5 février 2020
Saint-Jean de Moirans
Journée technique Une voirie pour tous, organisée par le Cerema Centre-Est et la commune de Saint Jean de Moirans le 13 décembre 2019.
L'objectif de la journée était d'illustrer en quoi les citoyens et leurs pratiques d'usages enrichissent les projets d'aménagement urbain.
Une quarantaine de personnes, élus et techniciens, ont bravé le froid et les grèves de transport en commun pour participer à cette journée technique, organisée pour la première fois sur un format plus participatif.

Conforter le dynamisme et l’animation des centres-bourgs, dans les campagnes et dans les zones périurbaines, est l’un des objectifs des programmes de revitalisation des centres-bourgs et "Action Coeur de Ville" portés par l’État. Localement, cela se traduit souvent par des projets de réaménagement de centre-bourg et de requalification des espaces publics.

Ces espaces publics sont des lieux de vie et de rencontre, jouant un rôle d’interface important entre les différents usages : logement, commerces, déplacements (tous modes), tourisme… Conscientes de ces enjeux, les populations se mobilisent de plus en plus autour de ces projets, afin d’obtenir des espaces plus adaptés aux usages locaux. Ainsi émergent des attentes sur la convivialité, la sécurité, une meilleure accessibilité, le développement des modes actifs, le stationnement, etc.

La prise en compte de tous ces aspects n’est pas toujours évidente et des choix sont souvent nécessaires. Pour y arriver, les démarches participatives peuvent être intéressantes, car elles permettent une meilleure prise en compte des attentes des citoyens, complètent l’approche technique et peuvent éclairer les élus sur les décisions à prendre.

Après quelques mots de bienvenue de Madame Béthune, maire de Saint Jean de Moirans, Julie Tissot, directrice du département Construction Aménagement projets du Cerema Centre-Est a introduit la journée, tournée vers l’interaction nécessaire des citoyens avec les projets portés par les collectivités, que ce soit lors de la construction des projets, lors de leur réalisation ou bien de la vie des espaces publics aménagés.

Ceci est d’autant plus vrai dans les petites collectivités où des projets « traditionnels » comme la réfection de réseaux peuvent entraîner des réflexions plus globales sur l’aménagement des espaces publics en lien avec la revitalisation des centres-bourgs.

De nombreux programmes territorialisés portés par l’État tels que ≪ Programme Revitalisation des centres bourgs ≫,≪ Action Coeur de Ville ≫, ≪ Petites Villes de Demain ≫ et des démarches de labellisation comme EcoQuartiers permettent aux collectivités de repenser leur centre-bourg.

 

Des centres-bourgs pour tous et avec tous

Plusieurs présentations et témoignages sont proposés aux participants pour illustrer en quoi la participation citoyenne et la prise en compte de l’ensemble des usages et usagers a permis de construire des projets plus qualitatifs.

 

Aménager des espaces publics qualitatifs : un levier pour revitaliser les centres-bourgs

Guide technique

Anne Vial, Marion Ailloud et Patrice Champon du Cerema ont rappelé en quoi un aménagement qualitatif des espaces publics pouvait participer à la revitalisation des centres-bourgs.

Les petites collectivités sont souvent victimes de perte de population et d’activités. Il convient de mettre en place une stratégie territoriale prenant en compte les éléments déclencheurs à la démarche, les enjeux du territoire, les expertises et les outils pour traiter ces problèmes.

Les problématiques liées aux espaces publics sont souvent des déclencheurs (stationnement, conflits d’usage) et sont une opportunité d’agir pour faire de l’espace public un lieu de vie et de partage.

Ils concentrent de nombreux enjeux sociétaux : laccessibilité, la sécurité, le cadre de vie, les déplacements et plus généralement l’attractivité de la commune.

Le Cerema apporte un soutien technique et méthodologique sur ces sujets, notamment par la publication de documents de recueils d’expériences.

 

Guide techniqueQuatre composantes sont importantes à intégrer lors des réflexions :

  • Valoriser l’identité d’un territoire
  • Offrir un cadre de vie agréable
  • Imaginer des espaces publics bien organisés et polyvalents
  • Proposer des espaces sobres et écologiques

Ces espaces publics deviennent des lieux où l’on a envie de s’arrêter, de découvrir les commerces et les équipements, où les piétons, quelle que soit leur diversité, ont toute leur place.

