8 février 2023
Libourne
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Dans le cadre de son plan global "Nature en ville", la commune de Libourne a mis en place un partenariat avec la Cerema, mêlant les questions de réduction des effets d’îlots de chaleur, de désimperméabilisation des sols, de limitation des risques de ruissellement et d’inondation et de renaturation.
Dans un premier temps, les continuités terrestres, aquatiques et urbaines ont été identifiées ainsi que les points de conflit avec les infrastructures de transport (Rapport Tome 1). Puis, des recommandations d’actions de préservation et restauration ont été proposées (Rapport Tome 2).

Quelques définitions préalables

Ldessines continuités écologiques d’un territoire se composent de plusieurs éléments (illustration ci-contre pour la sous-trame forestière et les mares) :

  • Les réservoirs de biodiversité (RB) :espaces où la biodiversité est la plus riche et où les espèces peuvent effectuer tout leur cycle de vie (refuge, alimentation, reproduction)
  • Les corridors écologiques : zones servant aux déplacements des espèces entre les RB
  • Les cours d’eau et canaux jouent à la fois le rôle de RB et de corridors.

Ces continuités peuvent être interrompues par des éléments fragmentants comme des infrastructures de transport ou des obstacles au cours d’eau (barrages, seuils…), réduisant ou empêchant le déplacement des espèces. Les points d’intersection entre corridors et éléments fragmentants sont dénommés ici « points de conflit ».

 

Identification des continuités écologiques

OS_libourneL’aire d’étude a englobé la commune et une bande tampon de 3 kilomètres, les espèces ne s’arrêtant pas aux limites administratives.

La première étape a consisté à réaliser une carte d’occupation du sol enrichie la plus fine possible (carte ci-contre).
A partir de cette carte, 3 sous-trames écologiques ont été distinguées : 2 sous-trames terrestres (milieux boisés humides, milieux bocagers humides) et une trame aquatique.

Pour les continuités écologiques terrestres : Les réservoirs de biodiversité terrestres ont été cartographiés sur la base des zonages d’inventaire et de protection (cœurs de biodiversité du SCoT, sites Natura 2000, ZNIEFF …) et de critères de qualité d’habitats tels que la fragmentation, la naturalité (faible degré d’artificialisation) ou la superficie.
Certaines zones un peu moins favorables ont été considérées comme zones tampons.

Les corridors écologiques terrestres ont été identifiés par modélisation en utilisant la méthode du coût de déplacement des espèces. Celle-ci consiste à modéliser la dispersion d’une ou plusieurs espèces au sein d’un territoire en fonction de l’occupation du sol et de la qualité des milieux.
Les corridors ont été catégorisés en fonctionnels ou non fonctionnels selon les éléments fragmentants qui les recoupaient.

Pour les continuités aquatiques, les classements des cours d’eau ont été pris en compte pour les inscrire en RB et/ou en corridors (ex. : axe majeur pour les poissons migrateurs du SDAGE (schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux), cours d’eau classés en listes 1 et 2 (article L.214-17 du code de l’environnement), trame bleue du SCoT (schéma de cohérence territoriale)...).

Densité Pour les continuités écologiques urbaines, une méthode spécifique a été développée car la faible présence de milieux naturels, le morcellement de l’occupation du sol et l’importance des obstacles (bâti, infrastructures) rendent la modélisation difficile. Une cartographie fine de la végétation urbaine a été créée à partir de différentes couches de données géographiques (végétation à partir d’images satellites et de photos aériennes). Ensuite, des densités de végétation par maille de 100 x 100 mètres ont été calculées (carte ci-contre). La végétation comprise dans des mailles dont la densité est supérieure à 0,4 m²/m² a été considérée en "noyau de biodiversité". Les zones périphériques ont été classées en "corridors potentiels" fonctionnels ou non fonctionnels ou en "zones tampons" selon leur connexion avec les noyaux.

Enfin, les points de conflit ont été identifiés en croisant les réseaux routier et ferré avec les corridors terrestres et les cours d’eau, en ajoutant les points de passages possibles (passages à faune).

Des cartographies détaillées ont été produites (exemples ci-dessous). Elles permettront à la commune de localiser les enjeux vis-à-vis des futures zones de projet ou de renaturation.

