23 mars 2020
Voie verte aménagée sur l'ancienne ligne de chemin de fer par la communauté de communes Caux Austreberthe
Communauté de communes Caux Austreberthe
Les trois premières fiches d'une nouvelle série dédiée aux solutions économes pour l'aménagement de la voirie et des espaces publics sont en ligne. A travers ces fiches pratiques, le Cerema présente des opérations d'aménagement, de voie verte, de parking, de parc urbain, pour lesquelles l'économie en termes de coûts et d'utilisation de matières premières était un objectif essentiel.

Les enjeux économiques et environnementaux incitent les collectivités locales à développer des démarches économes dans la conception et la gestion de leurs voirie et espaces publics. Cette série de fiche met en avant des exemples de réalisations économes, en expliquant comment s'est déroulée l'ensemble de la démarche. 

 

Une liaison douce sur une ancienne voie ferrée

Une voie verte réversible

première page de la ficheLa première fiche de cette série porte sur le réemploi d’une ancienne voie ferrée en liaison douce, par la communauté de communes Caux-Austreberthe en Seine-Maritime. Cette voie verte a été mise en service en 2014, dans le cadre de la mise en oeuvre de sa politique en faveur des modes actifs, elle est devenue le principal axe de déplacement doux du territoire.

Le réemploi d’une ancienne voie ferrée traversant le territoire communautaire, et qui dessert le centre des communes traversées, s’est révélé être une solution d’aménagement économe sur les plans à la fois économique et environnemental. En outre, la solution prend en compte les contraintes de réversibilité possible de la ligne ferroviaire. 

Deux conditions ont été fixées pour l'aménagement de ces 6 km de liaison douce:

  • Conserver les éléments existants du patrimoine, en particulier les vestiges d’une ancienne voie ferrée capable de pouvoir être remise en service, ce qui impliquait de conserver les rails en l’état.
  • Respecter la démarche "zéro phyto" incitant à des pratiques de gestion vertueuses sur le plan environnemental.

En termes de dimensions, l'aménagement avait des caractéristiques différentes de celles qui sont préconisées pour créer une voie verte, soit au moins 3 m de largeur. La voie a donc été conçue pour à la fois conserver les rails, et permettre une circulation aisée des piétons et des vélos.

Le coût de total de l’opération s’élève à 275 000 € HT, soit un ratio d’environ 46 000 € HT par kilomètre, et 25.000 euros par an environ pour l'entretien et l'exploitation.

 

Une démarche économe et modulable

La démarche économe mise en oeuvre par la communauté de communes cible essentiellement trois pans de l’opération d’aménagement :

  • La conception d’une liaison douce à des coûts acceptables,
  • La capacité de réversibilité de la ligne ferroviaire,
  • Le réemploi de l’infrastructure existante.

La démarche d'éco-conception a été retenue pour ce projet. De nombreux équipements pré existants ont été conservés, qu'il s'agisse des équipements ferroviaires ou des ouvrages d'art. De petites adaptations aux nouveaux usages ont parfois été nécessaires.

Avant et après l'aménagement de la voie verte

L'exigence de conserver et valoriser l’existant a permis de réaliser des économies importantes: en comparant la solution à celle d’un aménagement neuf, les dépenses d’investissement (hors coûts d’acquisitions foncières) ont été réduites de l’ordre de 50 % (source : Site vélo-route et voie verte du Sud).

Après quatre ans de mise en service, aucun problème majeur n'est apparu, ni au niveau de l'utilisation, ni au niveau de l'entretien, et les habitants se sont rapidement approprié cet aménagement. Cet axe devrait être complété, dans quelques années, par l’aménagement d’autres liaisons douces s’appuyant sur les chemins ruraux.

La fiche présente enfin les enseignements issus de cette démarche d'aménagement "temporaire".

 

Un parking-relais modulable en période estivale à Arcachon

Une solution économe en prix et en foncier

vue du parking en parc relais
Le  parc-relais en été 

La ville d'Arcachon accueille un grand nombre de visiteurs durant la période estivale, passant de 12.000 habitants à plus de 100.000, et souhaitait augmenter l'offre de stationnement en été.

Une solution économe a été trouvée: l'utilisation d'une gare routière scolaire, pour en faire un parking-relais à 2 km du centre-ville lors de la saison touristique, de la deuxième semaine de juillet à l'avant dernière semaine d'août. 

Cela permet aussi de réduire la circulation en ville, où les places de stationnement sont pour la plupart limitées à 2 heures pour 3,20€.

