Un éboulement ponctuel s’étant déclenché lors de cette étude, le Cerema est également intervenu pour, dans un premier temps, proposer des solutions de mise en sécurité du front rocheux concerné et, dans un second temps, réaliser le suivi des travaux de sécurisation.
La commune d’Ivry-La-Bataille (27) est située en rive gauche de l’Eure, à 17 km au Nord-Est de Dreux et 27 km au Sud-Est d’Evreux. Elle présente des falaises crayeuses pouvant atteindre 25 m de hauteur partiellement maçonnées en amont d’habitations. L’érosion de ces falaises entraine des chutes de pierres et de blocs pouvant impacter ces enjeux situés en pied de falaise.
A l’échelle de son département, la DDTM de l’Eure a engagé en 2015 une première étude pour identifier les zones à risques vis-à-vis de ces phénomènes.
Evaluation du risque d’éboulements des falaises
A la suite de cette première étude, qui avait identifié des sites prioritaires, une cartographie détaillée des aléas a été réalisée entre 2018 et 2022, et des types de mise en sécurité ont été présentés. Ces propositions nécessitant des études spécifiques de conception et de dimensionnement, la commune d’Ivry-La-Bataille a sollicité le Cerema Normandie Centre pour réaliser un diagnostic de stabilité de la falaise et proposer des solutions de mise en sécurité en évaluant les coûts de mise en œuvre.
Le Cerema a mobilisé les Groupes "Géosciences" et "Ouvrages d’Art" de Rouen : le Groupe "Géosciences" a réalisé un diagnostic de stabilité (pour les fronts rocheux), estimé les limites de propagation maximale des éléments concernés, pré-dimensionné des solutions techniques ou émis des préconisations et présenté un estimatif financier de leurs mises en œuvre. Le Groupe "Ouvrages d’Art" a réalisé une inspection visuelle des parties maçonnées et/ou bétonnées des falaises.
Cette étude portait sur un linéaire global de 700 m soit 33 parcelles. Le site d’étude a été scindé en 4 secteurs distincts, d’Ouest en Est, correspondant à des entités morphologiques et/ou géographiques caractéristiques.
La phase "terrain" s'est déroulée à pied en partie basse des fronts rocheux, entre décembre 2024 et mai 2025. Elle a permis d’identifier et qualifier les compartiments rocheux potentiellement instables. Certaines parcelles présentaient des cavités en pied de front, mais seules les parties proches des entrées ont été diagnostiquées. Les habitations les plus proches sont accolées au front.
La méthodologie utilisée, spécifique aux falaises de craie, a été élaborée par le Cerema. Elle permet de qualifier :
- L’aléa de rupture.
- La probabilité et le délai d’occurrence.
- La propagation des éléments éboulés.
L’ensemble du travail a été décrit au travers de 21 fiches d’observations. Ces fiches décrivent notamment les compartiments rocheux instables (dimensions, volumes, discontinuités, …), présentent les aléas, la propagation estimée et le délai probable avant l’éboulement, ainsi que des principes de mise en sécurité individuels spécifiques ou globaux. Sur l’ensemble du site, 56 compartiments ont été décrits, avec un volume unitaire maximal de 380 m3.
De manière synthétique, le Cerema a proposé sur l’ensemble du linéaire diagnostiqué des solutions "actives" (qui bloquent le déclenchement des phénomènes en maintenant en place les éléments rocheux) et "passives" (qui interceptent et/ou guident les éléments rocheux mobilisés). Au global, cela s’est traduit par la préconisation de 4200 m² de grillage, boulons de confortement, purge mécanique, purge manuelle, …
Le Cerema a estimé un coût global de mise en œuvre de l’ordre de 590 000 euros (T.T.C). Cette estimation s’appuie sur les coûts de chantiers récents similaires et comparables déjà suivis par le Cerema.
Diagnostic sur une parcelle après un éboulement
Durant l’étude de stabilité des falaises, un éboulement a eu lieu dans la nuit de 25 au 26 janvier 2025 sur la parcelle n°1509 (située au 49 bis rue de Garennes), concernée par l’étude globale du Cerema citée ci-dessus. Le BRGM est intervenu sur site pour constater le désordre et a préconisé la réalisation d’un diagnostic de stabilité de la falaise sur la parcelle.
