Le contexte : un objectif de réduction des émissions de GES
Le réseau routier départemental de Loire-Atlantique s’étend sur plus de 4 200 km et constitue un maillage essentiel pour les déplacements quotidiens, le transport de marchandises et la cohésion territoriale. L’agglomération nantaise, en forte croissance démographique, exerce une pression accrue sur les infrastructures. Cette dynamique se traduit par une augmentation du trafic poids lourds et par une sollicitation continue du réseau, avec des conséquences sur sa dégradation et sur les besoins d’entretien.
Depuis plus de dix ans, le Département a mis en œuvre une démarche volontaire pour réduire les émissions de gaz à effet (GES) dans les travaux d’entretien routier : augmentation de l’utilisation d’agrégats d’enrobés, recours à des enrobés tièdes et à froid, expérimentations de techniques alternatives. Ces progrès sont le fruit d’un partenariat actif avec les entreprises locales de travaux publics. Toutefois, les analyses montrent que les gains obtenus demeurent insuffisants pour respecter la trajectoire de -20 % d’ici 2030, par rapport à 2019, sur le poste "entretien des chaussées".
Le gestionnaire recherche donc à optimiser sa politique d’entretien routier pour, d’une part, assurer un niveau de service convenable et, d’autre part, s’inscrire dans une trajectoire de baisse des émissions de GES : à la demande du gestionnaire, le Cerema a élaboré un outil d’aide à la décision pour comparer différentes politiques d’entretien suivant l’évolution des niveaux de service, les coûts et les émissions de GES sur une période de 50 ans.
Comparer des scénarios d'entretien
Afin de permettre au gestionnaire du réseau routier de traduire ces objectifs de réduction des émissions de GES en orientations opérationnelles, mesurables et soutenables dans le temps, il a été décidé de développer un outil évaluant les effets sur la période 2024-2073 de différents scénarios d’entretien sur l’état du réseau routier en regard des trois critères principaux que sont le niveau de service, le coût et les émissions de GES.
Le schéma synoptique suivant (figure 1) présente les six étapes de cette étude, regroupées en deux phases. La première phase (étapes 1 à 3) correspond à la construction de l’outil, la seconde phase (étapes 4 à 6) à l’exploitation des résultats obtenus :
Phase 1 : développer un outil de simulation de l’évolution de l’état des chaussées :
- Structurer les données disponibles auprès du gestionnaire pour : i) générer une image numérique du réseau routier, ii) établir la table des matériaux de chaussées utilisés pour l’entretien (avec leur coût et les émissions de GES associés) et iii) identifier le scénario d’entretien de référence,
- Développer deux modèles d’évolution de l’état des chaussées, l’un statistique pour les chaussées souples, l’autre mécanique pour les chaussées à assises traitées,
- Appliquer l’outil de simulation à partir du scénario de référence et de scénarios alternatifs.
Phase 2 : utiliser l’outil pour identifier les leviers permettant d’ajuster la politique d’entretien :
- Réaliser une analyse comparative des scénarios d’entretien : niveaux de service ciblés, émissions de GES, coûts financiers,
- Evaluer les principaux leviers de réduction des émissions de GES,
- Proposer des orientations pour la révision de la politique d’entretien du gestionnaire.
Structurer les données du département pour générer une image du réseau routier
1/ Elaborer une image du réseau routier départemental
Les sections courantes du réseau routier départemental sont discrétisées en 41882 sections élémentaires de 100 m. Les bretelles et les giratoires sont traités, quant à eux, comme des objets particuliers.
À partir des données disponibles (hiérarchisation du réseau, classes de trafic, données trafic, historique de travaux, historique des structures, données de carottages, …), un algorithme attribue les informations suivantes à chaque section élémentaire :
Matériel de la DIR Ouest - Arnaud Bouissou / TERRA un positionnement géographique (X,Y),
- une appartenance à une route,
- une catégorie de voie issue de la hiérarchisation,
- le contexte de la route (agglomération et hors-agglomération)
- une classe de trafic,
- les deux derniers travaux d’entretien réalisés : technique appliquée et année de réalisation,
- une structure de chaussée type (modèle de chaussée structurée, chaussée souple ou autres) lié à la catégorie 2025 et à la classe de trafic,
- l’année de construction de la structure pour les chaussées du réseau principal supportant un trafic T0 à T3,
- le trafic moyen journalier annuel (TMJA) 2023 pour les chaussées du réseau principal supportant un trafic T0 à T3,
- les taux de croissance du trafic passés et futurs pour les chaussées du réseau principal supportant un trafic T0 à T3.
L’analyse des données d’entrée a mis en évidence des besoins de consolidation.