Les personnes à mobilité réduite sont révélatrices des gênes

rencontrées par tous : mettre en accessibilité, c’est aménager pour tous !

La cohabitation des usages et des usagers est facilitée lorsque les principes suivants sont adoptés :

  • Hiérarchiser la voirie : aménager selon la fonction de chaque rue

  • Modérer la vitesse : un préalable à la cohabitation en sécurité

  • Passer de la route à la rue

  • Cohabiter dans l’espace public : utiliser les outils d’apaisement des vitesses (zones 30, zones de rencontre, aires piétonnes)

 

Revitalisation commerciale des centres-bourgs et espaces publics : des méthodes coopératives

Thibault Berlingen, urbaniste à l’Association Villages Vivants, relate l’expérience menée par la ville de Joyeuse, 1700 habitants ,en Ardèche.

Logo de villages vivants

Villages vivants est une foncière rurale et solidaire qui a fait le constat que la vacance commerciale dans les centres-bourgs genère un sentiment d’abandon mais aussi de grandes opportunités de réutilisation des espaces commerciaux vides.

L’association achète et rénove des locaux pour installer des activités favorisant les rencontres entre habitants.

La démarche proposée à la ville de Joyeuse par l’association est la suivante :

  • associer le diagnostic à l’enquête en impliquant tous les acteurs du centre-ville

  • réaliser un diagnostic qualitatif pour comprendre les dessous de la dévitalisation

  • démarrer un projet partagé en croisant les éléments objectifs (analyse urbaine) et subjectifs (démarche collective pour confronter les usages au diagnostic) en amorçant une dynamique collective

La ville de Joyeuse possède une rue dédiée à l’artisanat, mais déconnectée de la vie locale. La démarche a consisté à faire travailler les habitants sur les connexions et faire émerger les solutions simples.

 

Ville de Joyeuse

Cette démarche permet à la collectivité de co-construire sa stratégie de centre-bourg : faire participer le public ne coûte pas plus cher, permet d’économiser sur les investissements car ceux-ci sont adaptés aux besoins. Les collectivités peuvent cibler des co-financements auprès de la banque des territoires, de l’appel à projets centres-bourgs du programme petites villes de demain.

Ces projets co-construits sont de fait appropriés par les habitants et commerçants et permettent d’amorcer une dynamique plus générale :

  • apporter une vision désirable aux investisseurs et entrepreneurs

  • mobiliser autour d’un lieu symbole

  • créer les conditions de l’émergence de projet au niveau local

  • associer les différentes politiques publiques et parties prenantes

 

Offrir des espaces publics accessibles à tous et polyvalents : exemple de La Verpillière

La VerpilliereLa Verpillière, commune iséroise de plus de 6700 habitants, a été primée par la Délégation Ministérielle à l’Accessibilité pour la qualité du réaménagement de ses espaces publics.

Elle a engagé la réflexion en 2010 sur ce qui devait être, initialement, des travaux d’enfouissement de réseaux. Cependant, le constat d’un centre étouffant sous la pression de l’automobile et la volonté des élus de redonner vie au coeur de village en créant une nouvelle dynamique a permis d’enrichir la réflexion et de donner plus d’ambitions aux études.

Le projet est passé d’une voie semi-piétonne à une large zone de rencontre.

Pendant toute la durée des travaux, un plan de communication a été élaboré et géré par une personne à plein temps.

Les objectifs étaient d’anticiper et d’atténuer les conséquences des travaux, recueillir les avis et remarques des personnes directement impactées par les travaux, faciliter les échanges entre les parties, accompagner le changement et promouvoir le projet.

Les vecteurs de communication ont été nombreux et actualisés autant que de besoin.

Logo La VerpilliereCe projet d’aménagement d’espaces publics a été accompagné d’une opération Fisac pour soutenir les commerces de proximité, ainsi que d’une opération de rénovation des devantures et de ravalement de façades.

Les travaux se sont terminés en 2013.

