18 mai 2026
Eboulement à l'arrière d'une habitation
Cerema
Le Cerema est intervenu en urgence à plusieurs reprises ces derniers mois à la suite de chute de blocs rocheux et de glissements de terrain. L’objectif est de comprendre les causes des phénomènes en cours et de définir les conditions de sécurisation des sites a court, moyen et long terme.

Aggravés par le changement climatique, les éboulements rocheux peuvent avoir un impact important sur la vie des territoires quand des routes sont coupées ou qu’il faut évacuer des habitations. Dans les zones montagneuses, les successions de périodes de gel / dégel et les fortes pluies entraînent des mouvements de terrain et une augmentation des chutes de blocs, et d’une manière générale l’érosion augmente en raison de l’intensification et de l’augmentation des phénomènes météorologiques et climatiques. 

Lorsque ces événements surviennent, le Cerema peut être appelé en urgence pour caractériser le risque, identifier les actions de sécurisation immédiate et sur le long terme, et intervenir pour le suivi des travaux. Plusieurs interventions ont ainsi été réalisées par le Cerema Centre-Est cet hiver.

Parmi ces interventions :

 

Chutes de blocs sur les routes

RN 88 Saint Ferréol d’Auroure :

Eboulement sur la RN88 / Cerema

Un éboulement d’un talus rocheux en bord de route RN 88, d’un volume de 30 à 40 m3, est survenu le 3 février 2026 à 1h du matin sur la RN 88 entre Le Puy-en-Velay et Saint-Etienne. La DIR Massif Central a constaté le basculement progressif d’un bloc rocheux important situé sur un éperon et le risque d’un autre événement. Le Cerema a préconisé comme solution d’urgence la neutralisation de la voie lente et la pose d’une glissière en béton armé avant la voie rapide.

Puis le 20 février 2026, un nouvel éboulement d’environ 20m3 a été contenu par le piège à cailloux formé grâce à la pose de glissière en béton armé , les éléments ayant atteint la voie de circulation étaient limités à de petits blocs de pierre et de la terre. 

Pour traiter le problème à long terme, le Cerema a recommandé de revoir le profilage du talus, moins contraignant que la pose de filets pare-blocs, et la mise en place d’un suivi géologique. Il a participé au suivi de ces travaux de reprofilage du talus, menés sur la partie supérieure sur la brèche et autour afin d’éliminer les aléas potentiels.


En Lozère :

Un éboulement survenu en Lozère sur un talus rocheux en grande partie protégé par des filets pare-blocs le long de la même route RN 88, a entraîné un dépôt limité de 12m² environ sur la chaussée. La DIR Massif-Central est intervenue et a fait appel au Cerema pour évaluer le risque résiduel à court terme. 

L’entretien régulier du fossé est assuré par la DIR, et le Cerema a recommandé un suivi du talus par les personnels de la DIR en charge de cet entretien, par exemple avec l’application Scout, pour observer son évolution à court terme mais aussi de mener une étude pour évaluer le risque de nouvelles chutes de blocs et étudier la possibilité d’une intervention pour éliminer les blocs les plus instables de ce talus.

 

Eboulement d’un talus bordant l’autoroute 

A la suite de l’éboulement d’un talus et la présence de blocs sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute A20 (la plupart des matériaux ayant été bloqués par la glissière en béton armé au droit du talus), la DIR Centre Ouest a demandé au Cerema de réaliser une expertise du risque résiduel et de formuler des préconisations pour sécuriser le site.

 

Déterminer la vulnérabilité de son réseau routier aux aléas rocheux

Le Cerema a construit une méthode permettant de caractériser les vulnérabilités du réseau routier aux chutes de blocs, et de prioriser les zones d’intervention en prenant en compte les enjeux de mobilité. Cette méthode a été élaborée dans le cadre d'un partenariat entre le Cerema et le département de l'Aude, pour construire un outil d'aide à la décision  permettant d’identifier et de hiérarchiser de manière objective les parties de son réseau routier les plus vulnérables

https://doc.cerema.fr/Default/doc/SYRACUSE/603153/alea-rocheux-et-mobilite-developpement-d-une-methode-pour-evaluer-le-risque-chute-de-blocs-a-l-echel

 

Chutes de blocs près d’habitations

En janvier 2026, deux blocs de pierre sont tombés à Pont d’Alleyras près d’habitations, entraînant l’évacuation de plusieurs bâtiments situés sous le flanc de colline. La DDT 43 a fait appel au Cerema pour réaliser une expertise d’urgence sur le risque de chute de blocs et faire des recommandations pour sécuriser le site.

