11 mai 2026
Centre commercial
Cédric Calandraud / Terra
A partir des enquêtes mobilité EMC² réalisées depuis 2021, le Cerema publie les chiffres clés des pratiques de mobilités d'achats des résidents des aires sous influence urbaine. Etat des lieux des pratiques selon les types de commerce et les espaces géographiques.

Les déplacements liés aux achats occupent une place importante dans la mobilité quotidienne et structurent en profondeur les pratiques de déplacements des individus. Qu’il s’agisse de courses du quotidien ou d’achats plus occasionnels, ces trajets reflètent à la fois les modes de vie des habitants et l’organisation commerciale des territoires. 

Dans un contexte de tendance globale à la baisse de la mobilité individuelle (voir "Mobilités du quotidien : tendances et enseignements", Cerema 2025), les pratiques d’achats n’échappent pas à ces dynamiques. Elles varient fortement selon les territoires, entre centres urbains denses et espaces ruraux, mais aussi selon les types de commerces fréquentés. L’analyse de ces déplacements offre ainsi un éclairage précieux sur les équilibres entre proximité commerciale, accessibilité et dépendance à l’automobile.

Les éléments présentés ci-après visent à mieux comprendre ces logiques à l'aide des données des enquêtes de mobilité certifiées Cerema EMC² réalisées depuis 2021.

Les achats représentent 25% des déplacements en semaine, 40% le samedi

Les achats sont au cœur des mobilités du samedi : ce jour-là, 4 déplacements sur 10 des résidents âgés de plus de 15 ans concernent des achats. Bien que moins nombreux en semaine, ils gardent une place importante dans la mobilité un jour moyen de semaine du lundi au vendredi, représentant un quart des déplacements des 15 ans et plus. Mais le poids des achats dans la mobilité en semaine dépend beaucoup de la situation dans l’emploi : alors qu’ils ne représentent que 15% des déplacements des actifs à plein temps un jour moyen du lundi au vendredi, ils sont à l’origine de plus de 4 déplacements sur 10 des retraités. 

 

 

Le dimanche, les achats représentent tout de même un quart des motifs de déplacements, alors que ce jour-là 37% des personnes restent chez elles contre 13% la semaine. 

Sur l’ensemble de la semaine du lundi au dimanche, en moyenne 7 déplacements pour achats sur 10 sont réalisés du lundi au vendredi, 2 sur 10 le samedi et près d’un sur 10 le dimanche. Une proportion importante de déplacements pour achats est donc réalisée en semaine, y compris pour les actifs : 63% de leurs déplacements d’achats sont réalisés en semaine, 27% le samedi et 10% le dimanche.

 

Plus de la moitié des déplacements pour motif achat concernent des petits et moyens commerces

Cette proportion reste stable depuis les années 2010 (cf fiche 2020). Si l’on rajoute les marchés et retraits en drive et point relais, ce sont 6 déplacements sur 10 qui sont à destination des petits commerces. Les déplacements à destination des grands magasins et centres commerciaux représentent 4 déplacements sur 10 en moyenne. Ce sont dans les espaces de densité intermédiaire (centres urbains intermédiaires, ceintures urbaines et petites villes) que la part de ces déplacements vers les grands magasins est la plus importante (plus de 40 %). 

 

 

Le samedi, la part de déplacements à destination des grands magasins baisse légèrement, au profit des déplacements vers les marchés (7%). Du fait de leur ouverture facilitée le dimanche, les déplacements vers les petits et moyens commerces y sont très majoritaires (70% des déplacements d’achats). Ajoutés aux déplacements vers les marchés, ils représentent la très grande majorité des déplacements d’achats le dimanche, les grands magasins ne représentant que 14% des déplacements d’achats ce jour-là. 

 

Nb : La distribution selon le type de commerce observée du "lundi au vendredi" entre les deux graphiques, légèrement différente, s’explique par le panel d’enquêtes différent : seules les enquêtes ayant une option weekend permettent de comparer la mobilité de semaine et du weekend, alors que dans le graphique précédent le panel d’enquêtes inclut toutes les EMC² réalisées entre 2021 et 2024. 

La baisse de la mobilité concerne aussi les achats, surtout dans les territoires ruraux, et plus particulièrement à destination des petits et moyens commerces

En 2025, le Cerema a publié une synthèse des dernières tendances de mobilités issue des EMC² réalisées entre 2021 et 2023, apportant ainsi des premiers éclairages sur l’évolution de la mobilité quotidienne des résidents des territoires sous influence urbaine depuis 2020 (voir "Mobilités du quotidien : tendances et enseignements", Cerema 2025). 

