28 avril 2026
Terrain de sport inondable à La Garde (Toulon)
Terrain de sport inondable à La Garde (Toulon) / Cerema
La métropole Toulon Provence Méditerranée a rejoint le programme du Cerema "Territoires adaptés au climat de demain", pour co-construire une stratégie d’adaptation des espaces publics au changement climatique en prenant en compte les différentes fonctions des espaces publics et en agissant à trois échelles : la rue, l’îlot, le quartier. L’enjeu de cette démarche était aussi de développer une dynamique collective sur l’adaptation associant communes, services métropolitains et partenaires techniques.

A la suite de l’accompagnement du Cerema pour repenser des espaces publics afin de lutter contre la surchauffe urbaine sur des sites précis du territoire, la Métropole Toulon Provence Méditerranée a souhaité se doter d’une stratégie pour agir à l’échelle métropolitaine. Le Cerema a construit une démarche sur un an impliquant les élus, techniciens de la métropole et des communes ainsi que leurs partenaires, depuis le diagnostic jusqu’à la définition d’une stratégie locale d’adaptation des espaces publics au changement climatique.

Le territoire est déjà impacté par le changement climatique : augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur et des pluies intenses, avec des conséquences sur le quotidien des habitants, leur santé, et sur la biodiversité. Les espaces publics du territoire sont un levier d’adaptation important : cet accompagnement a permis de construire une méthode pour développer une approche plus résiliente de l’aménagement de l’espace public.

 

Une expertise transversale pour une réponse globale sur l’adaptation des espaces publics

Le Cerema a monté une équipe pluridisciplinaire en interne, et la démarche a été menée avec les services de la collectivité ainsi que l’agence d’urbanisme Audat.var qui ont associé leurs connaissances. La transversalité de l’équipe projet Cerema a permis des apports très complémentaires. Par exemple :

  • L’expert mobilité a pu identifier des opportunités que les réaménagements offraient en termes d’évolution du plan de circulation voire d’expérimentation de piétonisation de certains secteurs sur une commune, ainsi qu’une approche plus fine du stationnement : plutôt que comptabiliser le nombre total de places, penser aux fonctions différentes que le stationnement remplit : pour faire des courses, pour aller au restaurant, pour les résidents… ce qui peut conduire à des orientations de travail différentes.
  • L’expert biodiversité a permis d’enrichir l’approche des plantations par une expertise sur les essences, une approche sur les 3 strates arborée, arbustive et herbacée, mais aussi sur la perméabilité de la clôture d’un parc à la petite faune ou encore sur la politique d’éclairage nocturne
  • L’experte matériaux a challengé les expérimentations de revêtements perméables de la métropole afin de les documenter davantage (profondeur de pose…) et de faire évoluer les cahiers des charges d’aménagement ou d’entretien, notamment concernant la voirie du quotidien : par exemple, pour un revêtement teinté, demande-t-on que le liant soit teinté ou bien les matériaux car cela n’aura pas la même tenue dans le temps
  • L’experte urbanisme et gestion des eaux pluviales a permis de porter une attention aux connexions des zones projets avec les trames urbaines environnantes, aux chemins de l’eau dans les projets et aux fonctionnements des aménagements par temps sec, par temps de pluie modérée et en cas de forte pluie, ainsi que  sur la multifonctionnalité des ouvrages, mettant en évidence des opportunités qu’un parking en creux devienne une zone de stockage temporaire de l’eau de pluie sans avoir besoin de construire d’ouvrage enterré

 Cette démarche était construite en 4 étapes, rythmées par les 4 séminaires de réflexion collective, et s’appuyait sur des expertises de terrain :

  • Diagnostic des espaces publics de la métropole sous l’angle du changement climatique
  • Appropriation des enjeux et construction d’une vision commune 
  • Capitalisation et retour de terrain sur les bonnes pratiques et recommandations pour agir aux 3 échelles (rue, îlot, quartier)
  • Définition d’une feuille de route pour une stratégie métropolitaine

 

L'enjeu de cette démarche était d'engager un véritable changement de paradigme dans la conception et la fabrique de l'espace public, pour en faire un levier de rafraîchissement, de résilience, et d'amélioration du cadre de vie dans un contexte de changement climatique. 