Le Cerema a identifié la zone de l’éboulement dans un thalweg (canal d’écoulement de l’eau de pluie), et mis en évidence un risque élevé de nouvelles chutes de blocs à cet endroit, en précisant les différents aléas envisageables.

Avant de réautoriser l’occupation de toutes les habitations, des travaux de purge des thalwegs et amas de roches ont été préconisé.

 

Mouvements de terrain en Corrèze

Glissement de terrain à l'arrière d'une habitation / Cerema

Quatre interventions ont été effectuées en Corrèze en février 2026 après des mouvements de terrain survenus à la suite de fortes pluies, dans la perspective d’une reconnaissance de catastrophe naturelle. Le Cerema a été missionné pour caractériser les phénomènes et identifier leurs causes.

La période précédant les glissements de terrain a connu une forte pluviométrie, les terrains étaient donc saturés d’eau et des phénomènes tels que la rupture d’un muret de soutènement en pierres derrière une habitation, l’effondrement d’un pan de colline (3000 à 5 000 m3), un glissement de terrain proche d’une habitation (plus de 1 000 m3) se sont produits.

Selon les cas, la pluviométrie a pu être particulièrement intense pendant un à trois mois avant l’événement. Le Cerema a constaté qu’il s’agissait d’événements naturels causés par la forte pluie, parfois aggravés par l’action humaine, par exemple parce que le mur de soutènement n’était pas dimensionné correctement vis-à-vis du contexte.

 

Erosion de berges proches d’un bâtiment technique

Le Syndicat des Eaux du Bassin de l’Ardèche (SEBA) a constaté l’érosion de la berge rive gauche de l’Ardèche en amont du poste de relevage d’assainissement du village de Pradons et s’interrogeait sur la pérennité de ce bâtiment : en effet, il est situé près d’une confluence entre un ruisseau et la rivière Ardèche et les crues précédentes ont eu un impact important sur cette zone, notamment la rupture d’une partie du réseau d’assainissement et le déversement d’eaux usées dans l’Ardèche lors d’une crue récente, et l’augmentation de l’érosion de la berge. 

En attendant de déplacer le poste de relevage, le Cerema a été sollicité par la EPTB Ardèche pour réaliser une expertise de la situation et des solutions techniques envisageables pour limiter/ralentir le phénomène d'érosion en cours et permettre au poste de relevage et au réseau associé de ne pas subir d'autres dommages dans l'attente de leur déplacement définitif par le syndicat d'eau potable.

Analyse diachronique du trait de berge sur base de photographies aériennes depuis 1948 / Cerema

Le Cerema a étudié le contexte géologique et hydromorphologique du site, ainsi que l’évolution des débits de l’Ardèche et de l’érosion de la berge. Ce travail a mis en évidence une augmentation des débits ces dernières années et accélération de l’érosion depuis 2014 (3 m par an en moyenne), en particulier depuis 3 ans, ce qui a modifié le profil du cours d’eau. L’analyse diachronique du trait de berge montre également un fort recul depuis 1948.

La visite de terrain a confirmé la sensibilité de la berge à l’érosion, y compris avec un débit normal.

En termes de solutions, le Cerema a proposé des solutions à mettre en œuvre à différentes échéances. L’intérêt de celles qu’avaient déjà envisagé le SEBA et l’EPTB Ardèche, consistant à déplacer des sédiments pour redéfinir le profil du cours d’eau, éventuellement rouvrir un ancien bras de la rivière, consolider la berge face au bâtiment, et ainsi réduire l’érosion, a bien été confirmé par l’analyse du Cerema. A très court terme, le Cerema recommande d’interdire le passage sur la berge et de sécuriser un accès alternatif de secours au poste de relevage.

Le suivi de l’érosion et de ses causes et la mise en place d’un dispositif d’alerte sont aussi préconisés. Des actions complémentaires peuvent être menées, comme la remobilisation/recharge sédimentaire ou l’installation de dispositifs de protection de berge en cas d’exposition directe des enjeux au phénomène d’érosion à très court terme.