Monsieur Oddoux, représentant de la ville de La Verpillière, note que les habitants se sont réappropriés les espaces réaménagés, les enfants transformant les anciennes rues en espaces de jeu. La plupart des commerces locaux se sont maintenus et profitent maintenant d’abords agréables et accessibles pour tous les clients.

 

Évaluer les espaces publics avec les habitants pour mieux réaménager

Lors du travail de réaménagement du quartier des Iles de Mars/Olympiades, la ville du Pont de Claix a mis en place une démarche de concertation très poussée. Marie-Christine Baltazard, chargée d’aménagements urbains espaces publics, relate l’expérience menée par la ville lors de ces travaux de transformation du quartier. L’objectif est de recomposer des espaces publics et de créer de nouveaux maillages piétons entre les quartiers. Une première tranche de travaux a eu lieu en 2012 et 2013.

Pour la deuxième tranche de travaux, la ville a souhaité impliquer plus fortement les habitants à la construction du projet urbain. La ville s’est tournée vers le CAUE pour bénéficier de son regard technique, son expertise sur l’aménagement mais aussi pour un appui pour favoriser la participation.

Isabelle Berruyer et Rachel Antoine du CAUE de l’Isère présentent la méthode développée par le CAUE pour permettre au public de qualifier les aménagements/projets selon des thématiques identifiées. Il s’agit d’un radar dont les critères ont été préparés avec les participants à des ateliers et aux souhaits des habitants.

Radar du CAUE
Radar - CAUE

Une première étape de diagnostic partagé des espaces (visites, maquettes, utilisation des radars) avec les usagers a permis de proposer deux scénarios détaillés et un programme d’intentions partagées avec la collectivité

Une seconde concertation a été organisée pour l’élaboration du projet : la conception est confiée à un bureau d’études qui participe à la concertation et s’appuie sur le programme d’intentions partagées.

 

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La ville du pont de Claix a un retour très positif sur la méthode d’élaboration de ce projet pour lequel des solutions d’aménagement ont pu être adaptées pour répondre aux besoins des habitants.

 

Comment mobiliser l’expertise d’usage

La seconde séquence de cette journée technique portait sur les méthodes d’association du public et proposait aux participants une initiation à différents méthodes d’intelligence collective sous forme d’ateliers. Une première dans les journées techniques organisées par le Cerema Centre-Est !

En introduction, Madame Béthune, maire de Saint Jean de Moirans, a fait part de sa satisfaction sur les premiers résultats de l’étude réalisée par le Cerema sur les déplacements au sein de la commune et menée en grande association avec les habitants. Patrice Champon du Cerema a détaillé les méthodes utilisées pour recueillir l’expertise d’usage  (c’est à dire la connaissance fine, le vécu qu’ont les usagers et les riverains, du fonctionnement de la commune) : démarche participative associant micro-trottoir, consultation du conseil municipal des enfants, diagnostic en marchant, ateliers participatifs en salle, cahier de doléances, ….

 

AteliersConseil municipal des enfants

 

 

 

 

 

 

 

 

Le diagnostic technique a pu être enrichi par les remarques recueillies (environ 180 observations recensées lors du diagnostic en marchant et des ateliers participatifs ) pendant toute la phase de participation.

Les participants sont invités à rejoindre un des quatre ateliers animés par des experts du Cerema, chacun ayant en fil conducteur une thématique particulière : l’accessibilité, les commerces, le patrimoine, la sécurité et la vitesse. L’objectif est de découvrir, détailler et tester quelques méthodes permettant d’associer du public en ayant conscience des précautions à prendre pour le faire et de bien mettre la méthode en regard avec les objectifs que l’on souhaite atteindre. Un diagnostic en marchant a pû être testé dans chaque atelier. Puis les méthodes suivantes ont été présentées et testées rapidement : brise-glace, débat mouvant, vide-grenier, méthode des chapeaux de Bono, micro-trottoirs (mise en perspectives des vitesses réelles mesurées et des Verbatims des ressentis des riverains interrogés sur ce sujet). Autant de méthodes à approfondir et à choisir en fonction de ses objectifs et son projet !

Ateliers participatifs

 

 

Parcours diagnostic en marchantProgramme des ateliers