Des risques résiduels mis en évidence
Le diagnostic réalisé par le Cerema a mis en évidence un éboulement dont la cicatrice était visible dans la partie centrale de la paroi crayeuse de la parcelle, sur près de 10 m de long et sur toute la hauteur de la falaise, soit environ 10 m. Le cône d’éboulis représentait un volume estimé entre 120 et 160 m3.
Le diagnostic a mis en évidence la présence de renflements morphologiques très fracturés potentiellement instables de part et d’autre de la cicatrice d’éboulement. Une cavité était aussi présente dans la partie haute de la falaise. La visite de cette cavité a révélé la présence d’une fracture ouverte de plusieurs centimètres, parallèle au front crayeux, à environ 4 m de profondeur dans le massif.
A la suite du diagnostic, le Cerema a émis des préconisations de sécurisation de la falaise, notamment l’évacuation des matériaux éboulés, la purge des deux épaisseurs entourant la cicatrice ainsi que la mise en œuvre d’un grillage plaqué à haute limite élastique (de type TECCO) sur l’ensemble de la zone étudiée sur cette parcelle, afin d’éviter l’éboulement des éléments rocheux sur la parcelle.
Appui pour les travaux de sécurisation
La mairie d’Ivry-la-Bataille a souhaité mettre en œuvre les préconisations du Cerema rapidement : dès l’été 2025, le Cerema a assisté la Mairie pour la rédaction des documents techniques (cahier des clauses techniques particulières, bordereau des prix unitaires et détail estimatif) pour l’appel d’offres. Trois réponses reçues en octobre ont été analysées par le Cerema.
Une entreprise a démarré les travaux en novembre 2025, avec une étude d’exécution pour dimensionner définitivement les parades de sécurisation de la falaise. Un bureau d’étude a proposé d’étendre la zone d’étude de part et d’autre de la zone étudiée par le Cerema et de combler la cavité. En tant qu’assistant à maîtrise d’ouvrage, le Cerema a échangé tout au long du chantier avec l’entreprise et la commune, a analysé l’étude d’exécution et demandé des adaptations afin de ne pas surdimensionner les travaux par rapport aux aléas évalués. Les travaux de préparation du chantier ont pu commencer en décembre.
Du grillage à haute limite élastique (type TECCO G65/4 avec des plaques à griffes P66/50 N) et ses accastillages ont été mis en œuvre sur l’ensemble du site étudié, soit environ 390 m². Des clous de maillage systématique de ce grillage ont été réalisés en quinconce et en diamètre 32 mm avec des profondeurs variant de 5 à 8 m avec un espacement entre les ancrages d’environ 2.5 m horizontalement et verticalement. Quelques clous de plaquage ont été ajoutés afin que le grillage plaque au mieux la paroi. Des boulons de confortement ont été mis en œuvre sur deux compartiments identifiés par le bureau d’étude, à l’est de la zone d’étude. Au total, près de 400 m de clous pour le grillage ont été mis en œuvre et 24 m pour le confortement des deux masses.
A la fin du chantier, la cavité a été comblée par 15 m3 de béton allégé type béton mousse. Malgré les craintes du Cerema, vis-à-vis de la grande fluidité du béton mousse qui aurait pu se répandre exagérément dans les nombreuses fractures, son comblement s’est bien déroulé, sans surconsommation de béton. Un tapissage préalable du fond de la cavité avait été réalisé.
Toutefois, une surconsommation de coulis a été observée lors de l’injection dans les trous de forages. En effet, sur près de la moitié des coupes de forages fournies par l’entreprise, une fracture a été traversée, engendrant très souvent, une surconsommation de coulis car ce dernier se répandait dans les fractures.
Le Cerema a suivi toute la mise en œuvre des travaux, y compris les essais préalables sur ancrages, le comblement de la cavité, les forages et la mise en place des clous et du grillage. Malgré plusieurs difficultés rencontrées lors de cette étude (aucun accès direct au front nécessitant une grue pour transporter les matériels au-dessus du bâtiment, la présence du bâtiment très proche de la paroi, des terrains très fracturés qui s’éboulaient facilement, les injections de coulis dans les trous de forages demandant des volumes plus importants que prévus), le chantier s’est déroulé de façon satisfaisante et a été terminé dans les temps souhaités par la Mairie d’Ivry-la-Bataille (février 2026).
