10 novembre 2021
Jardin dans un quartier d'immeubles
Brigitte Sombié
Face à l'imperméabilisation croissante des sols liée à l'étalement urbain, la renaturation ou le rétablissement des fonctions de certaines parcelles sont un enjeu important dans les villes. Pour identifier le potentiel de renaturation des sols à Paris, la Direction régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports (DRIEAT) a fait appel au Cerema qui a défini une méthodologie permettant de hiérarchiser les espaces à renaturer en priorité.

Depuis des décennies, nos villes s’étendent afin de répondre à de nombreux besoins sociaux et économiques (demandes de logements, de transports, d’activités, de parkings, …). Cet étalement urbain engendre inévitablement une artificialisation pouvant conduire à une imperméabilisation des sols qui n’est pas sans conséquence sur notre vie et notre environnement : consommation des espaces naturels et agricoles, érosion de la biodiversité, augmentation des risques d’inondation, effets d’îlots de chaleur urbains... Dans un contexte de changement climatique et de forte demande sociale et environnementale pour plus de nature en ville, la préservation des sols, associée à la renaturation ou la re-fonctionnalisation des sols, contribuent à limiter ces phénomènes.

C’est dans ce cadre que la DRIEAT a missionné le Cerema Ile-de-France pour développer une méthodologie d’identification du potentiel de renaturation de l’unité urbaine parisienne[1] contribuant à établir une stratégie opérationnelle de résilience et d’adaptation au changement climatique de ses territoires.

 

Qu'est-ce que la renaturation ? Une notion en lien direct avec les sols et leurs fonctions

Les sols constituent la base physique et fonctionnelle des milieux terrestres, qu’ils soient naturels ou aménagés par l’homme. Leurs fonctions écologiques, en particulier celles associées aux services écosystémiques de régulation, d’approvisionnement et de support de biodiversité, sont à l’origine des services ou bienfaits directs ou indirects qu’en retirent les sociétés humaines.

Infographie des fonctions des sols

 

Pourtant, les sols sont soumis à de nombreuses pressions anthropiques telles que l’imperméabilisation, la pollution, l’érosion, le tassement, etc… qui viennent altérer voire supprimer certaines de leurs fonctions et services rendus. Les conséquences de cette artificialisation sont de plus exacerbées par le changement climatique. De fait, un enjeu majeur de préservation des sols et de maîtrise de l’artificialisation en résulte.

Il y a encore peu de temps, l’artificialisation des sols était définie comme un changement d’état effectif d’une surface agricole, forestière ou naturelle vers des surfaces artificialisées. Sous l’impulsion du plan biodiversité de 2018 et l’introduction de l’objectif du Zéro Artificialisation Nette, la loi "Climat et Résilience" du 22 août 2021 définit dorénavant l’artificialisation comme :

"l'altération durable de tout ou partie des fonctions écologiques d'un sol, en particulier de ses fonctions biologiques, hydriques et climatiques, ainsi que de son potentiel agronomique par son occupation ou son usage".

Cette définition permet d’intégrer, au-delà de la sobriété foncière, la qualité des sols vue au travers de leurs fonctions écologiques. En outre, le texte de loi précise que « la renaturation d'un sol, ou désartificialisation, consiste en des actions ou des opérations de restauration ou d'amélioration de la fonctionnalité d'un sol, ayant pour effet de transformer un sol artificialisé en un sol non artificialisé ». L’objectif n’est donc pas de recréer un sol naturel mais bien de répondre à des enjeux territoriaux.

 

Une méthode cartographique qui hiérarchise les espaces artificialisés à renaturer en priorité

La méthode repose sur le croisement des 3 volets suivants :

  1. Un volet "Qualité des sols" qui permet d’identifier les sols en capacité "potentielle" de remplir tout ou partie des fonctions exercées par un sol naturel. Ainsi, les sols à forte capacité à fonctionner constituent des sols à préserver en milieu urbain tandis que ceux qui ont une capacité moyenne ou nulle constituent ceux à renaturer en priorité. Dans cette méthode, la qualité d’un sol artificialisé se base sur des classes d’épaisseur de sol approchées à partir du type de végétation mis en place lors de l’aménagement ;
  2. Un volet "Enjeux" qui vise à hiérarchiser les espaces qui cumulent le plus d’enjeux liés notamment aux phénomènes d’inondation, d’îlots de chaleur urbains, de perte de la biodiversité, de carence en espaces verts ou encore d’érosion des espaces agricoles péri-urbains ;
  3. Un volet "Mutabilité des espaces" qui permet de caractériser les espaces en fonction de leur degré de mutabilité : zonage du PLU en vigueur, nombre et type de propriétaires concernés et coefficient d’occupation des sols (COS). En complément, une caractérisation des espaces en fonction de leur vacance et de leur superficie est proposée afin d’identifier les espaces de type "friches", susceptibles de muter plus facilement.

 

Schéma des 3 volets qui permettent de prioriser

 

 

Les principaux résultats

La carte ci-dessous établie à partir des critères précédents et des données disponibles à l’échelle d’une partie de l’unité urbaine parisienne, illustre les espaces à renaturer en priorité rapportés à des carreaux de 200m de côté de l’INSEE afin de permettre le croisement des différents volets.

Cette carte identifie un potentiel de renaturation à investiguer à une échelle plus fine en lien avec les territoires concernés. Elle montre que les potentiels majeurs de renaturation sont offerts, avec les critères retenus, par de grandes zones logistiques, des zones d’activités, des zones de carrières, des linéaires d'infrastructures routières et ferrées, des zones aéroportuaires et portuaires et les berges de fleuve de l’unité urbaine parisienne.

 

Carte des espaces à renaturer

 

 

Conclusion et perspectives

Cette méthode permet d’identifier les espaces à renaturer en priorité au sein des espaces artificialisés du milieu urbain en prenant en compte la qualité des sols, les enjeux auxquels ils sont exposés et leur degré de mutabilité foncière. Cette méthode a la particularité de combiner des critères fonciers et environnementaux. En parallèle, au-delà du développement méthodologique et cartographique, un travail essentiel de sensibilisation sur les sols (vocabulaire, enjeux, fonctions écologiques/services rendus…) est à mener auprès des collectivités qui souhaitent se lancer dans ce type de démarche afin de leur permettre d’appréhender les sols en tant que ressource et non plus comme simple support d’activités.

Cette méthode est applicable à large échelle et cible donc un potentiel théorique qui devra être précisé à un niveau territorial plus fin de type communal ou intercommunal.

C’est à cette échelle locale que l’usage des sols pourra être pris en compte et que plusieurs paramètres additionnels s’ajouteront sous réserve de la disponibilité des données : les contraintes de type pollution des sols, mouvement de terrain, proximité d’ICPE, ... ainsi que l’identification de zones prioritaires relatives à de grands projets d’aménagement ou des "quartiers prioritaires de la politique de la ville". Ces données plus précises devraient permettre :

  • de préserver des sols en capacité de remplir tout ou partie des fonctions exercées par des sols naturels contribuant notamment à la déclinaison de la trame verte et bleue d’un territoire ;
  • de prévoir des mesures adéquates préservant ces espaces par le biais d’OAP dans le PLU, plan de zonages, règlement du PLU ;
  • d’identifier un potentiel de renaturation théorique mais plus localisé à confronter à la réalité de terrain et de prioriser les opérations de renaturation potentielles.

 


[1] Unité urbaine (INSEE) : La notion d'unité urbaine repose sur la continuité du bâti et le nombre d'habitants. On appelle unité urbaine une commune ou un ensemble de communes présentant une zone de bâti continue (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) qui compte au moins 2 000 habitants.