela n’avait pas d’effet sur le confort des occupants.

Dans le même temps, le relâchement de la sobriété en 2025 a amené à des hausses de consommation notamment sur le chauffage. La diminution totale des consommations a donc été relativement faible -de l’ordre de 1%. Pour parvenir à une diminution significative des consommations, il nous faudra convaincre les services de consentir à baisser leur niveau de confort. 

En outre, il y a un grand effort à faire dans la formation du personnel technique. La dimension écologique reste trop souvent cantonnée aux "écogestes", sans réel prise de recul sur la compréhension fine du fonctionnement du bâtiment. 

Il va donc falloir aider à la montée en compétences de nos ambassadeurs d’économies d’énergie pour qu’ils puissent mieux comprendre leurs bâtiments. 

Nous avons aussi un grand travail de conviction à réaliser auprès de l’encadrement -à tous les niveaux- pour que l’exemplarité managériale soit aussi vécue en termes de sobriété énergétique. 

Lorsque le ministre de l’Economie met un col roulé c’est un message très fort pour les Français. Qu’en serait-il du chef de service qui viendrait à vélo, ou de la directrice qui mettrait un plaid au lieu de réclamer une hausse du chauffage ? 

Sans changements radicaux des pratiques, l’atteinte des objectifs de réduction des consommations d’énergie semble impossible !

 


[1] Calculée selon la méthode IPMVP, neutralisée des variations climatiques.