Filière Chanvre & Construction Biosourcée
La filière chanvre, portée par une riche actualité, de nouvelles règles professionnelles, une offre de formation adaptée et des innovations techniques, a présenté cet hiver, à Paris comme en Régions son activité au cours de plusieurs congrès. Son développement territorial (Meuse, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine) illustre son potentiel économique et environnemental, avec des perspectives encourageantes en neuf comme en rénovation. La préfabrication, la maîtrise des performances hygrothermiques, et l’assurance des ouvrages contribuent à sa montée en maturité et à son intégration dans les pratiques courantes du bâtiment.
1. Congrès National InterChanvre (Janvier 2026, Paris) - un matériau aux multiples usages
Lors de ce congrès la construction en chanvre a occupé une place centrale parmi les nombreux usages de cette plante polyvalente. Si le chanvre trouve aussi des applications en design, textile, alimentation ou plasturgie, c’est le béton de chanvre qui a particulièrement retenu l’attention. Qu’il soit projeté ou préfabriqué, ce matériau biosourcé connaît un essor notable, complété par des produits comme la laine de chanvre isolante et les enduits à base de chaux-chanvre.
- Des règles professionnelles renforcées pour construire en chanvre en toute sécurité
La publication en juillet 2024 de la 3e version des Règles Professionnelles a marqué un tournant pour la construction en béton de chanvre. Ces règles étendent désormais son usage à tous les établissements recevant du public (ERP) et au logement collectif jusqu’à 8 étages, avec une hauteur maximale de 28 mètres. Par ailleurs, elles imposent une formation spécifique aux professionnels, assurant ainsi la qualité et la pérennité des ouvrages réalisés en chanvre.
- Formation Pro-Chanvre
La formation Pro-Chanvre, conçue par l’association Construire en Chanvre s’adapte continuellement aux évolutions techniques et réglementaires. Avec plus de 2 750 professionnels formés en trois décennies, elle s’adresse aussi bien aux maîtres d’œuvre, maîtres d’ouvrage, bureaux d’études qu’aux applicateurs, avec un cursus modulable allant des bases du chanvre à la supervision complète des chantiers. En 2025, 128 stagiaires ont bénéficié des sessions proposées, et la tendance est à la hausse, notamment autour de Paris.
- Performances techniques et hygrothermiques du béton de chanvre
Le Centre de Ressources Technologiques FRD-CODEM mène des études approfondies sur le comportement hygrothermique du béton de chanvre, afin de mieux modéliser ses performances dans les bâtiments. Ces recherches visent à intégrer précisément ces propriétés dans les calculs réglementaires, valorisant ainsi ses atouts réels, notamment sa capacité à limiter la propagation de la chaleur grâce à une diffusivité thermique très faible.
- La préfabrication : accélérer et sécuriser la construction
La préfabrication hors-site de blocs ou murs en béton de chanvre combiné à une ossature bois permet d’accélérer les délais de construction, d’améliorer les conditions de travail et de stabiliser l’emploi dans le secteur. Depuis 2021, l’usine Wall’up Préfa produit des panneaux préfabriqués à grande échelle, avec une capacité qui devrait atteindre 70 000 m² par an. Cette méthode réduit aussi les aléas liés aux conditions climatiques, tout en offrant un impact carbone très faible, avec l’ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2028.
- Isolation thermique par l’extérieur : un défi pour le béton de chanvre
La laine de chanvre est aujourd’hui un isolant reconnu et largement utilisé, notamment sous forme de panneaux semi-rigides pour murs, toitures et planchers. Plus récente, l’isolation thermique par l’extérieur (ITE) en béton de chanvre fait encore l’objet d’études et d’essais pour valider sa durabilité, son comportement face aux intempéries et sa sécurité incendie. Le projet Ne-c-c’ITE, qui se déroulera jusqu’en 2028, vise à démontrer scientifiquement la robustesse de cette solution, particulièrement intéressante pour la rénovation énergétique des bâtiments existants.