 

 

 

 

continuités terrestres et points de conflit
Continuités écologiques terrestres et points de conflits
continuités aquatiques et points de conflit
Continuités écologiques aquatiques et points de conflits

 

 

 

 

Continuités écologiques urbaines potentielles et continuités aquatiques sur Libourne
Continuités écologiques urbaines potentielles et continuités aquatiques sur Libourne

Mesures de préservation et de restauration

Des actions visant à assurer le fonctionnement écologique et à remédier aux dysfonctionnements ont été proposées à la commune et aux autres acteurs du territoire (aménageur, gestionnaire d’infrastructures de transport, agriculteur/viticulteur, acteur de l’eau…).
Les moyens d’actions que la Ville de Libourne peut mobiliser seule ou en partenariat sont de différente nature et recouvrent de nombreux domaines :


Aménagement et urbanisme durables

  • Développer une approche transversale et multi-échelle
  • Concevoir des projets d’aménagement intégrant les continuités écologiques
  • Mobiliser le PLU (plan local d’urbanisme) : évaluation environnementale, rapport de présentation, PADD (plan d’aménagement et de développement durable), règlement écrit et graphique, OAP (orientation d’aménagement et de programmation), cahier de prescriptions...
PLU
Composantes du PLU et outils du code de l’urbanisme mobilisables pour préserver la TVB (à gauche), exemple de fiche décrivant les outils mobilisables dans le règlement du PLU (à droite) (Source : Cerema, 2022)

 

Action sur les milieux :

  • Création/restauration
  • Désimperméabilisation/renaturation
  • Végétalisation
  • Gestion différenciée
  • Installation de dispositifs d’accueil de la faune : nichoir pour les oiseaux, gîte à chauves-souris...

 

Maîtrise foncière et protection :

  • Outils de maîtrise foncière (acquisition à l’amiable, bail emphytéotique administratif…)
  • Outils réglementaires (AVAP (aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine)…)
  • Contractuels (ORE (obligations réelles environnementales)…)
  •  

Autres actions :

  • Règlement de voirie
  • Démarche/reconnaissance/concours (ABC (atlas de la biodiversité communale), CFB (capitale Française pour la biodiversité), TEN (territoire engagé pour la nature)…)
  • Éclairage public et pollution lumineuse

 

Financement et accompagnement

Les propositions d’actions sont illustrées par des exemples dans le rapport d’étude (cf. ci-dessous).

Exemple :
 Ecoquartier du Séqué (Source : © J. Flandin)
Ecoquartier du Séqué (Source : © J. Flandin)

La Ville de Bayonne (64) a réalisé un écoquartier structuré autour du paysage et de la biodiversité ; la ZAC du Séqué. Sur 14 ha, 6,8 ha sont urbanisés. Une attention particulière a été portée au maintien d’espaces verts et boisés.

La plupart des bâtiments, d'habitat collectif, sont construits sur pieux et possèdent des toitures végétalisées, faisant office de couloirs de déplacement et de refuges pour la faune du sol, les insectes et l’avifaune (ADEUS, 2013 - fiche n°6).

Une cohérence et une complémentarité des mesures à mettre en place seront recherchées par la commune pour agir de manière transversale, à plusieurs échelles (parcellaire, communale, inter-communale, bassin-versant, quartier, îlot, bâtiment) et sur les différents milieux existants (urbains, agricoles, naturels, aquatiques et humides).


Exemples de mesures localisées sur Libourne

Pour illustrer la mise en œuvre des différentes actions proposées, quatre secteurs situés dans différents contextes (urbain, naturel, agricole) ont été sélectionnés sur Libourne (exemple ci-dessous sur le secteur du Verdet).

exemples


Bilan

Cette étude a permis de poser un diagnostic précis des continuités écologiques sur la commune de Libourne et particulièrement sur sa partie urbanisée, pour laquelle une méthode spécifique a été développée.
Ces travaux ont été exploités et croisés avec les résultats des études de désimperméabilisation, d’îlots de chaleur urbain et de l’arbre en ville pour mettre au point une stratégie globale d’adaptation de la ville au changement climatique sur Libourne.
Les mesures de préservation et de restauration des continuités écologiques proposées peuvent être reprises par n’importe quelle collectivité, qui sélectionnera les plus adaptées à son territoire et ses enjeux.

 

Les rapports sur notre plateforme CeremaDoc :