24 février 2026
Enrobé phonique
Cerema
Comment réduire efficacement le bruit lié à la circulation routière ? Peut-on agir directement à la source, sans modifier le trafic ni construire d’écrans acoustiques ?
Dans le cadre de son Plan de Prévention du Bruit dans l’Environnement (PPBE), le Département des Pyrénées-Atlantiques (64) a mis en œuvre des enrobés phoniques sur plusieurs axes structurants.

Au-delà de 50 km/h, le bruit de roulement — interaction entre le pneumatique et la chaussée — devient prépondérant par rapport au bruit moteur. La texture et la porosité du revêtement influencent directement le niveau sonore émis par les véhicules. Un enrobé phonique permet de réduire le bruit à la source, sans modifier les flux de circulation.

 

Évaluation acoustique par modélisation et mesures de terrain

Secteur étudié sur la RD834 à Sauvagnon (64).

Le Cerema a été missionné par le département pour :

  • Évaluer l’impact acoustique de ces revêtements,
  • Comparer les performances d’un enrobé phonique (R1) à un enrobé classique ancien (R2),
  • Analyser leur évolution dans le temps.

L'étude portait sur 4 secteurs pour lesquels une modélisation acoustique complète a été réalisée : RD834 à Sauvagnon, RD817 à Soumoulou, RD810 à Bayonne et viaduc de la Négresse à Biarritz. Ce modèle numérique réalisé par le Cerema avec le logiciel MithraSIG (construction du modèle 3D, intégration des données de trafic, paramétrage, recalage à partir des mesures de terrain et analyses comparatives), intègre :

  • Le relief (RGE ALTI® 1 m),
  • Les bâtiments (BD TOPO®),
  • Les données de trafic Open Data du CD64 (TMJA, % poids lourds, vitesses),
  • Les méthodes réglementaires de calcul NMPB08 et CNOSSOS-EU,
  • Un recalage à partir des mesures de bruit réalisées sur site.

Les campagnes de mesures ont été conduites conformément à la norme NF EN ISO 11819-1 (méthode statistique au passage), avec un positionnement du microphone à 7,50 m de la voie et 1,20 m de hauteur.

Les résultats des mesures ont confirmé que les enrobés étudiés présentaient des caractéristiques correspondant à la classe R1 (enrobé phonique et inférieur à 2 ans d’âge).

 

Modélisation acoustique

 

Les résultats

La comparaison entre :

  • L’enrobé avant remplacement de type classique R2 et supérieur à 10 ans d’âge,
  • L’enrobé après remplacement de type phonique R1 et inférieur à 2 ans d’âge.

Cette comparaison met en évidence un gain acoustique moyen significatif. Ces valeurs sont cohérentes entre les méthodes de calcul et les mesures de terrain.

 

Gain acoustique moyen apporté par les enrobés phoniques R1 (méthode NMPB08 & CNOSSOS-EU(France)).
SecteurVitesse réglementaire (km/h)Gain avecNMPB08 (dB(A))Gain avec CNOSSOS_EU (dB(A))
Sauvagnon

80

5,3

4,4

Soumoulou

50

4,8

4,0

Bayonne

50

4,8

3,8

Biarritz

70

4,9

3,6

−5 dB(A), qu’est-ce que cela signifie ?

Une diminution de 5 dB(A) représente une réduction significative du bruit perçu.

Sur le plan énergétique, cela correspond à une division par environ 3 de l’énergie sonore émise par la circulation.

Concrètement, un gain de 5 dB(A) est du même ordre de grandeur que celui obtenu par une réduction très importante du trafic sur un axe, de l’ordre de deux tiers, par exemple via un report partiel de circulation sur un itinéraire alternatif.

Les enrobés phoniques permettent ainsi d’atteindre des bénéfices comparables à ceux d’aménagements plus lourds, avec des effets positifs à la fois économiques (coûts d’infrastructure évités), sociaux (réduction des nuisances sonores) et environnementaux, en cohérence avec la logique « Éviter – Réduire – Compenser ».

Quels impacts ?

Sur les Points Noirs du Bruit :

Campagne de mesures acoustiques du Cerema

Avant la mise en œuvre des enrobés phoniques, plusieurs bâtiments dépassaient le seuil réglementaire de 70 dB(A) en période diurne.

Avec le revêtement R1 :

  • Le nombre de bâtiments au-dessus du seuil diminue significativement,
  • Certains secteurs passent sous le seuil réglementaire,
  • Quelques bâtiments restent exposés et peuvent nécessiter des mesures complémentaires (isolation de façade, écrans acoustiques…).

 

Dans le temps :

De nouvelles mesures réalisées en 2024 ont permis de suivre l’évolution des performances acoustiques des enrobés. Les résultats montrent :

  • Un maintien global des performances proches de la classe R1, avec un niveau acoustique toujours significativement inférieur à celui d’un enrobé classique de type R2 de même âge ou même plus jeune ;
  • Une légère évolution liée au vieillissement naturel du revêtement et au colmatage progressif tout en gardant de meilleures performances qu’un revêtement R2 même récent ;
  • L’intérêt d’un suivi régulier pour évaluer la nécessité ou non d’un entretien de l’enrobé et garantir la pérennité des gains acoustiques dans le temps.
Quels enseignements ?
  • Les enrobés phoniques constituent une solution efficace de réduction du bruit à la source.
  • Le gain acoustique observé est de l’ordre de 5 dB(A), niveau significatif et perceptible. 
  • Le nombre de bâtiments dépassant les seuils réglementaires diminue sensiblement.
  • Le suivi dans le temps est essentiel pour maintenir ces performances.

Qu'est-ce qu'un enrobé phonique ?

Les performances acoustiques des enrobés phoniques reposent principalement sur la texture de surface et la porosité du revêtement, qui permettent :

  • l’absorption d’une partie de l’énergie acoustique ;
  • la réduction des vibrations liées à l’interaction pneu/chaussée ;
  • la diminution des phénomènes de "pompage" de l’air dans les aspérités.

En effet, l’onde sonore ne rebondit pas sur une surface lisse et dure : elle pénètre dans les cavités de l’enrobé, où elle est partiellement piégée et dissipée sous forme de chaleur. De même, lors du passage du pneu, l’air emprisonné dans les sculptures peut s’échapper dans la structure poreuse de la chaussée, ce qui limite le sifflement lié à l’effet de pompage.

Aussi, ces enrobés peuvent être drainants : en période de pluie, ils limitent la formation d’une pellicule d’eau en surface et réduisent ainsi le bruit de projection des pneus sur chaussée mouillée.