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| ![]() "Le chanvre, une filière d’avenir" |

2. Développement Territorial et Filières Locales
Meuse (préparation usine Juniville 2027)
La Chambre d’Agriculture de la Meuse, en collaboration avec La Chanvrière, a organisé une réunion d’information en janvier 2026 à Bar-le-Duc. Près de 70 agriculteurs et étudiants ont pu échanger sur les opportunités offertes par la culture du chanvre, notamment en vue de l’approvisionnement de la future usine de Juniville (Ardennes) prévue pour 2027. Cette usine s’annonce comme un moteur économique local, créant des emplois et dynamisant l’activité agricole.
Bretagne (Roche aux Fées Communauté)
Depuis 2023, Roche aux Fées Communauté, en lien avec le Contrat de coopération métropolitain, mène une étude d’opportunité et de faisabilité pour structurer une filière chanvre locale. Réalisée par la Chambre d’agriculture de Bretagne et l’entreprise Karibati, cette étude a pour objectif d’évaluer les conditions agronomiques, techniques, économiques et organisationnelles nécessaires à un développement durable et créateur de valeur. Lors d’un séminaire en novembre 2025, une soixantaine d’acteurs locaux (élus, agriculteurs, artisans, experts) ont débattu des résultats, mettant en avant la disponibilité foncière, l’intérêt des agriculteurs et la dynamique des marchés régionaux, notamment dans la construction. Les échanges ont souligné l’importance d’une gouvernance partagée, de la sécurisation de la production et du rôle moteur des collectivités. La démarche collective vise à définir un scénario cohérent et réaliste pour la future filière chanvre bretonne.
Centre Val-de-Loire
L'amorçage d'une filière régionale chanvre pour le bâtiment en Centre-Val de Loire repose sur une collaboration étroite entre les services de l'État (DREAL, DREETS, DRAAF), des collectivités territoriales (Bourges Plus, PNR de la Brenne, PNR du Perche) et des porteurs de projets privés tels que Berry Chanvre et Chanvre Aère. Les actions mises en place visent d'abord la maturation technique et économique, incluant la réalisation de tests de culture et de rouissage au champ, des études de marché sur la chènevotte et la fibre, ainsi que des travaux de R&D avec Polytech Orléans pour explorer des débouchés dans la plasturgie ou le textile. Pour structurer l'offre dans le bâtiment, des outils d'aide à la prescription (CCTP) sont élaborés, et des bâtiments démonstrateurs, comme le complexe multisport de Lahitolle à Bourges, sont construits pour valoriser le béton de chanvre. Un volet important concerne également la formation des professionnels avec l'organisation de chantiers-écoles par la CAPEB et l'adaptation des formations initiales sous l'égide de la DRAFPIC. Enfin, pour faciliter la mise en relation des acteurs de la chaîne de valeur, la DREAL pilote la création d'un annuaire des professionnels des matériaux biosourcés, soutenu par des organismes comme Envirobat Centre pour sensibiliser les maîtres d'ouvrage.
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Colloque “Le chanvre dans la construction” (Nouvelle-Aquitaine, Novembre 2025)
Le 24 novembre 2025, plus de 65 professionnels du secteur de la construction se sont réunis à Vouillé (79) pour le premier colloque régional organisé par Chanvre Nouvelle-Aquitaine avec le soutien d’Odéys. Cette rencontre a permis de faire un point d’étape sur le développement du chanvre dans le bâtiment, ses techniques de mise en œuvre, ainsi que sur les enjeux d’assurabilité des projets. Les intervenants ont insisté sur la montée en puissance du chanvre comme matériau biosourcé incontournable pour la transition écologique et la décarbonation du secteur. Un focus a été fait sur la projection terre/chanvre, technique non encore reconnue mais prometteuse, ainsi que sur l’importance de la formation Pro-Chanvre pour sécuriser les chantiers. Les tables rondes dédiées à la réglementation et à l’assurance ont apporté des réponses claires, confirmant que le respect des règles professionnelles garantit l’assurabilité des ouvrages en chanvre. Ce colloque a mis en lumière le dynamisme régional et la maturité croissante de la filière.