En complétant cette étude par les enquêtes réalisées en 2024 et en ciblant l’étude sur les 15 ans et plus, le constat est confirmé : on observe depuis quelques années une baisse de la mobilité individuelle en semaine, de l’ordre de -10% de déplacements par jour par personne, quel que soit le territoire. En étudiant spécifiquement les déplacements pour motif achat, plusieurs constats complémentaires sont à souligner : 

  • La mobilité individuelle pour les achats (nombre moyen de déplacements par personne pour motif achats) diminue moins fortement (-7%) que la mobilité "tous motifs". Surtout, elle diminue faiblement chez les résidents des grands centres urbains (-3%) et plus fortement pour les résidents des territoires ruraux périurbains (-12%)
  • La mobilité individuelle à destination des grandes surfaces est en forte diminution chez les résidents des grands centres urbains (-10%) alors qu’elle ne diminue pas chez les résidents des territoires ruraux (+1%)
  • La mobilité individuelle à destination des petits et moyens commerces diminue plus fortement (-10%), notamment en raison d’une forte baisse de ces déplacements chez les résidents des territoires de densité intermédiaire et ruraux périurbains (-22%).

 

Davantage de distance parcourue pour atteindre les commerces dans les territoires ruraux

Les résidents des villes centres des grands centres urbains font en moyenne 3,8km pour atteindre une grande surface, 2,2km pour atteindre un petit ou moyen commerce

Quel que soit le type de commerce, les distances augmentent considérablement à mesure que l’on s’éloigne des centres urbains : un résident d’un bourg rural réalise en moyenne 8,5km pour atteindre un grand magasin, 5,6km pour atteindre un petit ou moyen commerce, soit plus du double de la distance parcourue par les résidents des villes centres des grandes agglomérations vers ces mêmes lieux. 

 

 

Un tiers des déplacements pour achat sont réalisés à pied 

La marche représente même : 

  • 44% des déplacements à destination des petits et moyens commerces

  • 63% des déplacements à destination des petits et moyens commerces lorsque ceux-ci se situent dans les communes centres des grands centres urbains

Arnaud Bouissou / TERRA

Dans les territoires ruraux et de densité intermédiaire, plus de 30% des déplacements à destination des petits et moyens commerces sont réalisés à pied, soit 10 points de plus que pour l’ensemble des motifs de déplacements. Les déplacements vers les petits et moyens commerces sont donc davantage réalisés à pied que les autres déplacements, illustrant ainsi l’intérêt de ces commerces pour créer de la proximité, être vecteurs de contacts sociaux et d’activité physique favorable à la santé.

La voiture est utilisée pour ¾ des déplacements à destination des grands magasins, super et hypermarchés, des centres commerciaux et des drives et point-relais. La part modale de la voiture est moindre (50%) lorsque ces commerces se trouvent dans les grands centres urbains, mais elle atteint 90% dès lors que ces types de commerces se situent dans des communes de densité intermédiaire ou rurales. Les déplacements à destination des grandes surfaces sont eux davantage réalisés en voiture que pour l’ensemble des déplacements, avec une part modale de la voiture (conducteur et passager) 10 à 15 points plus élevée que pour l’ensemble des déplacements, quel que soit le territoire.

Enfin, quel que soit le territoire, les transports en commun sont moins utilisés pour les achats (4% des déplacements d’achats sont réalisés en transports en commun) que pour l’ensemble des motifs (6% de l’ensemble des déplacements). Cette faiblesse peut s’expliquer par une offre insuffisante au regard de la durée passée sur place à faire ses achats, aux contraintes du poids des produits achetés ou des distances importantes à parcourir. Une exception notable : les déplacements à destination des centres commerciaux, qui peuvent aussi comprendre des achats de consommation directe de longue durée (restaurant, cinéma…), pour lesquels les transports en communs sont davantage utilisés (11% des déplacements).

 

Les drive et points relais ne représentent que 2% des déplacements d’achat, et ont lieu sur tous les types de territoires

Les enquêtes réalisées depuis 2020 permettent d’éclairer une « nouvelle » pratique : les déplacements pour récupérer des achats en drive et point-relais. Entre 2021 et 2024, sur l’ensemble des EMC², cette pratique ne représente que 2% des déplacements, quel que soit le territoire. 

A noter : l’enquête ne mesurant que les déplacements personnels des résidents, les livraisons à domicile ne sont pas mesurées avec les EMC², ce qui ne permet pas d’évaluer cette pratique.