Ce parking se situe près de la voie d'entrée dans le bassin d'Arcachon depuis l'autoroute. Pour transformer la gare routière, les blocs de béton qui maquent les emplacements des bus sont enlevés, et le marquage au sol est refait pour les voitures. 80 places pour les véhicules légers et 3 pour les personnes handicapées sont ainsi aménagées, ce qui permet d'offrir 174 places au total.

 

Un taux de remplissage de 80% en moyenne

affiche du parking relais et de la navetteDeux navettes gratuites accessibles aux personnes handicapées font des allers-retours vers le centre-ville en 5 minutes, et transportent entre 30 et 35.0000 personnes par saison. En 2015 le parking devenu payant (3€ la journée) a été équipé de trois horodateurs.

L'investissement nécessaire pour la première année a été de 50.000€, pour acheter les blocs de béton, puis 44.000€ par an (montage et démontage des blocs pour 4.000€, signalisation horizontale pour 10.000€, circulation des bus pour 30.000€).

Après plusieurs années d'exploitation, la solution a rencontré du succès puisque le taux d'occupation moyen est de 80%, parfois même de 100% certains week-end. En 2018, le nombre de visiteurs ayant utilisé le parking était de 380 personnes en moyenne par jour, ce qui représente 20% du nombre de visiteurs journaliers.

Du côté des recettes, qui augmentent chaque année, elles ont atteint 14.000€ en 2019, ce qui couvre 40% du coût de la navette.

Cette solution a un coût global bien inférieur à ce qu'aurait représenté la construction d'un parking neuf?

 

Reconversion d’un parking en parc urbain à Saint-Étienne

La ville de Saint-Etienne s'est engagée dans une démarche de renouvellement urbain, en transformant en profondeur les usages de ses espaces publics à des coûts maîtrisés. C'est dans ce contexte que le parc François Mitterrand a été aménagé sur un vaste parking, en mettant en oeuvre des solutions innovantes  : production d’un plan-guide, concept d’économie inventive et mise en œuvre d’un stabilisé fertile.

 

Des solutions économes et innovantes

Vue d'une allée du parc françois Mitterrand
Parc François Mitterrand - Crédit: Ville de Saint-Etienne

Les premières opérations d’aménagement de l’espace public ont été réalisées jusqu’en 2018 sous la maîtrise d’œuvre Alexandre Chemetoff & Associés liée à l’EPASE par un accord-cadre de maîtrise d’œuvre urbaine sur une durée de 9 ans. Ce contrat a porté sur l’établissement d’un plan-guide à l’échelle du projet général, sur les études de faisabilité, de programmation et de conception des espaces publics.

Le projet d’aménagement avait pour objectif de transformer en profondeur, sur 13 ha, un espace dédié principalement au stationnement automobile en un vaste parc urbain destiné avant tout aux Stéphanois. il assure plusieurs fonctions :

  • mettre en relation divers équipements publics présents sur le site : parc des expositions, piscine, palais des spectacles, etc. ;
  • offrir un parc naturel pour tous (aires de jeux pour les enfants, de pique-nique…) ;
  • accueillir des manifestations ponctuelles comme la foire annuelle.

L'architecte en charge du projet a inventé le concept d'économie inventive, qui vise à utiliser moins de moyens et de matières premières en réutilisant et valorisant les éléments existants. Pour cela, un diagnostic précis des éléments disponibles a été réalisé. Par exemple, certains matériaux de revêtement (comme l’enrobé du parking) ont ainsi simplement été découpés afin de constituer une trame viaire à destination principale des piétons y compris des personnes à mobilité réduite.

Les aménagements sont ensuite complétés ou modifiés au gré des usages et de leur évolution.

 

Le stabilisé fertile, adapté aux piétons et aux véhicules

Vue des vestiges de l'ancien parking dans les allées
Vestiges de l'ancien parking visibles au niveau des allées

Un matériau innovant a été imaginé pour permettre la circulation des véhicules lors des différentes manifestations qui ont lieu sur le site: le stabilisé fertile. 

Les couches de portance de l’ancien parking ont été préservées pour la stabilité, l'enrobé du parking a été recyclé en sous-couches de fondation, et la couche de surface est composée de matériaux drainant sur 20 cm, recouverts de terre végétale sur 6 cm.

1000 arbres ont été plantés, en fonction de leur résistance au changement climatique et de besoins d'entretien réduits.

L'aménagement du parc a coûté au total 74€/m², alors que pour un parc classique le coût à cette époque était autour de 250€/m².

L'aménagement du parc entraîne aussi des bénéfices sur le plan du climat: atténuation de l'îlot de chaleur, réduction de la surface de ruissellement, valorisation de l'eau de pluie qui arrose le stabilisé fertile.