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3. Zoom sur le bloc de Chanvre
Ingénieurs et architectes s'intéressent cet hiver aux blocs de chanvre qui se déclinent principalement en deux types techniques : les blocs à emboîtement, comme les BIOSYS®, et les blocs à maçonner, tels que les MULTICHANVRE®.
- Les blocs à emboîtement s’assemblent sans colle ni mortier grâce à un système de rainure et languette, ce qui permet une pose rapide, propre et sèche. Ils peuvent être utilisés comme murs porteurs lorsqu’ils sont associés à une structure poteau-poutre en béton armé coulée dans des réservations intégrées aux blocs. Leur grande taille (environ 30,8 cm par 60 cm) réduit le nombre de blocs à poser par mètre carré, accélérant ainsi la construction.
- En revanche, les blocs à maçonner nécessitent un mortier spécifique, souvent à base de ciment naturel prompt, pour être assemblés à joints croisés. Ces blocs ne sont pas porteurs et servent principalement d’isolant ou de doublage sur des murs porteurs existants ou des ossatures. Ils requièrent une fixation régulière au mur support et conviennent particulièrement bien aux rénovations, aux murs irréguliers et aux constructions bioclimatiques grâce à leur grande perméabilité à la vapeur d’eau.
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4. La Filière Chanvre en France : Quelques chiffres clés
- 1er producteur européen, 2e mondial derrière Chine.
- 1 850 agriculteurs, 24 635 ha cultivés (46% des surfaces européennes).
- Triplement des surfaces en 10 ans.
- 7 chanvrières industrielles ont investi 200 M€ pour doubler capacité de transformation d’ici 2030.
- 4 nouvelles chanvrières en projet.
Bativertcoop Seine : Développer une filière biosourcée pour le bâtiment, à partir des "déchets" du monde agricole
Janvier 2026 - Le Cerema se mobilise pour accompagner le développement sur l’axe Seine d’une filière biosourcée, qui utilise des coproduits de l’agriculture, pour fabriquer un isolant pour la construction-rénovation.
Bativertcoop Seine est un projet lancé en 2024, financé par l’ADEME et la Région Normandie, visant à développer une filière biosourcée locale en Vallée de Seine à partir de coproduits agricoles (paille de blé, colza, lin) pour fabriquer des matériaux isolants destinés à la construction. Le projet cherche à structurer la chaîne de valeur, réduire l’empreinte carbone et créer une filière économiquement viable en réunissant agriculteurs, coopératives, industriels et professionnels du bâtiment.
Le Cerema pilote les volets techniques, notamment l’évaluation des performances des matériaux et la validation scientifique des produits. Il coordonne les recherches, réalise l’état des lieux des ressources et des usages, et anime la concertation entre les acteurs pour affiner les choix techniques, réglementaires et organisationnels. Cette démarche vise à faire de la Vallée de Seine un modèle de bioéconomie territoriale appliquée à la construction biosourcée, avec une finalisation prévue en 2027.
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Séances vidéos

- Benoît Sindt - Réalisation participative de briques de terre crue en marché public
Frugalité heureuse et créative, janvier 2026
REX du chantier participatif de 18 000 briques de terre crue réalisé pour le siège intercommunautaire de Moselle et Madon. - Construire en terre crue (avec Amélie Le Paih)
La Case Robinson Éco-construction, janvier 2026
Amélie Le Paih est architecte en Bretagne et spécialiste de la construction en terre. - Les matériaux biosourcés :
Lien vers l'épisode 1 : Maîtriser l'innovation et les bonnes pratiques de chantier
Lien vers l'épisode 2 : Spécificités techniques et entretien / maintenance
Agence Qualité Construction, 2025
Vidéos produites par l'AQC pour le MOOC " Bâtiment : risques techniques et naturels, comprendre et agir" - Saisonnalité des matériaux de construction
bio et géo-sourcés :
Lien vers l'épisode 1 : la Paille
Lien vers l'épisode 2 : le Roseau
ENSA de Lyon, 2025-2026
Vidéos produites dans le cadre du projet amàRéno par Cécile Regnault, professeure et référente scientifique amàRéno ENSAL et Olivia Lockhart, chargée de recherche et coordinatrice amàRéno pour l’ENSAL.