Wikimedia Commons

Les résidents des territoires couverts par une enquête EMC² entre 2021 et 2024 parcourent en moyenne 6.8km pour atteindre un point-relais. Une distance moyenne qui varie du simple au double selon le territoire de résidence : alors qu’un résident de grand centre urbain parcourt 4.2km en moyenne pour atteindre un point relais, un résident de bourg rural en parcourt 9.8km. Cette distance importante est notamment liée au fait que ces déplacements soient réalisés en fin de journée (30% des déplacements vers les drive et points-relais sont réalisés après 17h, une spécificité de ce type de commerces), donc possiblement plus souvent au retour vers la zone de résidence.

Par ailleurs, dès lors que les points relais se situent hors de la commune centre d’une grande agglomération, les déplacements vers ces commerces sont réalisés très majoritairement en voiture : 90% des déplacements vers un drive ou point relais situé dans un bourg rural sont réalisés en voiture.

Les femmes et les personnes actives à temps plein sont surreprésentées parmi les personnes se déplaçant en semaine pour récupérer des achats en drive et point-relais : 

  • Alors qu’elles représentent 52% de la population, les femmes portent 60% des déplacements à destination des drives et point-relais ; 

  • Les actifs à temps plein représentent eux 44% de la population, 35% des personnes s’étant déplacées pour réaliser des achats en semaine mais 56% des personnes s’étant déplacées en drive ou point-relais.

Surtout, on observe que le recours aux points-relais et drive semble plébiscité par les personnes en couple et avec enfants, dont les programmes d’activités sont les plus contraints : alors qu’ils ne représentent que 38% de la population et seulement 28% des personnes se déplaçant pour des achats en semaine, ils représentent la moitié des déplacements vers les drive et point relais.

 

Périmètre d'étude

Cette base unifiée des EMC² 2021-2024 couvre des territoires plutôt urbains : les grands centres urbains sont surreprésentés (42% des résidents de la base unifiée des EMC² 2021-24) par rapport à la population métropolitaine hors Ile-de-France (27% des résidents) et les territoires ruraux sont sous-représentés. Plusieurs EMC² couvrent un département entier (Bas-Rhin, Gironde, Alpes-Maritimes, Calvados) permettant de disposer tout de même de données sur des territoires ruraux périurbains (sous influence de grande agglomération). 

Afin de pouvoir agréger et comparer les territoires entre eux, les communes de résidence et d’origine et destination des déplacements sont caractérisées par leur densité, dont les définitions et méthode de construction sont à retrouver sur le site de  l’Insee

Les déplacements mesurés par cette base sont ceux d’un jour moyen de semaine du lundi au vendredi. Le champ de cette étude est restreint par ailleurs aux déplacements locaux, c’est-à-dire dans un rayon de 100km maximum autour du domicile.

Pour les chiffres portant sur le weekend, les territoires pris en compte pour les mesures sont réduits à ceux couverts par une option weekend, à savoir uniquement Caen (couvrant tout le département du Calvados), Nice (Alpes-Maritimes), Clermont-Ferrand, Toulon, Chambéry, Reims et Saint-Etienne. 

Ces enquêtes sont cependant moins nombreuses et ne permettent pas d’approfondir les analyses sur les différents types d’achats en semaine : elles permettent surtout d’observer les principales spécificités du weekend.

 

Les différents types de commerces dans l’enquête EMC²

Lors du recueil de l’ensemble des déplacements réalisés la veille, les enquêtés de l’EMC² sont invités à décrire de façon détaillée leurs motifs de déplacements. Notamment, pour les motifs d’achats, 6 motifs sont proposés : 

  • Visite d’un magasin, d’un centre commercial ou d’un marché de plein vent sans effectuer d’achat : il s’agit de visites n’ayant pas donné lieu à des achats          
  • Réaliser plusieurs motifs en centre commercial : il s’agit de déplacements vers un centre commercial (ensemble de magasins spécialisés ou non, couvert ou extérieur) ayant donné lieu à la fréquentation de plusieurs enseignes ou activités au sein du centre commercial (grande surface, restaurant, cinéma, bowling…). 
  • Faire des achats en grand magasin, supermarché, hypermarché et leurs galeries marchandes : déplacements vers des établissements de vente au détail en libre-service de produits alimentaires ou non et dont la surface de vente dépasse 400m²
  • Faire des achats en petit et moyen commerce et "drive in" : déplacements vers des petits commerces artisanaux (boucherie, boulangerie…) et moyens commerces (supérettes, magasins spécialisés de petite taille…), ainsi que « drive-in » (surfaces commerciales où l’achat se fait sans quitter son véhicule, ex fast-food)
  • Faire des achats en marché couvert et de plein vent                        
  • Récupérer des achats faits à distance (Drive, point relais) :  il s’agit de déplacements pour retirer des marchandises préalablement commandées par téléphone ou sur internet dans des surfaces commerciales disposant d’une organisation dédiée à ce mode d’achat