15 juin 2026
Panneau annonçant une zone d'activité à Vitré
Arnaud Bouissou TERRA
Confrontées à la raréfaction du foncier disponible, les collectivités bretonnes cherchent à repenser la restructuration et l’optimisation des zones d’activités. Si l’enjeu est largement partagé, la mise en œuvre reste difficile : engagement politique indispensable, planification complexe, modèle économique peu favorable, concurrence territoriale, faible valorisation du foncier ou encore méconnaissance entre acteurs publics et entreprises freinent le passage à l’action.
Pour dépasser ces obstacles, l’Etablissement Public Foncier Bretagne a engagé en 2024, avec l’appui du Cerema, une démarche expérimentale auprès de quatre EPCI pilotes afin d’identifier des leviers réellement opérationnels pour traduire la sobriété foncière en actions concrètes dans le domaine du foncier économique. Ce dossier présente les enseignements issus de cette expérimentation.

Dans un contexte de raréfaction du foncier économique, les collectivités doivent miser sur d'autres leviers que la vente de terrains pour optimiser le foncier et le développement économique. Retour sur la démarche menée avec l'Etablissement public Foncier (EPF) de Bretagne.

 

Concilier développement économique et sobriété foncière – un défi partagé par les collectivités locales

L’Établissement Public Foncier Bretagne peut intervenir dans le champ du foncier économique de plusieurs façons : en soutenant l’implantation d’activités en centre-ville au sein de tissus déjà bâtis, en accompagnant la reconversion de friches économiques, ou encore en intervenant sur la restructuration et l’optimisation foncière des zones et parcs d’activités. Cependant, malgré l’importance stratégique de ce dernier volet, le passage à l’action demeure complexe. Plusieurs facteurs l’expliquent : le besoin d’un engagement politique fort, la difficulté à planifier le développement économique, un modèle économique défavorable au renouvellement urbain et à la densification, la concurrence entre territoires, une faible valorisation initiale du foncier n’incitant pas à l’optimiser, ou encore un manque de connaissance mutuelle entre collectivités et entreprises.

Dans le contexte du ZAN, qui réduit à court et moyen terme les possibilités de créer ou d’étendre de nouvelles zones d’activités, une politique plus volontariste devient indispensable. Certaines collectivités ont déjà pris la mesure de ces enjeux et souhaitent approfondir leur réflexion.

Parallèlement, la forte demande en foncier économique se heurte à un resserrement des capacités foncières, plaçant l’optimisation des zones d’activités existantes au cœur des préoccupations publiques et privées. La diminution des réserves foncières réduit les marges de manœuvre, intensifie la concurrence pour l’accès au foncier et fait peser un risque d’éviction de certaines activités économiques.

 

Les constats partagés sont les suivants :
  • Un enjeu majeur de sobriété foncière pour améliorer l’aménagement du territoire et optimiser les capacités d’accueil.
  • Une diminution continue des réserves foncières, réduisant la marge de manœuvre des collectivités, aggravée par la baisse des commercialisations de lots à bâtir.
  • Une équation économique complexe du renouvellement urbain, alors que certaines zones d’activités se dégradent et perdent en attractivité.
  • Un morcellement important de la propriété en ZAE, rendant difficiles les interventions d’ensemble.
  • Une concurrence accrue pour accéder à un foncier maîtrisé, pouvant évincer les activités les moins solvables face à un foncier devenu coûteux.
  • Une forte tension du marché de l’immobilier d’activités en Bretagne, comparable à celle du secteur résidentiel.
  • La nécessité de sensibiliser les acteurs économiques à l’effort collectif de sobriété foncière.

Il en résulte que les collectivités locales souhaitent renforcer leur accompagnement des entreprises dans leur développement et dans leur parcours résidentiel, en les soutenant à chaque étape de leurs choix d’implantation et de leurs besoins en immobilier d’entreprise. L’objectif est d’optimiser et de structurer l’offre d’accueil, au bénéfice à la fois des entreprises déjà présentes sur le territoire et de celles qui souhaitent s’y installer.

 

Dans cette perspective, l’action publique évolue et se diversifie. Les collectivités interviennent désormais à plusieurs niveaux : depuis la commercialisation du foncier économique jusqu’à l’accompagnement des projets immobiliers et la transformation de l’immobilier existant, en passant par la veille et la saisie d’opportunités foncières et immobilières, et le réaménagement de zones existantes.

Plusieurs partis pris se dégagent clairement :
  • Sanctuariser les espaces productifs et mieux articuler les zones d’activités économiques avec les tissus mixtes lorsque certaines activités y sont compatibles, tout en réaffirmant la volonté de renouveler les ZAE au service de l’activité économique.
  • Mobiliser les derniers fonciers disponibles — en extension ou en cours de commercialisation — comme leviers de renouvellement urbain, notamment en ouvrant des perspectives de relocalisation pour les entreprises déjà implantées.
  • Renforcer les exigences envers les porteurs de projets immobiliers, tant en matière d’optimisation foncière que de qualité globale des projets.
  • Structurer des bourses de locaux et renforcer la veille immobilière afin d’améliorer l’usage du parc existant, d’accompagner son évolution et de prendre le relais des lots à bâtir et de l’offre neuve.
  • Construire le renouvellement urbain avec les occupants actuels des ZAE, acteurs clés des besoins d’évolution et des optimisations foncières individuelles et collectives.
  • Réguler les prix du foncier et de l’immobilier d’entreprise pour faciliter les parcours résidentiels des entreprises, en particulier celles en début de développement.

Le foncier économique à l’heure de la sobriété foncière, enquête intercommunalité de France – Cerema – ANCT – Territoires d’industrie :

Après un premier temps consacré au partage des démarches engagées par les intercommunalités et des dispositifs mobilisables par les partenaires, une feuille de route a été élaborée autour des axes suivants :

  1. La connaissance de l’offre et du besoin : état des lieux des gisements existants au sein des espaces d’activités, estimation et caractérisation des besoins des territoires en termes d’implantations d’entreprises dans les années à venir… 
  2. La mise en œuvre opérationnelle ou comment mobiliser les gisements fonciers pour les transformer en projets opérationnels. Quels outils utiliser et quelle répartition entre maîtrise publique, soutien/encadrement de l’initiative privée (préemption, baux à construction/démembrement…) ? 
  3. Les entreprises parties prenantes de l’optimisation du foncier économique : étude des besoins, retours d’expérience d’opération de densification, verticalisation ou mutualisation. Comment animer le dialogue avec les entreprises, quelle acceptabilité et quelles conditions de réussite ? 
  4. Parcours résidentiels des entreprises : régulation des prix, garantie d’une forme d’"l’équité des chances" dans l’accès au foncier afin de permettre à toutes les entreprises, y compris les plus jeunes ou les moins solvables, de trouver leur place dans les territoires.