22 juin 2026
enfants sur le chemin de l'école
Cerema
z

Notre vie est jalonnée d'étapes pouvant modifier nos pratiques de déplacements. La parentalité constitue l’une de ces étapes. En effet, en plus de leurs déplacements réalisés pour leurs propres activités comme aller au travail, les parents doivent souvent assumer en propre tout ou partie des déplacements liés à celles de leurs enfants : école, activités périscolaires ou loisirs, rendez-vous médicaux, etc. 

La base unifiée des EMC² (Enquêtes Mobilité Certifiées Cerema) offre un terrain d’analyse particulièrement riche pour étudier l’influence de la parentalité sur les comportements de mobilité. Elle permet notamment d’examiner dans quelle mesure le fait d’être parent modifie les pratiques de déplacement, les modes de transport utilisés, les distances parcourues, etc. Nous en présentons ici les principaux résultats de cette analyse.

 

Un parent se déplace davantage au quotidien qu’un adulte sans enfant 

Un adulte avec enfant(s) réalise 1,5 déplacements en plus par jour par personne 

Un adulte avec enfant(s) réalise en moyenne 4,7 déplacements par jour contre 3,2 déplacements par jour pour un adulte sans enfant. La présence d’enfants dans le ménage se traduit ainsi par une augmentation de près d’un tiers du nombre de déplacements quotidiens. Cette hausse n’est toutefois pas uniforme selon les situations familiales. 

Même en excluant les personnes immobiles, les adultes avec enfant(s) restent plus mobiles que ceux sans enfant, avec en moyenne 1,17 déplacement supplémentaire par jour. Cet écart s’explique en partie par une proportion d’immobiles plus élevée parmi les adultes sans enfant (16 % contre 6 % chez les parents). La présence plus importante de personnes âgées dans ce groupe peut contribuer à cette différence d’immobilité.

Dans les familles monoparentales concernées, le parent seul réalise en moyenne cinq déplacements par jour. En effet, dans cette configuration, l’ensemble des déplacements liés aux enfants repose sur une seule personne, alors qu’ils peuvent être partagés au sein d’un couple.

L’âge des enfants joue également un rôle important. Les niveaux de mobilité les plus élevés sont observés lorsque le ménage compte au moins un enfant âgé de 5 à 10 ans tandis qu’ils sont les moins élevés lorsque le ménage compte uniquement des enfants de 11 ans et plus. Cette différence peut s’expliquer par l’autonomie croissante acquise par les enfants à partir de cet âge, réduisant ainsi les besoins d’accompagnement parental.

Les parents ayant trois enfants ou plus réalisent en moyenne 20 % de déplacements supplémentaires par rapport à ceux n’ayant qu’un seul enfant, traduisant l’accroissement des contraintes organisationnelles et des besoins de déplacement au sein du ménage.

Les parents à temps partiel réalisent 17 % de déplacements en plus que les parents à temps plein

En combinant activité professionnelle réduite et responsabilités familiales, le temps partiel apparaît ainsi comme un statut offrant une plus grande disponibilité pour la réalisation des déplacements d’accompagnement des enfants à leurs activités. 

Dans quelle mesure être parent détermine la voiture particulière en comparaison à d’autres facteurs explicatifs de la mobilité ?
Une analyse par régression statistique

L’analyse présentée ci-dessus met en évidence un usage plus fréquent de la voiture particulière chez les parents. Toutefois, cette observation demeure-t-elle valable toutes choses égales par ailleurs ? D’autres caractéristiques susceptibles de différencier les adultes avec enfant(s) des adultes sans enfant pourraient-elles également expliquer cet écart ? Par exemple, les adultes avec enfant(s) disposent-ils plus souvent du permis de conduire, ont davantage accès à un véhicule ou résident plus fréquemment dans des espaces de densité intermédiaire ?

Afin de répondre à cette question, une régression logistique binaire a été réalisé pour quantifier l’impact de toutes les variables potentielles explicatives de l’usage de la voiture. L’analyse de régression porte uniquement sur les personnes titulaires du permis de conduire vivant dans un ménage disposant d’au moins un véhicule. Elle se limite également à la population active (en emploi ou en recherche d’emploi), afin d’exclure les retraités et les étudiants dont les pratiques de mobilité présentent des caractéristiques spécifiques.

Les résultats de l’analyse statistique confirment que la parentalité exerce un effet spécifique sur l’usage de la voiture : 

D’une part, toutes choses égales par ailleurs, un adulte avec enfant(s) a 45% de chance de plus d’utiliser sa voiture en tant que conducteur qu’un adulte sans enfant. Le statut parental apparaît ainsi comme le troisième facteur explicatif de l’usage de la voiture conducteur, après le fait d’avoir une activité professionnelle et la densité du lieu de résidence.

D’autre part, au sein des parents, les personnes vivant seules avec enfant(s) (ou familles monoparentales) ont 48% de chance de plus d’utiliser la voiture en tant que conducteur qu’un parent vivant en couple, là encore derrière les variables liées à l’activité professionnelle et à la densité du lieu de résidence. Cet écart peut s’expliquer par l’absence de partage des tâches et des déplacements liés aux enfants au sein du ménage, qui conduit le parent seul à assurer l’ensemble des trajets d’accompagnement et des activités du quotidien.

Quels enseignements pour les collectivités ?

Ces résultats invitent les collectivités à renforcer la prise en compte des contraintes parentales dans l’élaboration de leurs politiques de mobilité pour favoriser des mobilités plus soutenables, inclusives et adaptées aux réalités de la vie familiale. Plusieurs pistes peuvent être mobilisées par les collectivités : le développement de dispositifs de mobilité scolaire dite partagée (pédibus, vélobus), l’amélioration des infrastructures piétonnes et cyclables aux abords des écoles, le renforcement des plans de mobilité scolaire ou encore une meilleure adéquation de l’offre de transports collectifs aux rythmes de vie des familles notamment pour les activités périscolaires notamment dans les zones urbaines et péri-urbaines. 

En outre, ces résultats soulignent également l’importance d’une approche intégrée associant mobilité, aménagement du territoire et accès aux services de proximité afin de réduire les distances contraintes et ainsi limiter la dépendance à la voiture.

 

Contact

Direction territoriale du Cerema Centre-Est – Département Mobilités :