En effet, les données patrimoniales telles que la nature des structures de chaussée et l’âge des couches de structures n’étaient pas organisées et formatées. C’est pourquoi il a été nécessaire d’exploiter manuellement l’ancienne base de données de l’historique de structures et d’améliorer la connaissance des structures de chaussées par croisement de différentes sources de données (carottages amiantes, recherches documentaires sur la mise en circulation de nouvelles sections, …).
En complément, il a fallu identifier plus précisément les données de trafic sur les différentes sections du réseau et harmoniser la dénomination des techniques d’entretien routier dans la base de données travaux. La qualité des données d’entrée et les travaux préparatoires de croisement et de consolidation influent sur la qualité des modélisations. L’image du réseau obtenue devient la base de données d’entrée pour les sous-modèles d’évolution du niveau de service.
2/ Etablir une table de matériaux, de leur coût financier et de leurs émissions de GES
Ce paragraphe présente les hypothèses et méthodes utilisées identifier les matériaux et techniques d’entretien utilisés, et définir les coûts financiers et les émissions de GES associés.
Les matériaux ont été classés selon l’historique des travaux et les bordereaux de prix, en précisant variantes, épaisseurs théoriques et densités. Certaines techniques, comme les enrobés à émulsion avec un taux d’agrégats d’enrobé particulier, ont été ajoutées pour permettre l’évaluation du levier de réduction des GES. Les purges localisées et l’incorporation d’agrégats sont initialement fixées à zéro, la température de fabrication étant supposée "à chaud".
Les surfaces de travaux et l’épaisseur moyenne de mise en œuvre ont été évaluées en considérant que la géométrie du réseau est discrétisée en éléments de 100 m, avec des largeurs forfaitaires de 7,5 m pour une route bidirectionnelle et de 10 m par sens pour une 2x2 voies.
Les émissions de GES ont été calculées pour chaque matériau à partir de la base SEVE-TP de juin 2025, avec des hypothèses sur la distance entre chantier et centrale (15 km pour enrobés à chaud/tiède, 30 km pour émulsion), et la prise en compte éventuelle du rabotage. Les émissions des technique bicouche (ESU) et d’enrobé coulé à froid (ECF) ont été estimées via des formules standard, en considérant les valeurs comme fixes dans le temps.
Les coûts financiers ont été établis à partir du bordereau du marché d’entretien du CD44 et des références techniques régionales, avec des prix 2024. Une projection future de l’inflation pourra être intégrée pour analyser l’impact sur le modèle.
Enfin, les données ont été récapitulées dans une table présentant pour chaque technique et variante : épaisseur usuelle, densité, coût par m², émissions de GES par m² et par km. Cela offre ainsi une base pour la simulation des choix d’entretien selon les objectifs financiers et environnementaux.
3/ Définir des scénarios d'entretien
Les simulations ont été réalisées à partir de quatre scénarios fictifs de politique d’entretien :
3/ Assemblage des résultats
Les sous-modèles génèrent différents fichiers :
- au format géographique pour les cartes des niveaux de service estimées chaque année de simulation et les cartes des quantités de matériaux utilisées chaque année,
- au format tableur pour les tables des budgets annuels financiers et les tables des budgets d’émissions de gaz à effet de serre.
Recommandations et perspectives
L’étude met en lumière plusieurs enseignements transposables à d’autres gestionnaires routiers. La qualité des données patrimoniales est un préalable essentiel : l’exemple du CD44 illustre les difficultés liées aux bases de données hétérogènes et aux historiques incomplets.
Les choix techniques influent directement sur le bilan carbone. Par exemple, les premiers résultats de l’étude confirment que l’intégration d’agrégats recyclés ou l’utilisation d’enrobés tièdes permettent de réduire significativement les émissions sans augmentation du budget attribué aux travaux.
L’évaluation périodique de l’état du réseau et la programmation pluriannuelle de l’entretien sont indispensables [4] ; elles permettent de lisser les budgets, d’anticiper les besoins et d’éviter des dépenses massives liées à des reconstructions en urgence.
Le travail partenarial avec les entreprises routières est un facteur clé de réussite ; la transformation de l’écosystème local conditionne la capacité à produire des quantités suffisantes de matériaux à plus faible émission de gaz à effet de serre.
En outre, l’expérience démontre que l’intégration systématique de la dimension carbone dans la gestion patrimoniale change la logique décisionnelle : il ne s’agit plus seulement de maintenir un niveau de service, mais de le faire avec un impact maîtrisé sur le réchauffement climatique.
À partir de notre démonstration, plusieurs recommandations peuvent être formulées pour les gestionnaires routiers :
Poster de présentation :