 

Deux axes forts ont été suivis par le Cerema :

Une gouvernance mobilisée : un CoTech regroupant quatre directions générales adjointes a coordonné l'organisation des séminaires de gouvernance sous forme d'ateliers de travail réunissant 55 à 60 participants, qui ont permis de construire une stratégie.

L'immersion physique et l'expérimentation : des visites de terrain et expertises techniques inter-services ont été menées à Toulon, La Garde et Hyères pour identifier les bonnes pratiques et faciliter l’appropriation des enjeux et solutions.

 

Un diagnostic partagé, première pierre d’une culture collective sur l’adaptation

Le premier séminaire collectif a permis de partager de nombreux constats sur le changement climatique, les vulnérabilités du territoire et les espaces publics. L’accélération du changement climatique et l’augmentation des périodes de forte chaleur (au-dessus de 35°C) ou de forte pluie sont déjà perceptibles. 

Sur la base de ce diagnostic, les participants ont travaillé à la définition d’une intention pour la réussite de ce programme :  la notion d’urgence à adapter les espaces publics a été mise en avant, afin d’apaiser les lieux publics et de permettre le développement de solutions fondées sur la nature pour agir sur la surchauffe urbaine, l’infiltration des eaux pluviales, améliorer le cadre de vie notamment en été. 

L’action doit aussi être pensée sous l’angle de la résilience, en intégrant les besoins actuels et à venir.

 

Une vision à 360° des leviers d’adaptation des espaces publics

A l’issue du diagnostic, et afin de mieux ancrer la réflexion dans la réalité du territoire, le Cerema s’est intéressé aux projets de requalification de centres-villes, de parcs ou d’aménagement de voirie en cours (14 sites au total) en menant des visites de terrain et des réunions de travail avec les équipes projet, afin de recueillir les bonnes pratiques et recommandations pour l’adaptation des espaces publics. 

Différents leviers d’action sur les espaces publics ont été identifiés, permettant de déployer une approche intégrée :

 

 

  • Le partage de l’espace public entre les différents usages, en laissant davantage de place aux modes doux, en développant la végétalisation, en expérimentant avec des aménagements temporaires. Une réflexion sur le stationnement doit être menée dans ce sens.
  • Prendre en compte les sols et les fonctions qu’ils remplissent. Certains sols plus fonctionnels que d’autres ont tout intérêt à être davantage préservés et valorisés.
  • Préserver la ressource en eau en favorisant l’infiltration de l’eau de pluie à la parcelle, et en ralentissant son écoulement.
  • Prendre soin de la végétation existante et la développer avec des espèces résistantes, des continuités écologiques, des linéaires végétalisés, la combinaison de différentes strates végétales.
  • Massifier la présence de nature en pensant aux différentes strates végétales et à la combinaison des espèces entre elles et avec le bâti
  • Envisager la multifonctionnalité des espaces selon les usages, les temporalités saisonnières, hebdomadaires, quotidiennes, par exemple un stationnement perméable, éventuellement inondable, ou des rues ombragées fermées lors de fortes chaleurs pour devenir un refuge de fraicheur.
  • Choisir des matériaux et mobiliers adaptés aux revêtements clairs, perméables, favorisant l’ombrage...
  • Associer les habitants et usagers, pour améliorer les projets et favoriser leur appropriation.
  • Mettre en place une gouvernance et un pilotage dédiés.

Le retour du Cerema :

Céline Bigi, pilote du projet

"Une des principales réussites, c’est la mobilisation transversale : le fait d’avoir pu travailler avec les services techniques qui nous ont ouvert leur projet, en faisant un travail en profondeur avec eux, à partir du terrain. Si je devais donner un conseil à une autre collectivité qui devait se lancer dans ce type de travail, ce serait de partir du terrain, ça c’est vraiment très important, et de la faire à plusieurs, en invitant tous les services, les élus, et si ça s’y prête les habitants également. 

Parce qu’en circulant dans un espace, on voit tout de suite les endroits où on se sent bien, où on se sent moins bien et pourquoi, on fabrique de la vision commune. Alors qu’autour d’une table de réunion, chacun a tendance à porter une politique sectorielle dont il a la charge ou dont il est spécialiste. Sur le terrain, les problèmes, on ne peut pas les ignorer et tout le monde a envie de les régler, il y a plus d’écoute, de consensus, de créativité"

Dans le dossier Le programme Territoires adaptés au climat de demain (+4°C) : Co-construire un diagnostic et une stratégie d’adaptation

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